Le scandale des militaires menacés d’expulsion

Agence de Logements et Equipements Militaires

Des militaires, qui ont consenti des sacrifices, réalisé des exploits et des victoires et connu dans leurs rangs des martyrs, blessés et prisonniers, se voient aujourd’hui menacés d’expulsion de leurs logements de service. Par faute de moyens financiers, ils ont peur de se retrouver à la rue, à Casablanca.

Ces militaires, qui ont servi la nation tout au long d’une carrière chargée de sacrifices, au service de la mère patrie et qui sont allés dans diverses régions du monde pour contribuer à la stabilité et au rétablissement de la paix, dans le cadre la légalité internationale, sont confrontés à une situation d’ingratitude. Ils sont menacés d’expulsion de leurs logements après leur mise à la retraite. Des logements que SM Mohammed VI a pourtant ordonné de céder à leurs occupants dans deux lettres du10 mai 2001 et du 28 mars 2013 (références: EMG/2642 – BD/350 et CS/5497).
L’Agence de Logements et d’Equipements Militaires (ALEM), dont la mission principale est l’acquisition des terrains nécessaires à la construction de logements en vue de leur location ou de leur vente aux personnels civil et militaire de l’Administration de la Défense nationale, a vendu en 2007 des lots de terrain leur appartenant. Environ 350 hectares du domaine miliaire, situés à Casablanca, sur lesquels sont pourtant construits les logements des militaires retraités, ont donc été cédés à la Caisse de dépôt et de gestion et ce, sans se soucier du devenir des habitants de ces sites.
Comme l’expulsion -ou l’évacuation des militaires retraités et de leurs familles- de ces logements nécessite une décision prononcée par la Justice, cette même Agence, pour récupérer ces logements, a recouru à la justice en présentant une requête d’évacuation d’urgence. «Depuis plus de quatre ans, les militaires retraités et les anciens combattants résidant dans les quartiers Raha et du Général Agrar reçoivent des ”ordres” d’évacuation des lieux. Ces quartiers regroupent plus de 438 familles de plus de 2.000 personnes.
Les anciens militaires et les anciens combattants habitent dans ces logements depuis 47 ans, surtout au quartier Agrar. Ces menaces et provocations envers ces personnes vont à l’encontre de la décision royale contenue dans les deux lettres de 2001 et de 2013», informe Abderrahim Bsairi, vice-président de l’association Al Abtal.
Selon lui, les zones concernées par ce problème d’évacuation sont la cité I, la cité II et la cité Mimosa.
La cité I regroupe 4 immeubles composés de 88 appartements, la cité II rassemble 8 immeubles de 120 appartements et la cité Mimosa comprend 11 immeubles de 155 appartements, 22 chalets et 18 villas.
La cité II est nouvellement construite. Il y a à peine cinq ans, l’Etat a investi plusieurs milliards pour la bâtir et les occupants de cette cité sont encore en service, alors que d’autres sont à la retraite.
Même ceux-là sont menacés d’évacuation !
Les habitants de cette cité ont un problème délicat.
Il y a quelques années, certains militaires ont dû bâtir leurs maisons au sein de la base aérienne Anfa. Ils les ont construites sur des lots de terrain par leurs propres moyens en dépensant des millions de centimes. Les épouses de ces militaires ont parfois dû vendre leurs bijoux pour contribuer à la construction de leurs maisons. Mais, pour des raisons d’esthétique, ces maisons ont été rasées et leurs propriétaires casés dans la cité II. «Nous étions des vieux, des blessés de guerre, des veuves de militaires, des femmes et des enfants à avoir observé des sit-in pour contester contre la décision de nous transférer dans ces lieux. C’est le septième ordre d’évacuation qui est destiné aux anciens militaires, surtout ceux des Forces Royales Air qui habitent rue Abtal de Hay Raha. Nous sommes visés par l’inspecteur des Forces Royales Air. Celui-ci veut appliquer une note qui dit qu’après la fin de la carrière militaire, le logement de service doit être restitué à l’ALEM. Il passe donc par cette Agence laquelle veut nous conduire devant la justice. Les retraités militaires de FAR et les retraités des Forces axillaires ne sont pas encore concernés par ce problème», informe Abderrahim Bsairi.

L’ALEM pointée du doigt

«On aimerait savoir pourquoi l’Agence des Logements et des Equipements Militaires nous emmène devant la justice, alors qu’elle n’est plus propriétaire de ces logements et de ces terrains sur lesquels sont bâtis ces logements, suite au contrat de vente signé en 2007 avec la CDG. Actuellement, l’interlocuteur ne doit être que la CDG et non pas l’ALEM», souligne Bsairi.
«Il y a trois ans, un responsable de la CDG avait rencontré les militaires et leur avait proposé l’achat de lots de terrain à Dar Bouâzza à 2.500 DH le m2. Mais un des militaires lui a répondu qu’ils (les concernés) n’avaient pas les moyens de se les payer, même à un dirham/m2», rappelle un militaire.
Ce problème ne touche pas uniquement la ville de Casablanca. Il concerne également d’autres villes, dont Fès, Meknès et Marrakech, relève un autre ancien militaire
L’ALEM est devenue l’objet de critiques des anciens militaires. Car, selon ces derniers, elle n’a rien fait pour réaliser la construction des 80.000 logements destinés aux militaires. Elle est également critiquée parce qu’elle n’a pas su gérer leurs différents problèmes sociaux et, surtout, n’a pas préservé leurs droits et ceux des veuves et des orphelins des martyrs.

Ils réclament une commission royale

«Nous devons mener une vie honorable et digne des combattants qui ont servi leur nation comme l’ont toujours recommandé feu SM Hassan II et SM le Roi Mohammed VI. Les militaires réclament une commission royale pour la mise en application des décisions royales mentionnées dans les deux lettres de 2001 et 2013. Nous continuerons à manifester de façon pacifique et nos sit-in se poursuivront jusqu’à la satisfaction de nos revendications légitimes», affirment-ils.

Le pays ne va-t-il pas protéger ceux qui l’ont protégé ?

«Les militaires à la retraite et les veuves de militaires sont menacés d’expulsion de leurs logements de service et menacés de vivre dans la rue. Ils occupaient ces logements moyennant une petite contribution mensuelle. Comme ces derniers ne touchaient que de petites pensions, ils ne pouvaient rien économiser. Comment les militaires retraités, qui ont passé plus de trente ans de service et les veuves de miliaires, qui touchent une pension mensuelle entre 300 et 2.000 DH, peuvent-ils louer un appartement pour y vivre, ou acheter un logement?», se demande un ancien militaire. «Nous avons mené des guerres partout: à la frontière maroco-algérienne en 1963, au Moyen-Orient en 1973, au Congo, au Sahara… Mais, à la fin de notre carrière, nous sommes sommés de vider les lieux, alors que nous n’avons pas les moyens d’aller vivre ailleurs. Même quand nous étions en service, les salaires que nous touchions ne couvraient pas nos besoins. Aujourd’hui, nos pensions de retraite sont encore plus maigres que nos salaires», s’exclame un autre militaire retraité. Et d’ajouter: «Suite à ces ordres d’évacuation qui nous assomment depuis 4 ans, les habitants de ces sites vivent dans une instabilité psychique. N’avons-nous pas le droit de mener une vie tranquille et paisible, nous qui menions déjà une vie instable durant nos années de service pour protéger notre pays? Il est donc temps que notre pays nous protège, surtout que nous sommes très vulnérables».

Badia Dref

La version de l’ALEM

Contacté par Le Reporter, Mohamed Farjani, Directeur des logements, a dit: «Effectivement, ces logements sont situés à proximité du terrain d’une garnison de l’aviation à Casablanca. L’Assiette appartient au domaine de l’aviation, mais les logements appartiennent, par contre, à l’Agence des Logements et des Equipements Militaires. Les militaires sous le drapeau et les militaires qui sont à la retraite sont nos clients. Nous sommes disposés à les servir. Mais il faut signaler que l’ALEM n’a jamais intenté de procès aux anciens militaires».

 

Anciens militaires
Situation sociale alarmante

Les anciens militaires, les anciens combattants et les veuves des martyrs perçoivent des pensions de retraite mensuelles très maigres. Pour améliorer leur situation, les militaires sont nombreux à exercer un nouveau métier après leur mise à la retraite. Mais qu’en est-il des veuves des martyrs? «Les militaires, surtout les hommes de troupe, partent à la retraite dès 50 ans. Mais leurs supérieurs restent jusqu’à l’âge de 55 ans. Ces militaires, une fois à la retraite, ne bénéficient plus des mêmes avantages sociaux que lorsqu’ils étaient en service. Leurs pensions deviennent maigres. Ces pensions se situent entre 300 et 2.000 dirhams par mois», témoigne un militaire. Vu la cherté de la vie, ces pensions ne subviennent pas à leurs besoins quotidiens et le niveau de vie des concernés baisse. «Quand nous étions en service, nos salaires étaient déjà insuffisants; on vivait modestement. Pendant la retraite, la situation devient très délicate. En plus des factures d’eau et d’électricité, il y a également les dépenses quotidiennes, ainsi que les médicaments», ajoute-t-il.
«Les femmes paient cher, suite aux persistantes inégalités du genre. Elles perçoivent, après le décès de leur époux, la moitié de la pension. Elles sont plus affectées que les hommes par la pauvreté qui s’accentue chaque jour. Les veuves des martyrs vivent donc dans la misère et la maigre demi-pension qu’elles perçoivent relève de l’injustice. Ces femmes espèrent toujours sa revalorisation», souligne un autre militaire à la retraite.
En effet, une fois à la retraite, les militaires tentent de trouver des solutions à leur situation sociale. Ils reprennent de l’activité en cherchant d’autres boulots pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. «Je travaille en tant qu’agent de la réception dans une société privée. Il fallait retrousser de nouveau les manches et trouver un autre gagne-pain, parce que ma pension ne me suffit plus», affirme le retraité.
BD


Cité II, cas spécial… Et cité Mimosa

Pour résoudre le problème du logement du personnel travaillant à l’époque sous ses ordres, le Colonel Kaddour Guerboub a accordé à chaque militaire un lot de terrain d’une superficie de 45 à 70 m2, se trouvant au sein de la base aérienne. Les bénéficiaires ont alors construit leurs propres maisons avec leurs propres moyens, selon Abderrahim Bsairi, vice-président de l’association Al Abtal. D’après les déclarations de leurs femmes, qui ont vendu leurs biens et bijoux pour pouvoir construire ces demeures, qui étaient à proximité de la piste de l’aérogare, laquelle était opérationnelle à cette époque-là, ces maisons étaient construites de façon anarchique, ce qui conférait à la cité un air de bidonville. Cela a enlaidi la base aérienne. En conséquence, plusieurs personnes responsables ont critiqué vivement l’existence de cette cité. Alors, l’état-major des Forces Royales Air (FRA) a débloqué un budget pour construire des immeubles, en 1992, pour ces gens et raser les maisons construites au sein de la base aérienne. Effectivement, 8 immeubles ont été construits et les militaires ont été relogés, mais ils n’ont pas été dédommagés pour l’argent qu’ils ont dépensé pour la construction de leurs anciennes maisons. Or, actuellement, les militaires qui sont à la retraite sont menacés d’expulsion de ces mêmes logements. Les responsables de la base leur ont donné un délai pour quitter les lieux; sinon ils seraient délogés manu militari, d’après Basairi.
Par ailleurs, en ce qui concerne la cité Mimosa, «cette cité a été construite en 2005 par le Génie territorial des Forces Armées Royales. Les appartements ont été accordés aux officiers des trois Armes (FRA, FAR et Marine royale). Les locataires payaient 1.000 DH par mois et cet argent était déduit de leur salaire, suite à un engagement signé avec l’Agence de Logement et d’Équipements Militaires. Seuls les officiers des Forces Royales Air, qui sont à la retraite, sont menacés d’être expulsés de leurs logements», souligne-t-il.

BD

 


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