Révoltes «Acte Trois»

Comme d’habitude, tout a commencé par un rien… Puis, la colère a grossi au fil de la semaine, se déversant –tel un fleuve en crue- d’abord dans la capitale, ensuite, dans tout le pays. La machine médiatique s’est alors saisie des faits. Et, depuis, tous les regards sont braqués sur la Turquie et sur cette contestation populaire qui y est née… Encore une, dans le monde musulman, se sont empressés de commenter les observateurs, notamment occidentaux… Un «Printemps arabe» chez les Ottomans, ont-ils estimé en voyant les contestataires occuper la place Taksim, à Istanbul, de la même manière que les manifestants égyptiens avaient occupé la place Tahrir, au Caire (ce qui avait conduit à la chute du Président Moubarak).

Les citoyens égyptiens, eux-mêmes, ont vite fait d’établir le parallèle, sur les réseaux sociaux, ironisant sur le fait que si leurs nouveaux gouvernants (les frères musulmans) veulent copier les Islamistes turcs au pouvoir, le peuple turc, lui, veut copier le peuple égyptien. D’où l’occupation de la place Taksim, calquée sur l’occupation de la place Tahrir.
La comparaison est-elle bien valable, cependant ? Pas si sûr…
Car, si -a priori- les vents de contestation qui ont soufflé cette semaine en Turquie, ressemblent aux vents du «Printemps arabe» qui soufflent sur «la région Moyen Orient et Afrique du Nord» depuis deux ans, dans le fond, la différence est énorme.
Il semble, en effet, qu’on assiste à l’«Acte Trois» des révoltes dans le monde musulman.
L’«Acte Un», c’était le phénomène du «printemps arabe» né en Tunisie et propagé dans le reste de la région, qui a balayé les régimes et chefs d’Etats de plusieurs pays arabes (Tunisie, Egypte, Libye, Yémen) et mis en difficulté plusieurs autres (en particulier la Syrie). Dans cet «Acte Un», l’initiative de la révolte avait été prise par des jeunes de la société civile et des opposants laïcs, mais une fois les régimes tombés, ce sont les Islamistes qui ont pris le pouvoir. Démocratiquement, certes, par la voie des urnes, mais depuis longtemps à l’affût de l’occasion propice, ils ont su la saisir.
L’«Acte Deux», c’est ce que vient de connaître la Tunisie où, les Islamistes d’Annahda -au pouvoir- vivent à leurs dépens ce que le régime précédant a vécu. Leur pouvoir leur est disputé, dans la rue, par des Islamistes plus islamistes qu’eux: les Salafistes ! Ces derniers, ayant découvert les vertus des manifestations sur la voie publique et profitant des opportunités démocratiques qu’offre le pays actuellement (opportunités qui leur permettent de s’exprimer et d’agir librement, alors qu’ils ne pouvaient même pas avouer leur existence sous le régime Benali), tentent de jouer les prolongations du «printemps arabe» afin de confisquer le pouvoir. Cet «Acte Deux» a d’ailleurs été tenté dans tous les pays de la région.
Quant à l’«Acte Trois», c’est ce qu’est en train de vivre la Turquie, depuis ce début juin.
Cet Acte-là est différent. Il n’y est pas question de déstabiliser le pouvoir, ou de balayer le régime, mais de fixer des limites aux Islamistes qui gouvernent le pays. C’est un «rappel à l’ordre» valable en Turquie où le parti islamiste d’Erdogan est aux affaires depuis 10 ans déjà (ce ne sont pas les vents du «printemps arabe» qui l’y ont conduit), mais aussi une mise en garde pour tous les pays de la région où les Islamistes sont désormais au pouvoir.
La révolte en Turquie a en effet été déclenchée par une simple revendication. Celle de surseoir à la décision (prise par les autorités) de raser un parc pour ériger à sa place un centre commercial. Mais en réalité, c’était là la goutte qui avait fait déborder le vase. Car, les manifestants turcs avaient bien plus à reprocher à leur gouvernement. Ils avaient à lui reprocher toutes ses déviances autoritaristes qu’ils voyaient s’accompagner d’une volonté manifeste d’islamiser à outrance la société (recours limité à la pilule, interdiction d’avorter, restriction des ventes d’alcool…). Ils se sont donc mobilisés, comptant bien faire entendre leur voix.
Si le gouvernement Erdogan a commencé par se tromper de réponse, utilisant la violence, il est heureux qu’il se soit ravisé. La Turquie qui aspire à un rapprochement avec l’Europe et qui a modifié sa constitution pour répondre aux critères démocratiques exigés par l’Union européenne, n’a pas d’autre choix, sous peine de le payer cher (deux morts parmi les manifestants et un policier tué, c’est déjà trois morts de trop !). Espérons qu’elle -et à travers elle, tous les pays de la région où les Islamistes sont aux commandes- retiendront cet enseignement majeur: que le véritable 4ème pouvoir, c’est la rue qui l’a et que l’emploi de la violence ne lui retirera pas ce pouvoir, au contraire, il le renforcera.

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