mardi 22 août 2017

Trump dans le bureau ovale: c’est fait !

Cela paraissait, il y a quelques mois, à la majorité des médias et à l’idéologie internationale dominante, incroyable. C’est fait.

L’Amérique, qui n’accepte pas la victoire électorale de Trump, aura tout essayé jusqu’au bout, mais en vain. Le président élu devient, ce 20 janvier, le président investi et le seul aux manettes.

Sa première conférence de presse, cependant, n’aura pas rassuré, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais ce n’est pas uniquement de sa faute. Il faut prendre en compte que tout a été fait pour le mettre hors de lui. Sur le plan légal, il est en effet très discutable de voir des sujets classifiés dans la presse grâce à des fuites. Déontologiquement, il est délicat d’admettre que des rumeurs non vérifiées soient exposées dans le but plus de nuire que d’informer. Cela étant, si tout était vrai, ce serait grave. Les USA auraient à leur tête un homme tenu par Moscou et Poutine. Sur le point précis qui a fait saliver la presse de la sextape, il est tout de même difficile de croire qu’un  homme d’hôtels et de communication prenne le risque de débats sexuels dans des chambres qu’il sait toutes équipées de caméras.

Trump est donc passé à l’attaque et a rebondi. Il s’est affronté avec une partie de la presse, surtout le diplodocus CNN qui ne va pas le lâcher. Il s’est mis à dos le renseignement, mais là, il va couper des têtes et en nommer d’autres.

Le rapport anonyme publié récemment sur le site Buzzfeed et visant à entacher la réputation du président élu, Donald Trump, aurait été rédigé par un ancien agent de renseignement britannique. Aucun des faits exposés dans le rapport, n’est étayé par des preuves tangibles. A en croire Andrew Wordsworth, fondateur de la société londonienne Raedas, spécialisée elle aussi dans la collecte de données, l’authenticité du rapport serait pour le moins douteuse. Il souligne également que des agents de services de renseignement russes, qui pourraient disposer de telles informations, ne les auraient certainement pas dévoilées à un ancien espion britannique.
Le Kremlin a déclaré que la Russie ne recueillait aucune information compromettante sur quiconque et qu’elle ne travaillait que dans l’intérêt de la paix et de la sécurité mondiale.
En fait, le site d’information BuzzFeed a rendu un fier service au président élu, Donald Trump. En publiant, mardi 10 janvier, sans avoir procédé au préalable aux vérifications d’usage, un document au contenu controversé le prenant pour cible, il a donné au milliardaire l’occasion de passer le lendemain à l’offensive, lors de sa première conférence de presse organisée depuis juillet 2016. M. Trump, cependant, a été contraint de reconnaître, pour la première fois clairement, une responsabilité de la Russie et même de son président, Vladimir Poutine. Il a rapidement pivoté sur d’autres piratages massifs, notamment ceux imputés à la Chine, dont ont été victimes les Etats-Unis. Il a assuré que sa seule élection ferait que des pays, comme la Russie, la Chine, le Japon et le Mexique, respecteraient beaucoup plus les Etats-Unis à l’avenir.
S’il est pertinent de s’interroger sur la présidence de Donald Trump – laquelle démarre avec des questionnements autour de possibles conflits d’intérêts et des soupçons d’ingérence de la Russie dans l’élection-, attaquer l’individu pourrait se révéler contre-productif pour ses adversaires. Son comportement est «irréfléchi», ses objectifs «dingues», à en croire certains de ses détracteurs, mais les reproches formulés à l’égard du futur président s’appliquent parfaitement à certains de ces prédécesseurs. Avant Donald Trump, la Maison-Blanche a accueilli d’autres présidents pas franchement «présidentiels». Du temps où il était acteur, Ronald Reagan (président de 1981 à 1989) s’est même vu refuser le rôle du président des Etats-Unis dans le film The Best Man, au motif qu’il n’était pas crédible en président (contrairement à Henry Fonda, qui décrocha le rôle), explique le site IMDB. Car, si nous avons tendance aujourd’hui à concevoir la politique comme une profession à part entière, nombreux sont ceux qui, comme Donald Trump, ont exercé d’autres fonctions: avant d’être chef de l’Etat, Abraham Lincoln (président de 1861 à 1865) a vendu de l’alcool dans l’Illinois, tandis que Grover Cleveland (1885 à 1889 et 1893 à 1897) a occupé le poste de bourreau, exécutant deux personnes par pendaison, lors de son mandat de shérif dans l’Etat de New York. Et si Donald Trump est logiquement le premier président à être passé par la case téléréalité, Gerald Ford (1974 à 1977) a connu son heure de gloire en tant que mannequin, posant pour une couverture du magazine Cosmopolitan, en 1942. Profondément sexiste, accusé d’attouchements par plusieurs femmes, Donald Trump s’inscrit en fait dans une triste tradition de présidents fanfarons (au mieux), voire à la frontière du harcèlement sexuel (au pire).

Etre porté sur la chose, c’est plutôt la norme chez les occupants du Bureau ovale. Si entre adultes consentants, cette particularité ne pose a priori pas vraiment de problèmes, elle a pu ternir la réputation de certains présidents. Avant Bill Clinton et John Fitzgerald Kennedy, Warren G. Harding (le «président le plus chaud», selon Politico, en poste de 1921 à 1923) n’hésitait pas à s’enfermer dans un placard à balais de la Maison-Blanche en compagnie de sa maîtresse, racontent ses biographes.

A défaut d’être considérés comme fous, de nombreux présidents peuvent au moins être qualifiés d’excentriques. A titre d’exemple, Herbert Hoover (président de 1929 à 1933) avait deux alligators en guise d’animaux de compagnie. Son prédécesseur, Calvin Coolidge (de 1923 à 1929), occupait la Maison-Blanche avec deux lions, un raton laveur domestiqué et Billy, son hippopotame pygmée.

Cela fait sourire, sans rassurer sur Trump.

Patrice Zehr

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