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Grand débat Où en est la Jeunesse marocaine ?

Cette année, comme lors des précédentes éditions du Festival Gnaoua, la jeunesse a été au cœur du forum citoyen, un espace d’échanges et de réflexion organisé en collaboration avec le CNDH.

Forum Festival Gnaoua juin 2013

Le samedi 22 juin, lors d’un forum organisé dans le cadre du Festival de Gnaoua, les participants ont abordé, dans deux panels, le thème «Jeunesses: dynamiques sociales et politiques». La qualité du débat et des interventions, marocaines et étrangères, était très élevée. Mohamed Tozy, politologue et enseignant de Sciences politiques à l’Université Hassan II de Casablanca et à l’Université d’Aix-En- Provence, a fait un exposé introductif. Selon lui, la classe politique connaît un vieillissement et la liste des femmes et des jeunes au sein du parlement pose toujours des problèmes. Il faut donc un rajeunissement «à double pilier».

«La révolte des jeunes est progressiste et réactionnelle. Le mouvement des jeunes du 20 février a exercé une énorme pression sur les partis politiques. Ceci a créé un rapport entre les élites politiques en place et les élites politiques en mouvement. L’un des enjeux majeurs aujourd’hui est d’aménager une place à la jeunesse dans la vie politique. Il faut aussi méditer sur la manière de faire cela», a souligné Tozy.

Appel à l’implication des jeunes dans la politique

Karim Ghellab, président de la Chambre des représentants, a souligné que «les politiques parlent souvent de la jeunesse. Mais quand on en parle, est-ce qu’on concrétise cela au niveau politique? L’intérêt est toujours là, au point que le jeune est devenu une des importantes préoccupations des politiques et surtout un des nouveaux tourments. Le mouvement 20 février a imposé des modalités politiques nouvelles. Il appelle à la liberté, à la dignité et à la lutte contre la corruption. Il appelle aussi les jeunes à être présents sur la scène politique».
Selon Ghellab, ces jeunes se posent la question suivante: quelle est ma place au sein de la société marocaine et sur la scène politique? Il faut que la classe politique trouve des solutions, des propositions et des visions pour la question des jeunes. Le mouvement 20 février est un nouvel espace qui a enfanté de très bons résultats. Les jeunes de ce mouvement sont des acteurs non organisés, mais ils disposent de beaucoup de dynamisme et possèdent une grande force de proposition, contrairement à un monde politique organisé qui a perdu ses racines et se trouve dans l’incapacité de trouver des réponses aux différents problèmes posés. L’origine de tous ces changements survenus au niveau de la scène politique est le mouvement du 20 février. Les contestations, le réseau social Facebook, les membres appartenant à l’extrême droite et à l’extrême gauche, tout cela a contribué à pousser les jeunes sur la scène politique. «Ces jeunes ont besoin d’être encadrés. Le parlement s’y intéresse de près. Il dispose d’un plan stratégique pour eux. Ce plan comprend 5 axes, dont l’ouverture sur l’environnement du parlement. Il s’agit d’appeler les jeunes à participer aux tribunes législatives, de les pousser à présenter des propositions de lois pour qu’elles soient adoptées ou non par le parlement, de donner leur avis sur tout ce qui se passe sur les scènes politique, économique et sociale de notre pays, de présenter des pétitions et de créer des observatoires pour évaluer et suivre de près le rendement des députés», explique le président de la Chambre des représentants.

Les dessous du recul du 20 février

Ouidade Melhaf, journaliste active dans le mouvement du 20 février, a souligné que «le recul de ce mouvement est dû à plusieurs raisons. Le mouvement amazigh s’est retiré parce la langue amazighe a été reconnue comme l’une des langues officielles du pays par la nouvelle constitution en juillet 2011. Les syndicats, eux aussi, se sont détournés du mouvement, parce que le gouvernent a opté pour les augmentations des salaires des fonctionnaires; une augmentation de 600 DH. Les diplômés chômeurs se sont aussi retirés suite à leur accord avec le gouvernement de Abass El Fassi. La relation du mouvement 20 février avec les islamistes ou ”Al Adl wal Ihsane” était réelle au début, suite à la similitude de la contestation». Lorsque le PJD a gagné les élections et a constitué l’actuel gouvernement, cela a créé une perturbation au sein de la Jamaâ d’«Al Adl wal Ihsane» qui a donc décidé d’abandonner le mouvement.
Tout cela a affaibli le mouvement 20 février, selon Ouidade Melhaf. La montée du PJD a ainsi coïncidé avec plus d’arrestations et d’atteintes aux droits de l’Homme, en plus des pays du printemps arabe qui ont connu des événements meurtriers. Cela a poussé les gens à avoir peur, estime la militante du mouvement du 20 février.
Mounir Benssaleh, bloggeur, activiste politique et membre de l’Organisation marocaine des droits de l’Homme, a pour sa part relevé que «le mouvement 20 février est un mouvement sans leader: les gens sortent dans la rue pour revendiquer leurs droits ou contester certains faits sociaux comme la corruption, la politique des rentes, etc. Les jeunes n’ont jamais refusé de faire de la politique, mais ils contestent la manière avec laquelle elle est gérée. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont créé le printemps arabe. Les militants du mouvement appartenant à différents courants politiques optent pour le changement afin de rompre avec l’attentisme. En plus de ce mouvement, il y a des rappeurs qui contestent, comme ”Lhaked”, ”Hoha Hoba Spirit” et d’autres».

L’expérience tunisienne

Le deuxième panel a été animé par Raja Benslama, universitaire, psychanalyste et rédactrice en chef de la revue en ligne Alawane, Lilian Thuram, ancien footballeur et fondateur de la Fondation Lilian Thuram-Education contre le racisme (France) et Pascal Blanchard, historien et chercheur du Laboratoire Communication et Politique, CNRS, France,
Selon Raja Benslama, durant la révolution tunisienne, plus exactement les 11, 12 et 13 janvier à la place Habib Bourguiba de Tunis, les jeunes scandaient des slogans dont celui de déchoir Ben Ali. Les gens pensaient que c’était seulement de l’insolence. Mais, en fait, les jeunes pensaient réellement cela et ils ont réussi leur pari. Ils avaient un idéal mais pas d’idoles. Après la révolution, il s’est révélé que 77% des jeunes n’adhéraient pas à des partis politiques, mais ils participaient dans les espaces publics à la vie politique. Le Facebook reste un des importants moyens de résistance sociale. Durant l’actuel gouvernement d’Annahda, un jeune rappeur a lancé un tube où il qualifiait les policiers de chiens. Arrêté, un autre rappeur les a qualifiés de vaches. Un autre groupe de jeunes a publié sur le YouTube un clip qui comportait une danse sexy et insolente à la fois. Cette danse a été exécutée par de jeunes lycéens. Aussi le directeur du lycée a-t-il été démis de ses fonctions. Les jeunes ont répliqué en exécutant cette danse dans les universités et dans les autres établissements scolaires. En conséquence, le ministre de l’Education est revenu sur sa décision. «Les jeunes utilisaient le dialecte tunisien pour ne pas tomber dans la langue du bois. Ils ont changé les méthodes de défense des droits de l’Homme; ils ont surveillé de près la présence des députés au parlement et ils ont découvert que ceux qui appelaient à la reddition des compte étaient ceux qui s’absentaient le plus du parlement… La jeunesse, le modernisme et l’adolescence, c’est ce qui décide du destin des peules», conclut-elle.

Ce que pensent les Français

Pour sa part, Pascal Blanchard a souligné que, «le monde est en mouvement. Le Front national français et la jeunesse qui y adhère nous déstabilisent. Un Arabe fait peur. Un Arabe qui se révolte fait encore plus peur. Quand on parle d’un jeune des quartiers populaires qui se révolte, on évoque souvent l’incapacité de s’intégrer. Nous avons du mal dans notre société à comprendre cela. On a hérité d’un certain nombre de mécanismes. Par exemple, les pays arabes, il leur faut des dictateurs. On ne peut prétendre qu’on est démocrate si on a appris la démocratie du voisin. Il y a donc une éducation à faire. Il est temps de construire un autre regard du monde et des sociétés diverses. Il y a un vrai travail à faire, surtout qu’il est difficile d’accepter l’autre».
Selon Blanchard, il faut aussi accepter «le sentiment de différence, chacun dans sa classe, chacun dans sa race». Il faut détruire les images fabriquées qui font peur et détruire les chaînes d’hier. Il faut penser qu’il n y a pas une invasion des Maghrébins et des Africains comme le pensent les Français. Le monde bouge, la terre a toujours bougé. Nous avons par contre besoin de raconter nos histoires en commun.
Lilian Thuram a quant à lui estimé que l’éducation est une chose fondamentale et qu’il faut surtout comprendre soi-même et comprendre le monde dans lequel nous vivons. «Les gens se battent pour le printemps arabe. Ce printemps, est-ce qu’il ne concerne pas les gens qui ne sont pas arabes? Ce qui compte, c’est de combattre les inégalités dans les sociétés, que je sois arabe ou brésilien. Mais il faut souligner que nous sommes conditionnés par la couleur de la peau, par la hiérarchie. Pour une égalité, on doit poser des questionnements sur les freins ou le fruit d’un conditionnement. Nous sommes porteurs d’inégalités suite à des conditionnements politiques, religieux, sociétaux, parentaux…», Conclut l’ancien footballeur français.

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