Maroc-Turquie : Rééquilibrer les échanges

Booster les échanges économiques qui, jusque-là, favorisent le partenaire turc, telle a été la principale revendication des Marocains lors de la visite express à Rabat du Premier ministre turc.

benkirane et erdogan MAP 2

La visite à Rabat du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, à la tête d’une forte délégation d’hommes d’affaires (3-4 juin 2013), s’est soldée par la décision du Maroc et de la Turquie, selon une déclaration conjointe, de créer un conseil de haut niveau de partenariat stratégique.

A l’écoute des Marocains

Première étape d’une tournée maghrébine qui l’a mené en Algérie et en Tunisie, sur fond de manifestations de rue, principalement dans les deux grandes villes Ankara et Istanbul, le Premier ministre turc, à l’écoute des doléances des milieux d’affaires marocains, a caressé dans le sens du poil, en s’engageant à tout mettre en œuvre pour redresser la balance des échanges commerciaux. En effet, les Marocains se plaignent que cette balance penche nettement du côté turc et accuse un déficit patent.
Le Maroc a exporté près de 3 MMDH et importé 9,7 MMDH, accusant ainsi un déficit de près de 7 MMDH. Ce déséquilibre est la résultante du manque de compétitivité qui fait défaut au Maroc, volets quantitatif et qualitatif, d’où l’initiative du Royaume de rappeler, durant la visite d’Erdogan, la nécessité d’améliorer les rapports commerciaux entre les deux pays avec, en priorité, la révision de l’accord de libre-échange avec la Turquie. C’est justement dans ce sens que le chef de gouvernement, Benkirane et son hôte turc, Erdogan, ont souligné l’importance de tout mettre en œuvre pour réunir dans les plus brefs délais la commission mixte des deux partenaires.

Signature d’accords

Donc, à l’occasion de cette visite marathonienne et immédiatement après la réunion maroco-turque au siège du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération à Rabat, les deux chefs de gouvernement ont signé deux accords de coopération économique, l’un maritime et l’autre, une convention-cadre de coopération dans le domaine du transport.

Pour une coopération étroite

Actuellement, a précisé le Premier ministre turc, 75 entreprises sont implantées au Maroc. Elles ont investi 250 millions de dollars, employant quelque 6.200 Marocains, ce qui n’empêche pas, malgré tout, un net déséquilibre des échanges commerciaux entre les deux pays. C’est ce qui justifie la nécessité de coopérer étroitement dans le but de rééquilibrer la balance commerciale et de combler le déficit actuel qui, jusqu’à aujourd’hui, favorise nettement le partenaire turc.

Les reproches de la CGEM

Tout en faisant en sorte que les hommes d’affaires turcs, venus en force (300) avec leur Premier ministre, ne se sentent pas les principaux visés, la CGEM a décidé de boycotter les rencontres économiques de Rabat, précisant que sa décision, mûrement réfléchie, est en fait destinée au gouvernement à qui elle reproche ouvertement de ne pas l’avoir conviée aux préparatifs de la visite d’Erdogan. Il s’agit donc d’une cuisine intérieure et tout le monde a senti le brûlé. Reconnaissant ce qui est qualifié par son entourage de «problème de mauvaise coordination», Abdelilah Benkirane a estimé que la position de la CGEM était normale, «parce qu’elle n’avait pas été associée», dit-il, alors qu’elle est un partenaire essentiel pour le gouvernement. Et faisant son mea-culpa devant son hôte de marque, Benkirane a promis d’éviter à l’avenir que pareille situation se reproduise…

Non au Front Polisario

Volet politique, le Premier ministre turc a réitéré la position de son pays concernant le dossier du Sahara, à savoir que la Turquie ne reconnaît pas le Polisario et qu’il (Erdogan) reste disposé à proposer ses bons offices pour une solution du conflit et l’ouverture des frontières entre Rabat et Alger.

Erdogan lance un message aux Turcs

Un pied au Maroc et un œil sur son pays. C’est ainsi que les observateurs ont situé la visite du Premier ministre turc qui effectue un périple maghrébin sur fond de violentes contestations de rue, principalement à Ankara et Istanbul, les manifestants dénonçant la «dérive autoritaire» d’Erdogan. Ce dernier a profité de sa présence à Rabat pour lancer que «les problèmes seraient réglés à son retour au pays».
Ainsi, les deux hommes, Erdogan et Benkirane, ont en commun des problèmes politiques sérieux. En effet, Benkirane est confronté à la décision du Parti de l’Istiqlal de claquer la porte du gouvernement, laquelle a créé une sérieuse crise politique qui semble s’enliser, doublée d’une autre décision de l’opposition parlementaire de bouder la séance mensuelle des questions de politique publique. Ainsi, Abdelilah Benkirane qui, depuis longtemps, attendait cette visite, interprétée comme un soutien à son parti (PJD) de la part de son homologue turc, n’a pas eu l’opportunité de s’en réjouir…

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