dimanche 25 juin 2017

1967, Guerre des six jours, 50 ans de malheur…

L’indiscutable victoire israélienne a modifié de fait la carte du Proche-Orient. Elle pèse aujourd’hui encore sur la recherche d’un processus de paix introuvable.

Cette victoire a déséquilibré les rapports de force et aggravé le sort des Palestiniens. Elle est le début d’une frustration de masses arabes qui allaient au fil des années se tourner vers l’islamisme politique radical.

La plupart des historiens estiment maintenant que l’aviation israélienne a en fait ouvert les hostilités en pilonnant les bases aériennes du Caire et de la zone de Suez. Retour sur une journée terrible.

A 08H12, la radio du Caire interrompt ses émissions pour déclarer: «Les forces israéliennes ont commencé ce matin leur agression contre nous». Des explosions sourdes, puis fortes et rapprochées sont entendues au Caire où les sirènes d’alerte retentissent aussi.

Les blindés israéliens progressent vers le sud et enfoncent les lignes égyptiennes jusqu’à l’intérieur du Sinaï.

En Syrie, Radio-Damas arrête ses programmes pour déclarer qu’Israël a attaqué l’Egypte. Peu après 10H00 locales, la Syrie annonce que son aviation a commencé le bombardement des positions israéliennes.

En même temps, la Jordanie impose la loi martiale et place ses forces armées sous commandement égyptien, avant de déclarer la guerre à Israël en début d’après-midi. Le Koweït, le Soudan et l’Irak entrent en guerre, suivis par l’Algérie et le Yémen et ultérieurement l’Arabie Saoudite.

En Egypte comme en Israël, on ne doute pas de la victoire. Dans les pays arabes, où abondent les communiqués victorieux, l’enthousiasme est à son comble. Le choc de la réalité sera donc inacceptable.

En s’emparant de la localité de Khan Younès, dans la zone de Gaza, les troupes israéliennes prennent, comme dans un filet, les forces égyptiennes et palestiniennes de ce secteur, écrit dans la soirée un envoyé spécial de l’AFP. Selon lui, Israël assure ainsi la sécurité du flanc occidental de son armée, aux prises plus au sud avec une grande partie de l’armée égyptienne.

Dans la nuit, le Premier ministre israélien, Levi Eshkol, déclare dans un discours au Parlement que tous les combats se déroulent sur le territoire égyptien et dans le Sinaï. Il affirme qu’Israël a infligé de sévères pertes aux aviations égyptienne, syrienne et jordanienne.

Tel-Aviv annonce à minuit avoir mis hors de combat l’aviation égyptienne: 400 avions, dont 300 égyptiens et 50 syriens, ont été abattus dès le premier jour. C’est dans les airs que s’est décidée l’issue de ce conflit.

Le bilan humain de la guerre? Moins de 800 tués dans les rangs israéliens et un nombre imprécis côté arabe: entre 12.000 et 17.000 sans doute. Avec des scènes atroces dans le Sinaï, quand des unités israéliennes, ne voulant s’encombrer de prisonniers, exécutèrent des soldats égyptiens, sans doute plusieurs centaines, sinon plus.

Avec un résultat que peu avaient anticipé: une victoire fulgurante d’Israël sur ses voisins égyptien, syrien et jordanien, la conquête par ce pays de territoires plus de quatre fois plus grands que ses frontières initiales, l’occupation/répression d’un peuple et le début d’une colonisation juive, sur la base de justifications sécuritaires, idéologiques et religieuses, qui n’a cessé de grignoter l’espace vital des Palestiniens et de brimer leurs aspirations nationales.

L’euphorie illusoire qui s’était répandue dans la population israélienne, au lendemain de la guerre des Six-Jours en juin 1967, n’épargna personne ou presque. Le «miracle» d’une victoire écrasante inattendue (sauf par l’armée) sur trois voisins arabes s’accompagnait d’un sentiment de nature quasi mystique, comme si quelque chose ressemblant à la rédemption divine était à l’œuvre, bien loin d’une analyse rationnelle.

Les frissons engendrés par la «libération» des lieux saints du judaïsme, le mur des Lamentations à Jérusalem, le caveau des Patriarches à Hébron ou le tombeau de Rachel à Bethléem, occultèrent un moment la nouvelle réalité: Israël venait d’occuper des terres habitées, y compris par de nombreux réfugiés de 1948. En tout, quelque 1,1 million de Palestiniens se retrouvaient, soudain, sous le joug israélien, alors que moins de 10.000 Druzes du Golan syrien expérimentaient le même état.

Après quelques mois, Israël comprit qu’il ne subirait pas une pression internationale comparable à celle de 1956 quand il avait dû rendre le Sinaï égyptien une première fois envahi. Malgré quoi, l’Etat hébreu se montra prudent, prenant en toute discrétion une seule mesure d’annexion, le 28 juin 1967, qui concernait la partie arabe de Jérusalem, dont la vieille ville et les lieux saints. Il fallait veiller à ne pas effaroucher la communauté internationale sensible au sort de la ville sainte des trois religions monothéistes.

La guerre de 67 allait marquer un réveil du nationalisme palestinien, la défiance des masses arabes vis-à-vis des Etats en échec. Le conflit de 73 n’allait pas permettre d’effacer les conséquences territoriales de 67. La paix allait reculer devant le fantasme biblique d’un grand Israël et la réalité des colonisations de territoires palestiniens qui continuent aujourd’hui encore, malgré les condamnations internationales.

En 2017, les chances de la paix n’ont jamais paru plus minces.

Patrice Zehr

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