jeudi 23 novembre 2017

Birmanie : Qui sont les musulmans persécutés?

Au moins 27.000 Rohingyas -population de confession musulmane vivant principalement dans l’Etat d’Arakan, dans le sud-ouest de la Birmanie- ont traversé la frontière en une semaine pour se réfugier au Bangladesh voisin.

Cet exode massif est dû aux combats qui ont éclaté il y a deux semaines entre l’armée birmane et les rebelles musulmans rohingyas. En une semaine, au moins 400 personnes sont mortes.

1,3 million de Rohingyas vivent dans l’ouest de la Birmanie, un pays à 90% bouddhiste. Cette minorité ethnique de confession musulmane est l’une des plus persécutées au monde. Privée de la nationalité birmane depuis 1982, elle est régulièrement la cible de viols et de meurtres de la part de l’armée birmane. Plusieurs fois, l’ONU a dénoncé un «nettoyage ethnique» en Birmanie.

La junte militaire, qui a gouverné le pays jusqu’en 2011, leur a en effet retiré leur statut de minorité nationale et donc leurs droits en 1982, créant par-là autant d’apatrides. La plupart des Birmans les considèrent aujourd’hui comme des immigrés qui n’ont rien à faire dans le pays.

Depuis juin 2012, les violences religieuses qui visent les Rohingyas ont pris de l’ampleur, alimentées notamment par la rhétorique islamophobe du moine Wirathu et de mouvements bouddhistes intégristes, souvent avec la bienveillance des autorités. Et dans le silence du nouveau régime démocratique qui doit composer avec une armée hostile aux musulmans et encore très influente.

Les Etats frontaliers ne leur reconnaissent pas le statut de réfugiés et les refoulent souvent en Birmanie. Sinon, les Rohingyas s’entassent dans des camps de réfugiés où les conditions de vie sont très difficiles.

Le 25 août dernier, les rebelles de l’Arakan Rohingyas Salvation Army (ARSA), qui disent vouloir défendre les droits bafoués de la minorité musulmane rohingya, ont attaqué une vingtaine de postes de police birmans dans le nord-ouest du pays, causant la mort d’au moins 89 personnes, dont une dizaine de policiers, selon l’AFP. Les attaques armées de l’ARSA ont donc alimenté le discours hostile aux Rohingyas. Le service de presse du gouvernement, qui a diffusé des images de membres des forces de l’ordre tués à l’arme blanche, a aussi multiplié les commentaires acerbes contre les médias internationaux, accusés de se montrer trop bienveillants à l’égard des Rohingyas. Le Myanmar explique désormais mener des «opérations de sécurité» dans le nord du pays. Une bataille des images s’est donc engagée sur les réseaux sociaux. Certains défenseurs des Rohingyas, comme le vice-Premier ministre turc Mehmet Simsek, ont ainsi diffusé des images de cadavres présentés comme étant ceux de musulmans birmans, alors qu’il s’agissait en fait de photos prises au Rwanda en 1994, comme le rapportait The Guardian. Le tweet a été partagé 1.600 fois avant d’être effacé.

Aung San Suu Kyi, 72 ans, est enfin sortie de son silence. Mais la Prix Nobel de la paix 1991 n’a pas dénoncé la persécution des Rohingyas musulmans, comme l’espéraient les associations humanitaires. A l’inverse, elle s’en est prise, mercredi 6 septembre, à un «iceberg de désinformation» en dénonçant la publication de photos, dont l’authenticité est effectivement douteuse. Aung San Suu Kyi «n’a pas voix au chapitre» pour ce qui se passe dans le nord  et l’ouest du pays, «où l’armée est en prise avec une vingtaine de groupes ethniques armés. Dans ces régions frontalières, les autorités militaires font ce qu’elles veulent sans prendre langue avec les autorités civiles».

Chargée de campagne sur les conflits armés à Amnesty France, Nina Walch lui fait écho. Mais pour l’organisation humanitaire, Aung San Suu Kyi n’utilise même pas les faibles marges de manœuvre qui lui sont laissées. Elle a ainsi refusé au printemps l’accès au pays à la mission d’enquête de l’ONU sur les exactions commises contre les Rohingyas. «Elle est dans le déni total», conclut amèrement Nina Walch. Un déni qui s’appuie sur l’impossibilité de s’aliéner l’armée, le plus puissant acteur du pays, mais aussi sur la crainte de braquer l’opinion. «Dans un pays largement islamophobe, le fait de défendre les Rohingyas peut nuire à la popularité d’Aung San Suu Kyi», estime Bruno Philip, correspondant du Monde en Asie depuis trois décennies. «Chaque fois que je regarde les informations, j’ai le cœur brisé face aux souffrances des musulmans rohingyas de Birmanie». Malala Yousafzai, la jeune Pakistanaise Prix Nobel de la paix 2014, a critiqué, lundi 4 septembre, son homologue birmane, Aung San Suu Kyi, pour son silence dans le drame des Rohingyas, une minorité musulmane vivant en Birmanie et persécutée par le pouvoir.
«Ces dernières années, je n’ai cessé de condamner le traitement honteux dont ils font l’objet. J’attends toujours de ma collègue Prix Nobel Aung San Suu Kyi qu’elle en fasse de même», écrit Malala Yousafzai sur son compte Twitter, suivi par près de 850.000 personnes.

Ça ne semble pas d’actualité.

Patrice Zehr

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