lundi 11 décembre 2017

Des lois pour réconcilier les citoyens avec la politique

El Habib Choubani

Entretien avec El Habib Choubani, ministre chargé des Relations avec le parlement et la Société civile

Interview

Le gouvernement Benkirane vient de souffler sa 3ème bougie. Une occasion de dresser un bilan politique, économique et social ?

Volet politique, je peux dire que tous les sondages d’opinion, en plus du débat public, s’accordent à dire que nous nous trouvons aujourd’hui face à un gouvernement responsable de ses choix politiques, certes difficiles mais productifs. Et de ces difficultés accumulées -ô combien nombreuses!-, je ne donne comme exemple que le chantier de la Caisse de compensation qui démontre, si besoin est, la nette volonté de réforme de l’actuel Exécutif. Suivront d’autres chantiers tout aussi délicats.

Qu’en est-il de la confiance du citoyen dans ce gouvernement?

Nous nous acheminons à pas sûrs vers le rétablissement de cette confiance, en ce sens que le responsable issu des urnes peut assumer ses responsabilités devant les citoyens. Il s’agit là d’un grand tournant.

Effet de la Constitution de 2011 ?

Il est vrai que la Constitution y est pour beaucoup et a permis ce tournant et ces possibilités.

Et l’opposition dans tout cela?

Il est regrettable de constater que nous sommes face à une opposition que je dirais faible et c’est là une donne qui inquiète sur l’échiquier politique.

Que reprochez-vous à cette opposition?

Elle vit une véritable crise.

Quel impact sur votre mandat?

Je dirais qu’il s’agit là d’un acquis positif.

C’est une opposition bien dans ses bottes qui devrait plutôt avoir un impact positif sur l’action de l’Exécutif…

Je vous l’accorde. Aussi gagnerait-elle à revoir ses positions et ses choix politiques pour être une opposition qui mériterait de mieux porter son nom.

Les acquis de la majorité, volet économique?

Les clignotants du pays sont tous au vert et je n’imagine pas aujourd’hui que quelqu’un de bien-pensant puisse dire autre chose. Sinon, ce serait véritablement malhonnête. On s’éloigne de plus en plus des zones de turbulence où vivait le pays avant l’arrivée de l’actuel Exécutif. D’ailleurs, les études et enquêtes aussi bien nationales qu’internationales en attestent.

Quel impact sur le volet social?

Il apparaîtra graduellement. Le gouvernement dispose d’une marge de manœuvre honorable dans sa défense des couches sociales défavorisées. A savoir que le gouvernement peut aisément se pencher sur les dossiers des étudiants, de la résistance et les anciens combattants, des veuves, du monde rural, bref des couches sociales qui, il y a peu de temps, n’entraient pas en compte dans les préoccupations des gouvernements qui se sont succédé du fait que les situations étaient difficiles.

Que peut-on attendre des deux années qui restent du mandat de l’actuelle majorité?

La consolidation de la logique des réformes et, bien évidemment, l’émergence d’autres réformes structurantes.

De quelle sorte?

La réforme de la justice qui est déjà entamée, la société civile, son statut, le décollage économique et j’en passe.

Quelle résultat pour ce gouvernement?

L’actuel gouvernement a gagné nombre de points. C’est une reconnaissance de ses efforts et de ses bons résultats s’agissant du nombre de chantiers d’envergure et des prises d’initiatives audacieuses.

Qu’attendez-vous de ce tableau positif que vous brossez?

Qu’il ait des répercussions positives sur les Marocains, certain que je suis que l’atmosphère générale est positive.

Quel est le chantier qui s’impose le plus?

S’agissant des équilibres macro-économiques, vous savez ce qu’il en était il y a peu de temps et ce qu’il en est aujourd’hui. Le bilan de la contribution libératoire (28 milliards de dirhams) en dit long. Ce gouvernement a réussi à rétablir la confiance entre l’Etat et les citoyens, ce qui témoigne de son succès, de la bonne gestion financière et de la maîtrise des équilibres.

Et sur le plan social?

Un bilan honorable dans les secteurs de la santé, de l’enseignement, des droits de la femme, des jeunes.

Mais tout n’est pas aussi vert que vous le dites…

Assurément, il persiste des difficultés, des choses à revoir, à amender et à mettre en œuvre et des chantiers importants à entreprendre.

Le gouvernement doit-il prendre en compte la participation des institutions?

La participation des institutions intervient sur le plan horizontal, vu que les réformes ne sont pas du seul ressort du gouvernement. Le rôle du parlement dans toute réforme est primordial.

Vous, ministre chargé des Relations avec le parlement, estimez-vous que celui-ci a bien exécuté son rôle de mettre sur pied les commissions d’enquête?

En trois ans, plus précisément depuis l’approbation de la loi sur les commissions d’enquête, je constate qu’il n’a pas mis le doigt, volet enquête, sur les dossiers à même de dévoiler le degré de coopération gouvernement-parlement contre la corruption, par exemple.

Entendez-vous que cette coopération gouvernement-parlement sur ce dossier brûlant n’est pas très positive? Qu’est-ce qui l’empêche?

Je dis que cette coopération n’a pas jusqu’à aujourd’hui mis sur la table des initiatives en dehors des initiatives traditionnelles, à savoir les questions orales et les réunions des commissions. Mais les mécanismes d’enquête qui comptent parmi les grandes nouveautés constitutionnelles n’ont pas, à nos jours, trouvé le chemin de leur mise en œuvre.

Que proposez-vous?

Que l’on remédie à cette situation durant les deux années restantes du mandat de l’actuel Exécutif, pour que l’institution parlementaire soit au cœur des réformes et corrige l’erreur qui dit que toute réforme est l’apanage du gouvernement. Non, celui-ci est une institution constitutionnelle qui jouit certes de prérogatives, mais la coopération avec les institutions est plus que nécessaire.

L’opposition donne la nette impression d’être complétement out ?

Nous vivons cette problématique. Certains partis de l’opposition sont aujourd’hui dirigés par des dirigeants loin du temps politique et social.
Je pense qu’elle ne guérira pas rapidement. Aussi est-il souhaitable que la société civile soit présente avec force dans la mise en œuvre de la démocratie participative, un grand chantier de réforme auquel nous nous attelons et dont nous récolterons les fruits cette année.
Ce vide créé par l’opposition à cause de son actuelle faiblesse structurelle fera que la société civile engendre de toute évidence d’autres forces sociétales soutenues par la Constitution et la loi, pour que sont rôle soit complémentaire avec ceux du gouvernement et de la majorité qui jouit aujourd’hui d’une réelle cohésion et une parfaite harmonie lui confèrant une situation confortable pour gérer cette étape de l’histoire de notre pays.

De la façon dont vous présentez les choses: majorité cohérente, harmonieuse… Peut-on s’attendre à ce que le gouvernement Benkirane rempile?

Je dirais que le peuple marocain ne peut pas changer un cheval qui gagne (rires). Les résultats sont là et ne comportent aucune équivoque. Les composantes de la majorité iront aux élections, fortes de leur bilan largement positif et dans une situation confortable pour mériter le oui des Marocains; un oui pour notre franchise, notre transparence, notre vigilance et notre audace, sachant que les Marocains ne peuvent pas sanctionner une équipe gouvernementale qui n’a pas démérité.

Vous parlez déjà des élections, alors que l’arsenal juridique qui les régit n’est pas au rendez-vous…

Nous avons clos les concertations les concernant après le Conseil des ministres (jeudi 29 janvier 2015). Cet arsenal sera soumis au Parlement.

L’actuelle session est-elle terminée?

Il est prévu une session extraordinaire pour respecter les délais des prochaines échéances électorales. Il s’agit là de lois politiques par excellence liées aux réformes politiques. C’est sûr qu’il y aura des lois consacrant la confiance dans la chose politique.

Que devrons-nous attendre de ces nouvelles lois?

Il est attendu que ces lois ne soient pas, une fois sorties du Parlement, des lois de consensus entre les élites politiques. Il ne faut pas perdre de vue que les Marocains s’intéressent aujourd’hui beaucoup plus à la politique que par le passé, la Constitution ayant apporté l’approche participative en tant que principe. Si les Marocains voient que ces lois ont été confectionnées sur mesure pour les élus, l’impact sera l’inverse, c’est-à-dire l’aversion des Marocains pour la politique.

Les citoyens voient dans ces lois qu’elles sont faites pour les partis politiques et ne les concernent en rien.

Le défi de ces lois, c’est que justement elles ne sont pas faites pour les partis politiques. Elles sont là pour réconcilier les citoyens avec la politique. C’est un défi d’envergure dont le gouvernement est conscient.

Interview réalisée par Mohammed Nafaa

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