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Khalfi Vs télés La vraie raison de la tempête

Nous l’aurons tous constaté, il y a en ce moment, dans l’opinion publique, une effervescence inhabituelle autour de questions qui ont rarement fait débat au Maroc: la publicité pour les jeux de hasard, les émissions télévisées en langue française, ou encore, la religion à la télé, l’arabisation du paysage audiovisuel…

Avec les nouveaux cahiers des charges du secteur audiovisuel public qu’il a établis pour 2012-2014 (et qui constituent désormais le cadre légal de travail pour les chaînes de télévision publiques, notamment Al Oula et 2M) le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Mustapha Khalfi, a en effet soulevé une tempête. Aujourd’hui, il en est le premier surpris. C’est que la tempête ne cesse de grossir et que les inquiétudes s’expriment, succédant les unes aux autres.

 

Il y a d’abord eu -et c’est normal, ils sont les premiers concernés par les dispositions de ces cahiers des charges- la réaction des professionnels. Incompréhension, colère, crainte… Les griefs retenus contre les nouveaux cahiers des charges sont aujourd’hui archi-connus (en voir les détails pages 9 à 11). On peut les résumer en quelques points. Avant tout, la faible concertation qui aurait précédé leur adoption. Puis, ce qui a été perçu comme un trop grand interventionnisme dans les programmes (qui a pour conséquence, dit-on à 2M, de modifier le modèle économique de la chaîne). Il y a la réduction et la marginalisation des émissions en langue française (inquiétude également à 2M qui sent menacer son identité de «chaîne d’ouverture»). Et enfin, l’entrée en force de considérations d’ordre religieux (parution à l’écran des 5 appels à la prière, retransmission obligatoire du prêche du vendredi, nouvelles émissions religieuses, interdiction de publicité liée aux jeux du hasard…).

La tempête a ensuite vu monter la vague d’inquiétude des MRE (Marocains résidents à l’étranger) dont un des liens d’attache avec leur pays reste la télévision. Une de leurs préoccupations a concerné le journal télévisé en français. S’il avait été repoussé aux alentours de minuit, avec le décalage horaire des pays d’accueil, les MRE en auraient été privés (mais le cahier des charges n’en fixe pas l’heure de diffusion. Il sera finalement programmé à 20 heures).

Enfin, il y a eu la montée au créneau des «politiques», aussi bien dans la majorité (PPS) que dans l’opposition (USFP, RNI). Qu’il s’agisse de Nabil Benabdellah (PPS), Reda Chami (USFP), ou Salaheddine Mazouar (RNI), tous s’élèvent contre le fait que les cahiers des charges du secteur audiovisuel public ne soient discutés ni en conseil de gouvernement, ni au parlement.

Face à toutes ces réactions, le ministre Mustapha Khalfi dit à son tour ne pas comprendre… Toute la semaine, il a organisé des rencontres avec les professionnels. Lors d’un dîner auquel il a convié les responsables de la presse écrite, le 11 avril dernier (avant de recevoir les jours suivants, successivement, ceux de 2M, de la SNRT, de la presse électronique), il s’est longuement défendu d’avoir agi à la légère, expliquant que, pour préparer ces cahiers des charges, il s’était appuyé sur la concertation avec les concernés, sur un benchmark des législations de pays comme la France ou la Grande Bretagne (notamment pour ce qui concerne l’interdiction de la publicité liée aux jeux du hasard, ces deux pays encadrant rigoureusement une telle publicité afin de protéger les mineurs) et sur les dispositions de la nouvelle Constitution.

Pour Mustapha Khalfi, qui n’a eu de cesse d’exciper de sa bonne foi (sans jeu de mots), la démarche participative a eu lieu, le Maroc est, pour certaines dispositions, aux standards internationaux, pour d’autres, en conformité avec la loi fondamentale et, pour finir, la haute autorité de l’audiovisuel (HACA) a validé ces cahiers des charges.

Le fait est que le jeune ministre du PJD –dont ceux qui le connaissent savent qu’il a une réelle volonté de faire avancer le secteur et de le professionnaliser- oublie qu’en dehors du respect des procédures et de la légalité, il y a une question fondamentale qui n’échappe pas à l’analyse de l’opinion publique: celle de l’orientation idéologique des décisions. Or, c’est là où le bât blesse. Car la vraie raison de la tempête, c’est le sentiment qu’ont eu les modernistes de voir s’imposer à eux, à travers ces cahiers des charges, un nouveau projet de société, celui que défend le PJD islamiste auquel appartient Mustapha Khalfi. Bien sûr, s’il avait l’intention d’installer ce projet de société islamiste, Khalfi serait dans son rôle. Mais en s’y opposant autant qu’ils le peuvent, les modernistes sont dans le leur. Tout le combat est là: le Maroc de la modernité contre le Maroc du conservatisme. A sa décharge, notons qu’au cours du dîner, Mustapha Khalfi s’est défendu de vouloir lier ses décisions à un quelconque rigorisme. Il lui reste à en convaincre le camp des modernistes –auquel appartiennent les plus hautes autorités du pays- sans décevoir la base électorale de son parti. Un vrai exercice d’équilibrisme.

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