vendredi 24 novembre 2017

Audrey Azoulay : «Madame Culture» prend les rênes de l’Unesco

La richesse, la diversité et la complexité du parcours d’Audrey Azoulay donnent tout son sens à son élection à la tête de l’UNESCO. Une élection dont, le moins que l’on puisse dire, est qu’elle n’était pas chose aisée.

Il a fallu attendre le 5ème tour d’une élection (qui a débuté lundi 9 octobre), pour enfin voir Audrey Azoulay accéder à ce poste, le vendredi 13 octobre, pour succéder à la Bulgare, Irina Bokova.

L’ancienne ministre de la Culture et de la Communication (2016-2017) de François Hollande a obtenu 30 voix, parmi les 58 membres du Conseil exécutif de l’agence des Nations Unies (ONU), face au Qatari Hamad bin Abdoulaziz Al-Kawari, 69 ans, lequel en a obtenu 28.

Arrivée ex aequo, jeudi soir (12 octobre), avec l’Egyptienne Mouchira Khattab, Audrey avait «battu» cette dernière lors d’un vote intermédiaire, vendredi après-midi. Le suspense aura ainsi duré jusqu’au bout.

Audrey Azoulay devrait prendre ses fonctions fin novembre à la tête de l’agence onusienne, créée au lendemain de  la Seconde guerre mondiale (1945), dans le but de promouvoir la paix à travers l’éducation, la science et la culture.

Mais qui est donc la nouvelle DG?

Femme énergique, déterminée et engagée, Audrey Azoulay affiche un brillant parcours académique: diplômée de l’Ecole nationale d’administration – promotion «Averroès» 1998-2000 et titulaire d’un diplôme de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (1996) et d’un Master of Business Administration – Lancaster University, Grande-Bretagne, 1993, son parcours académique et sa réussite dans tous les domaines où elle a versé sont incontestablement des atouts majeurs pour occuper le sommet de la hiérarchie de l’UNESCO, comme le sont ceux liés à la diversité dont elle se revendique et au double legs franco-marocain, dont elle est l’héritière. Un legs qu’elle affiche fièrement d’ailleurs. Elle a souligné à «Jeune Afrique», lors de sa campagne pour la Direction générale de l’UNESCO: «Je puise ma force dans mon histoire personnelle, dans ma relation au Maroc, au Monde arabe et à l’Afrique. J’ai été bercée par les muezzins comme par les cloches de Montparnasse et les chants des synagogues. Je compte mettre cette diversité au service de mon action»…

Partant de là, Audrey est plus que favorite pour réussir à imprimer son empreinte dans la marche d’une organisation qu’elle veut revitaliser et renforcer…

«Le Maroc est un pays de cœur et de référence, des valeurs et des saveurs, de la musique. J’y étais très enracinée, je ne parlais pas arabe. C’est une richesse d’identité, ce que permet parfaitement la France», avait-elle également dit.

Travailler sur le renforcement de cette organisation et sa force à réussir un rapprochement et une synergie entre les différentes cultures et civilisations du monde est certes une lourde tâche, mais qu’Audrey saura rendre facile et réalisable.

Cette native de Paris, un 4 août 1972, a grandi dans une famille marocaine, originaire d’Essaouira et qui respirait la culture dans toutes ses dimensions et l’action associative et artistique. D’où le fait que, pour Audrey, l’action coule de source, notamment pour ce qui est des affaires culturelles.

Ça coule de source

Son père, figure emblématique du monde politico-culturel marocain, n’est autre qu’André Azoulay, conseiller de SM le Roi Mohammed VI. André qui a su redorer le blason de sa ville natale, Mogador (Essaouira), à coup de festivals et de rencontres culturelles. Aujourd’hui, le Festival de Gnaoua, le Printemps des Alizés et les «Andaloussiyates» d’Essaouira placent la ville au sommet des plus grands rendez-vous culturels de par le monde. Homme de réseau, André Azoulay assure en permanence une promotion du Maroc à travers l’art et la culture et veille à pérenniser la culture d’échange et le rapprochement entre les peuples…

Du côté de la mère, Audrey ne fait pas exception à la règle «telle mère, telle fille». Très portée sur la littérature, elle est bien la fille d’une femme de lettres, Katia Brami Azoulay.

C’est avec «Essaouira-Mogador Parfums d’Enfance», publié au début des années 90, que Katia Azoulay et deux de ses amies d’enfance écrivaient la première page de cette belle histoire qui est celle de la renaissance de la Cité des Alizés.

Katia Azoulay, qui appartient à une grande famille de la communauté juive souirie, très présente et très active dans la vie sociale de la ville, se retrouve naturellement aux côtés de son époux, André Azoulay, né comme elle à Essaouira-Mogador et qui, très tôt, se mobilise pour redonner toutes ses chances à leur ville natale, objet de leur passion commune.

Dans le patrimoine de la ville, son histoire et l’exceptionnelle richesse de sa diversité culturelle, musicale et artistique, Essaouira puisera les exceptionnelles ressources de son rebond et de son retour dans le club des grands succès du Maroc de ces vingt dernières années.

Katia Azoulay est de tous les combats et de tous les défis qui vont jalonner ce retour en grâce qui s’exprime par les valeurs emblématiques de l’ouverture spirituelle, du dialogue des cultures et des religions, auxquelles Essaouira-Mogador a choisi de s’identifier sans la moindre frilosité.

Pour prendre la juste mesure du chemin parcouru, Katia Azoulay et ses deux co-auteurs publient, en 2007, un 2ème livre «Essaouira-Mogador, Passion Partagée». Et cette fois-ci, les trois Souiries sont parties à la rencontre de personnalités, qui dans le monde entier ont rencontré et aimé Essaouira. Cet ouvrage marque ainsi d’une pierre blanche la saga contemporaine d’Essaouira, riche du regard et de la sensibilité de tous ceux et celles qu’elle a eu le talent de séduire.

Et Audrey passe à l’action

Ainsi, issue d’une famille qui baigne constamment dans la culture du livre et des débats, vivant entre Paris et Rabat en ayant su créer un pont entre les deux rives de la Méditerranée; et de par la diversité et la richesse de son vécu ainsi que sa foi en les valeurs de dialogue et de multi-culturalité dans lesquelles elle a puisé depuis sa tendre enfance, Audrey Azoulay réunit, incontestablement, toutes les qualités qui lui permettront, durant son mandat, comme elle s’y est engagée, de redonner toute sa place à l’UNESCO. Mais aussi, de restaurer la confiance en cette institution et de placer l’éducation et la Culture au cœur de la gouvernance mondiale.
Autant d’atouts qui favoriseront, sans aucun doute, la réussite de son plan visant à renforcer l’action de l’organisation en faveur de l’éducation, en refonder l’ambition culturelle et en faire un acteur de référence du développement durable.

H. Dades

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