dimanche 25 juin 2017

Mehdi Alioua, sociologie, enseignant à l’Université Internationale de Rabat

«La mobilisation peut être stoppée, pas le mouvement social !»

En dépit des visites de délégations de haut niveau, composées de responsables régionaux et gouvernementaux, la  tension ne baisse pas dans la province d’Al Hoceima. Elle se propage même dans d’autres villes du Royaume. Le 11 juin 2017, une marche nationale a été organisée à Rabat pour soutenir les manifestations du Rif. Dans cet entretien, il est question de mettre le doigt sur les vraies raisons de ce mouvement.

Quelle appréciation faites-vous de la marche de solidarité avec le Rif, organisée le 11 juin 2017 à Rabat?

En sociologie, un mouvement social désigne une forme d’action collective, organisée autour d’une cause. Mais sa particularité est qu’il va au-delà de ses simples revendications. C’est un mouvement à la fois issu de la transformation de la société et un moyen permettant de transformer la société en associant des acteurs de différentes origines et catégories mobilisés autour d’enjeux conflictuels, en ayant recours à différentes formes de protestation. Le Hirak du Rif répond parfaitement à cette définition, parce que ses revendications sont liées à la volonté d’une transformation sociale. Cependant, cela nécessite une forme d’Etat-Providence qui permette à tous de faire des études et d’avoir un travail. Différentes catégories de Marocains ont marché à Rabat pour soutenir le Hirak du Rif, parce que leurs revendications sont communes. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’appel à cette marche a été lancé par la société civile et non pas par les partis politiques.

Quel est le message à retenir des manifestations du Rif et des mouvements de soutien avec ces manifestations dans plusieurs villes du Maroc?

Le changement social que vit le Maroc est une réalité qui a du mal à pleinement se concrétiser pour la majorité des Marocains. Les citoyens exigent, de nos jours, des retraites décentes, de meilleures écoles, des hôpitaux dignes de ce nom…  Dans le domaine politique, ils réclament une meilleure représentativité électorale et la mise en place de la régionalisation, en plus de droits culturels et individuels. 

Et que faire pour apaiser le climat de tension qui règne entre les citoyens et les responsables?

La difficulté, c’est que la satisfaction des revendications d’un mouvement social ne passe pas par la négociation politique, mais par l’efficience des réformes entreprises dans la réalité sociale. Bien sûr, un projet de développement ou l’augmentation des salaires et toutes autres promesses dites «politiques» peuvent stopper une mobilisation, mais pas un mouvement social. Je pense que le mouvement social que nous vivons actuellement va s’accentuer, car la société marocaine s’est transformée, notamment grâce aux réformes entreprises depuis l’accession au trône de Sa Majesté, au point de créer ce désir d’émancipation individuelle chez la majorité des Marocains, notamment les jeunes, mais qui ne se réalise pas ou partiellement, à cause des conditions socio-économiques. Pour apaiser le climat de tension, il faut  que le développement économique permette la concrétisation des désirs de réalisation personnelle des citoyens. Cela passe par le développement de d’éducation et l’encouragement de la participation politique des citoyens, entre autres mesures. Concernant le Hirak du Rif, il faudra à un moment ou un autre dialoguer avec ses leaders. Mais cela ne suffira pas. Il va falloir aussi impliquer la société civile locale dans les projets de développement.

Propos recueillis par Mohcine Lourhzal

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