jeudi 18 juillet 2019

Libye : Vers une nouvelle bataille de Tripoli

En Libye, à chaque phase d’espoir dans des négociations, succèdent des menaces militaires.

Depuis 2011, la Libye est principalement divisée entre deux autorités rivales. D’une part, le GNA de Fayez al-Sarraj à l’ouest, établi fin 2015 par un accord parrainé par l’ONU et basé à Tripoli. D’autre part, l’ANL à l’est du pays, autoproclamée du maréchal Haftar.

La perspective d’un affrontement majeur a refait surface, après l’annonce faite par le général Ahmad al-Mesmari, porte-parole de l’ANL, au cours d’une conférence de presse à Benghazi (est). Les forces pro-Haftar ont annoncé la préparation d’une offensive, afin de «purger l’ouest» libyen «des terroristes et des mercenaires», sans identifier leurs cibles. Le porte-parole de l’ANL avait précisé que les «préparatifs» étaient «sur le point de s’achever».

«Pour les héros de la nation, l’heure est venue. Nous avons rendez-vous pour la conquête de Tripoli». L’homme fort de l’est libyen, le maréchal Khalifa Haftar, a ordonné à ses forces, jeudi 4 avril, «d’avancer» en direction de la capitale Tripoli, siège du gouvernement d’union nationale (GNA), suscitant de fortes craintes d’un nouvel embrasement militaire dans ce pays plongé dans le chaos, à la suite de la chute de la dictature de Mouammar Kadhafi en 2011.

Du côté du gouvernement internationalement reconnu (GNA), le Premier ministre, Fayez al-Sarraj, a donné l’ordre aux forces qui le soutiennent de se tenir prêtes pour «faire face à toute menace». L’état d’urgence a ensuite été déclaré dans la capitale et les forces fidèles au gouvernement sont mises en état d’alerte. Les forces sont soutenues par de puissants groupes armés de la ville de Misrata, à l’ouest du pays, loyaux au GNA, qui se sont dits «prêts» «à stopper l’avancée maudite» des troupes du maréchal Haftar, selon leur communiqué. Des témoins oculaires ont rapporté des mouvements de troupe parmi les miliciens de Misurata sont en train de bouger en direction de la capitale Tripoli, pour s’opposer à l’avancée des forces de Haftar. Ces milices sont composées par des éléments des Frères musulmans, soutenus par le régime turc d’Erdogan, selon les dernières déclarations de Haftar.

Dans un communiqué commun, Washington, Paris, Londres, Rome et Abou Dhabi ont appelé «toutes les parties» libyennes à faire baisser «immédiatement les tensions». Cette montée des tensions a coïncidé  avec le deuxième jour de la visite dans le pays du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Au cours d’une conférence de presse à Tripoli, ce dernier a adressé un «appel ferme» pour «l’arrêt de tous les mouvements militaires, […] à la retenue, au calme et à la désescalade, à la fois militaire et politique». «Il n’existe pas de solution militaire en Libye. La solution doit être politique», a-t-il répété

Mais les conversations de paix semblent bien difficiles à organiser. Le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki, avait annoncé à Tunis, le samedi 30 mars au soir, la tenue en juillet à Addis Abeba (Ethiopie) d’une conférence de «réconciliation» entre les différentes parties libyennes, afin de sortir la Libye du chaos. Outre M. Faki, cette réunion a rassemblé le secrétaire général de la Ligue arabe, Aboul Gheith, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini et le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Elle était organisée à l’initiative de la Ligue arabe, en marge des travaux de la 30ème session du Sommet arabe tenue à Tunis. Selon M. Faki, «il est grand temps que les acteurs (politiques libyens) discutent du sort de leur pays».

Un accord inter libyen sur une Constitution et la tenue d’élections sont nécessaires pour parvenir à une stabilité des institutions et un retour de la sécurité, mais aussi pour remettre sur pied l’économie chancelante du pays. Un pays où la route tue plus que la guerre civile.

La Libye, qui compte un peu plus de six millions d’habitants, enregistre 4.115 accidents de la route, tuant 2.500 personnes et blessant plus de 3.000 en un an, selon le département de la Circulation du ministère de l’Intérieur. Ces statistiques ont même dépassé le nombre de morts enregistrées entre les groupes armés qui se sont battus dans le pays en 2018. Ainsi, on peut facilement dire que les routes sont plus meurtrières que les armes à feu. Le non-respect des règles de circulation et des panneaux de signalisation, la vitesse excessive et la dégradation des routes et des véhicules, dont la plupart sont dans un état non conforme aux normes, augmentent les chiffres.

Pour la première fois depuis longtemps, le gouvernement libyen réserve, dans son budget de 2019, des fonds pour réparer les routes du pays, afin de réduire les accidents de la route.

La route de Tripoli risque de devenir la plus meurtrière du pays et pas seulement pour les accidents de circulation.

Algérie: la rue impose un putsch soft

Le peuple algérien, mobilisé massivement et pacifiquement, a obligé l’armée a destituer, en fait, le président Bouteflika, dans une cérémonie assez hallucinante d’abdication. L’armée, qui observait avec effroi les manœuvres de dernière minute du frère du Président, Saïd Bouteflika, pour organiser la transition, a décidé d’accélérer encore le tempo. Avec succès. Une heure après un ultime coup de pression des militaires (un putsch soft en fait), le chef de l’Etat annonce brutalement son départ. Pour la première fois depuis le début du soulèvement populaire, le 22 février, des images du chef d’Etat sont diffusées à la télévision. Elles montrent le vieil homme vêtu d’une gandoura beige, remettant solennellement sa démission au président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaiz. Conformément à l’article 102, le Conseil constitutionnel s’est réuni  pour constater la «vacance définitive» de la présidence de la République, puis transmettre son constat au Parlement. Ainsi s’ouvre une période de transition officielle de quatre-vingt-dix jours maximum, au cours de laquelle le président du Conseil de la Nation (Chambre haute), Abdelkader Bensalah, prend en charge l’intérim de la présidence de la République. Ses pouvoirs sont cependant limités par l’article 104. Il ne peut pas, par exemple, convoquer de référendum, constituer un gouvernement ou déclarer l’état d’urgence, ni surtout être candidat à la présidence.

Selon la Constitution, une élection présidentielle doit être organisée au cours des trois mois. Pendant cette période, le dernier gouvernement, nommé (dimanche 31 mars) par Bouteflika, devrait rester en place pour gérer les affaires courantes. Mais pourra-t-il tenir? Réponse dans la rue.

Syrie: récupérer le Golan

Le ministre des Affaires étrangères syrien, Walid Moallem, a indiqué, jeudi 5 avril, que Damas reprendrait le contrôle du plateau du Golan à Israël et que, pour cela, «toutes les options sont sur la table». 

«La Syrie libérera le Golan occupé par tous les moyens, toutes les options sont sur la table, notamment une opération militaire», a déclaré Walid Moallem, d’après la chaîne publique israélienne, Kan.

«Notre droit sur le Golan syrien occupé est inébranlable et ne changera pas au cours du temps, chaque centimètre des territoires syriens occupés sera libéré», a cité la chaîne de télévision du Hezbollah, Al-Manar.

«La décision de Trump, au sujet du Golan syrien occupé, n’a qu’un seul effet, celui de renforcer l’isolement des Etats-Unis», a ajouté Walid Moallem.

Israël avait pris le plateau stratégique à la Syrie lors de la Guerre des Six Jours de 1967 et l’avait, ensuite, annexé en 1981, sans la reconnaissance de la communauté internationale qui considère le plateau du Golan comme un territoire syrien occupé.

Le mois dernier, Donald Trump avait signé la déclaration de reconnaissance officielle de la souveraineté israélienne sur le Golan, s’attirant les reproches de ses alliés et d’Etats membres de l’ONU.

Pour le chercheur et spécialiste du Moyen-Orient, Barah Mikaïl, le positionnement de l’administration américaine pourrait, à terme, banaliser la question territoriale israélo-palestinienne. La portée du Golan est surtout symbolique et révélatrice de la nature de la vision israélienne: pour eux, tout territoire conquis est la propriété de son conquérant et toute négociation sur ce territoire ne doit pas impliquer sa restitution automatique intégrale au pays d’origine. La dimension stratégique ne doit pas pour autant être écartée. Les hauteurs du Golan ont longtemps permis à Israël de disposer d’une position stratégique, lui permettant de mieux superviser les environs, même si cela paraît désormais moins utile.

Turquie: Revers municipaux pour Erdogan

Pour la première fois en dix-sept ans de pouvoir sans partage, l’AKP (Parti de la justice et du développement) du président turc, Recep Tayyip Erdogan, a été défait aux élections municipales. Il perd la plupart des grandes villes, dont la capitale Ankara et Istanbul.

C’est au bout d’une longue nuit que le Haut-Conseil électoral turc a fait (en partie) cesser le suspense. Sur la base de 99% des bulletins dépouillés, Ekrem Imamoglu, candidat du parti d’opposition nationaliste social-démocrate CHP, remporterait les élections municipales à Istanbul, devant Binali Yildirim, lieutenant de Recep Tayyip Erdogan. Une gifle pour le président turc qui a commencé sa carrière politique dans la capitale économique et culturelle du pays, dont il a été élu maire en 1994. Erdogan a fait d’Istanbul la vitrine de sa nouvelle Turquie, y multipliant les projets pharaoniques. L’Etat a dépensé sans compter, pour faire de la ville une métropole de rang mondial. La devise veut que «qui contrôle Istanbul, contrôle la Turquie». Au-delà du symbole, perdre Istanbul et une majorité de ses 15 millions d’habitants, c’est aussi perdre le cœur économique du pays et les réseaux clientélistes constitués ces vingt dernières années. Par l’argent qu’elles distribuent dans les projets d’aménagement, les appels d’offres et autres contrats économiques, les villes sont en effet centrales dans le financement de la vie politique. «A l’issue de ces élections, l’opposition va contrôler les villes qui concentrent 70% du PNB de la Turquie», souligne ainsi Sinan Ülgen, président du Centre d’études des politiques étrangères et économiques d’Istanbul, cité par le journal français Libération.

Brunei: tolérance sexuelle zéro

La monarchie absolue du sultan Hassanal Bolkiah, souverain de Brunei, petit Etat musulman situé sur l’île de Borneo, a instauré la peine de mort par lapidation, pour punir l’homosexualité entre hommes et l’adultère. Elle introduit également la flagellation publique comme punition pour l’avortement et l’amputation pour le vol. Elle criminalise également le fait d’exposer les enfants musulmans aux croyances et pratiques de toute religion autre que l’islam. L’homosexualité, déjà illégale, sera désormais considérée comme un crime.

Ce nouveau code pénal a suscité les protestations d’ONG, de personnalités et de gouvernements sur toute la planète. La vedette du cinéma américain, George Clooney, a lancé un appel au boycottage de neuf hôtels de luxe liés au sultan de Brunei, relayé par un nombre croissant de personnalités et d’élus.

A Brunei, la petite communauté LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres), qui se faisait déjà très discrète dans ce pays adepte d’un islam conservateur, se dit horrifiée par ces nouvelles lois.  Les lois que «Brunei a adoptées violent les droits humains élémentaires», dénonce un homosexuel de 33 ans qui parle à l’AFP sous couvert de l’anonymat.

«Toutes ces condamnations et ces appels au boycottage sont parlants. Brunei devrait tout simplement abandonner ces lois et continuer de pratiquer un islam modéré», plaide-t-il.

La nouvelle législation de Brunei, qui s’apprête à instaurer la lapidation en cas d’homosexualité ou d’adultère, en invoquant la loi islamique, prévoit des «peines cruelles et inhumaines», a dénoncé l’ONU, lundi 1er avril.

«J’en appelle au gouvernement, pour qu’il mette fin à l’entrée en vigueur de ce nouveau code pénal draconien qui, s’il était appliqué, marquerait un sérieux recul pour la protection des droits humains» au Brunei, a déclaré la Haut-commissaire aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet, dans un communiqué.

PZ

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