samedi 22 février 2020

Azeddine Akesbi, professeur d’économie et expert international de l’Open budget

Un coût de la vie extrêmement élevé !

Azeddine Akesbi

A. Akesbi explique que les charges sont très lourdes, notamment celles liées aux dépenses primordiales telles la santé, l’éducation et le logement. Et ce, tant pour les catégories sociales à faible revenu que pour les classes supérieures qui trouvent que le coût de la vie est difficile à supporter.

Comment qualifiez-vous le coût de la vie?

Définir le coût de la vie dépend des revenus des citoyens et de la catégorie sociale à laquelle ils appartiennent. Ceux qui ont des revenus réguliers, il faudrait connaître leur capacité d’acheter ce dont ils ont besoin. Comme vous le savez, dans le cas de notre pays, il y a beaucoup de gens, même ceux qui travaillent, qui sont dans la précarité. Ils représentent une proportion de 7/10. Je ne parle pas de ceux qui ne travaillent pas et qui représentent 60 à 70% de chômage de longue durée, qui tourne autour d’une moyenne de 40 mois. Le coût de la vie pour ces catégories sociales est très élevé. Les charges sont très lourdes à cause des différentes rubriques de consommation, telles la santé, l’éducation et le logement… Même les classes supérieures trouvent que le coût de la vie est très élevé et difficile à supporter. Le logement ou le loyer dans les villes représente un taux très élevé du budget des ménages, sans parler des autres rubriques de consommation, comme l’alimentaire qui évolue, les moyens de transport, etc. Mais il y a d’autres aspects qui aggravent la situation. Est-ce la défaillance de l’Etat ou celle des services publics? L’Etat a consacré à l’Education nationale un budget annuel de 52 milliards de DH. Mais la qualité de l’enseignement a beaucoup baissé, ce qui a poussé certaines catégories sociales à placer leurs enfants dans l’enseignement privé, une autre rubrique dont le coût est à son tour excessif. Le système de santé, quant à lui, malgré tout ce qu’on dit -le RAMED par exemple-, ne marche pas, car il reste beaucoup de frais médicaux à supporter par les bénéficiaires de ce régime. Même l’AMO ne couvre pas beaucoup de choses. Pourtant, la prestation publique devait soulager la situation des ménages. On remarque ainsi qu’il y a une grande pression sur les familles du fait des rubriques de consommation qui s’ajoutent. Effectivement, cela est lié à l’évolution de la vie. Pour les familles moyennes, la dépense téléphonique, à titre d’exemple, devient très importante, alors qu’il y a 20 ans à peine, c’était une dépense marginale. Et ça peut devenir une addiction difficile à supporter!

Le niveau de vie des Marocains a-t-il évolué?

Je ne peux pas parler d’une évolution du niveau de vie, mais plutôt d’un changement. En fait, il y a une multiplication des dépenses due aux différentes rubriques de la consommation. Mais est-ce que l’Etat avait assuré de bonnes prestations publiques concernant la santé, l’éducation, le logement… pour le simple citoyen? Beaucoup de catégories sociales ne bénéficient pas de conditions de vie respectables. Quand on voit nombre de voitures de consommateurs, chargées de produits, dans les parkings des surfaces commerciales, est-ce qu’elles représentent toutes les catégories sociales? Je ne le pense pas.

La crise économique et la hausse des prix du carburant ont impacté négativement le coût de la vie. Qu’en pensez-vous?

Nous sommes dans un pays dépendant de ce qui se passe ailleurs, surtout de ce qui se passe en France, en Italie et en Espagne. Nous avons des relations économiques avec ces pays à travers l’immigration, le tourisme, etc. A cause du fait que l’Espagne vient d’atteindre un taux de chômage de 27%, suite à la crise économique mondiale, beaucoup de Marocains sont rentrés au pays. Ils sont 800.000 à travailler en Espagne. Quelque 5.000 ouvriers seraient déjà rentrés au Maroc. Ces 5.000 ouvriers, il faut les multiplier par le nombre des personnes constituant chaque ménage… En conséquence, c’est une baisse de devises des émigrés. Je ne parle pas des autres pays. Il y a également la hausse des prix des carburants pratiquée depuis 2012. Les transporteurs ont augmenté leurs prix, ce qui s’est répercuté négativement sur le niveau des prix. Nous sommes, en 2013, dans une économie où la croissance serait de 4,2%, selon les prévisions. Une baisse de croissance équivaut à une baisse d’activité et ce, dans tous les secteurs. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que le Maroc subit une mauvaise conjoncture économique. En effet, la situation est très mauvaise: une balance commerciale déficitaire, une pénurie de devises, une dette extérieure très lourde et des dépenses publiques pesantes. D’ailleurs, le FMI a alerté le Maroc en lui recommandant de comprimer les dépenses publiques et de réformer la Caisse de compensation.

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