Maroc Diplomatie, dette et stratégie

Le Maroc, cette semaine, est sur tous les fronts. L’actualité nous bouscule, nous autres hebdomadaires, dont le temps médiatique ne coïncide pas toujours avec le temps politique et diplomatique de la semaine. Nous pouvons décortiquer les faits qui ont eu lieu depuis la dernière livraison, comme l’emprunt par le Maroc de 1 milliard et demi de dollars, ou le lancement des travaux du complexe portuaire stratégique Nador West Med, ou encore l’examen de la situation du Mali par le Conseil de Sécurité, à l’initiative du Maroc qui, en qualité de membre non-permanent du Conseil, en assure la présidence tournante pendant ce mois de décembre. Mais la visite officielle de l’imposante délégation française, conduite par le 1er ministre Jean-Marc Ayrault, ou les travaux à Marrakech de la 4ème conférence du groupe des amis du peuple syrien, débutent au moment même où nous passons à l’impression. Nous devrons donc y revenir après que les quotidiens nous aient brûlé la politesse avec tous les scoops glanés (et répercutés) au jour le jour.

Pour autant, cela n’empêche pas un regard d’ensemble sur cette actualité brûlante.  

Cette semaine, tout d’abord, nous étions heureux, au Maroc, d’avoir pu nous endetter de 1 milliard et demi de dollars sur le marché international ! Endettés pour 30 ans, mais heureux ! Car, par les temps qui courent, les emprunts ne sont pas à la portée de qui décide d’en contracter. Il y a des conditions à remplir, des gages à donner. Les grands créanciers sont aussi terrifiants pour les Etats, sur le marché financier international, que le sont les banques pour les particuliers, dans la vie de tous les jours. Calcul du risque, solvabilité, garanties… Quand on passe au travers de toutes les évaluations, on est juste fier de la confiance finale des créanciers et on reçoit la dette comme une bénédiction. Ainsi donc, l’emprunt obligataire de 1,5 milliard $ émis par le Maroc a obtenu d’excellentes conditions. Un taux d’intérêt de 4,25 % seulement pour la 1ère tranche de 1 milliard $ (maturité: 10 ans) ; et un taux de 5,50 % pour la 2ème tranche de 500 millions $ (maturité: 30 ans). De meilleurs taux que ceux obtenus par l’Espagne ou l’Italie, nous a-t-on répété à satiété. La raison ? Il y en a plusieurs. Notamment, la croissance du pays qui, malgré les déficits jumeaux (déficit budgétaire et déficit de la balance commerciale), reste positive ; la «ligne de précaution et de liquidité» de 6,2 milliards de dollars, ouverte par le FMI en faveur du Maroc, en août dernier (qui rassure créanciers et investisseurs sur la solvabilité du royaume) ; les notations des agences de rating «Fitch» et «Standard & Poor’s» pour cet emprunt… Ce qui rassure aussi, à propos du Maroc, c’est que ses emprunts sont essentiellement destinés à l’investissement. Car là est le meilleur de la stratégie économique et financière du Maroc depuis l’accession au Trône du Roi Mohammed VI: investir dans des projets créateurs de valeur ajoutée. De nombreux investissements sectoriels devront bientôt donner leurs fruits. Un méga-investissement en donne déjà. C’est le complexe portuaire Tanger Med, grâce auquel, selon les chiffres de la CNUCED, le Maroc est passé, en matière de connectivité maritime mondiale, du 78ème rang en 2004 au 17ème en 2011. L’autre méga-chantier dont le Roi a donné personnellement le coup d’envoi cette semaine, c’est celui de Nador West Med (NWM). Un 2ème grand complexe portuaire (après celui de Tanger Med), qui sera érigé dans un emplacement stratégique, à 30 km à l’ouest de Nador et sera, à la fois, un pôle énergétique (conditionnement, stockage, transit), une plate-forme portuaire de transbordement de conteneurs, une plate-forme industrielle intégrée ouverte aux investisseurs et un port passagers.

Dans cette stratégie d’investissement, il y a, certes, le souci de création de richesse nationale, mais il y a aussi le souci d’un pays qui, n’ayant pas de pétrole, tient à exploiter ses atouts géopolitiques. Se trouvant au carrefour de l’Europe et de l’Afrique, de la Méditerranée et de l’Atlantique, il voit une opportunité à saisir dans sa position de «hub» pour réaliser ses objectifs économiques et renforcer sa stature diplomatique. Son rôle dans les grands dossiers du Mali ou de la Syrie procède de cette logique. Ses relations avec la France, l’Espagne, ou même les Etats Unis, s’inscrivent également dans ce sillage.

Ce même mercredi 12 décembre, se trouvent à Marrakech tous les pays amis du peuple syrien (William Burns devant remplacer Hillary Clinton, retenue aux Etats Unis pour problèmes de santé) ; et à Casablanca, le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, avec les plus importants de ses ministres et plus d’une centaine de chefs d’entreprises françaises, pour la signature d’une dizaine de contrats portant sur quelque 300 millions d’euros. Ce jour-là aussi, la 1ère ligne du tramway de Casablanca devait être inaugurée par le Roi et le 1er ministre français (Compte tenu du rôle central des entreprises françaises Alstom qui a produit les rames du tramway et RATP qui détient 40% du groupement Casa Tram auquel revient l’exploitation).

Il faut peut-être remercier Dieu que le Maroc n’ait pas de pétrole. Cela l’oblige à se battre au lieu de se contenter de vivre d’une rente (dont la plus grosse part est souvent d’ailleurs détournée au profit d’une poignée de privilégiés). Reste juste à intensifier le combat contre la pauvreté, l’analphabétisme, l’injustice sociale, la mauvaise gouvernance, la désespérance des jeunes et des chômeurs… Ces combats peuvent prendre beaucoup de temps, mais ce sont des combats qu’il faut gagner. Et le Maroc pourrait devenir, comme dirait Lafontaine «le phœnix des hôtes de ce bois».

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