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Finalement, il gouverne seul !

Cela fait donc trois mois que le gouvernement a vu 5 de ses ministres déposer leur démission, suite au retrait du parti de l’Istiqlal de la majorité gouvernementale.
Juste après cette démission collective, les négociations ont démarré pour constituer une nouvelle majorité. Négociations du chef de gouvernement, essentiellement avec le RNI (Rassemblement national des indépendants), seul parti en mesure d’apporter suffisamment de voix à la coalition gouvernementale pour préserver la majorité (faute de quoi, il faudrait recourir à des élections anticipées).
Et depuis, tout le monde attend…

L’on sait que le principe d’une participation du RNI est acquis… Mais rien de plus… En tout cas, rien de sûr… Car, à plusieurs reprises, «des sources proches du dossier» ont confié aux médias quelques informations sur l’état d’avancement des négociations, voire sur de présumés «accords définitifs» et même sur la date d’annonce officielle de la composition du nouveau gouvernement… Mais, à chaque fois, une information en chassait une autre.
Devant une telle situation, bien sûr, les interrogations et les interprétations foisonnent. Les rumeurs aussi.
Passons sur toutes les conjectures fantasques, plus près de la caricature que de l’analyse, pour nous arrêter sur quelques questions de fond soulevées par ceux qui s’inquiètent de l’absence d’une majorité gouvernementale dûment reconstituée.
Les plus sérieux ont en effet mis le doigt sur un des vrais problèmes que pose cette absence de majorité: c’est l’impossibilité pour le travail législatif d’avancer. Le Parlement a, sur la planche, toutes les lois organiques que la nouvelle Constitution prévoit. Or, il faut une majorité pour faire passer ces lois qui ont déjà accusé beaucoup de retard.
Il y a aussi la loi de Finances 2014. Sans majorité, son vote (ni même son examen) ne serait pas possible. Le chef de gouvernement vient enfin cette semaine d’envoyer sa lettre de cadrage budgétaire aux différents départements ministériels. Mais là aussi, des problèmes se posent. Il faudrait d’abord que tous les départements aient leurs ministres en poste (ni ministres démissionnaires, ni intérimaires ne peuvent décider…). Il faudrait ensuite que ceux qui vont diriger le ministère des Finances se mettent en place. La direction de ce ministère, très convoitée, sera-t-elle partagée entre le PJD, chef de file de la coalition gouvernementale et le RNI, nouvel allié qui conteste les orientations économiques et financières actuelles, ou un seul parti se verrait-il propulsé «maître incontesté» de ce département dont les décisions sont capitales ?
L’absence de ministres réellement mandatés, à la tête de certains départements, pose également le problème de tous les dossiers qui, pour être débloqués, attendent assentiment et signature des «nouveaux ministres».
Certes, avec ou sans nouveau gouvernement, les affaires courantes sont expédiées. De même qu’en amont, le Roi, dont l’hyper activité contraste avec l’immobilisme ambiant, lance de grands chantiers, ou en booste les travaux, aux quatre coins du pays (le plus récemment, à Tanger avec le gigantesque programme de développement de cette ville et à Nouasseur avec l’industrie aéronautique et le projet «Midparc»).
Mais le pays ne peut rester dans cette situation non conforme aux standards démocratiques dans laquelle il a été entraîné –bien malgré lui, faut-il le rappeler ?- par un Chabat nouvellement élu à la tête de l’Istiqlal qui brûlait (et brûle encore) de marquer la vie politique de son empreinte.
Aujourd’hui, il en est réduit à faire défiler des ânes (si, si, de vrais baudets en tête de cortège) pour marquer les esprits, lorsqu’il décide de manifester contre les décisions du gouvernement. Et ce, en attendant de «casser la baraque» -avec un programme d’opposition explosif auquel il a associé l’USFP- dès que la nouvelle majorité gouvernementale sera officiellement constituée.
Ce qui ne saurait tarder. La Constitution prévoit que le Roi préside l’ouverture de la session d’automne du Parlement, laquelle a lieu le 2ème vendredi d’octobre, soit le 11 octobre prochain. C’est la rentrée politique. On voit mal le Roi adresser un discours à un Parlement sans majorité.
Ce que l’on peut relever de tout à fait inattendu, c’est qu’en fin de compte, le PJD que personne ne voulait voir gouverner seul, aura eu -de facto- cette opportunité, tout au long de ces 5 mois de crise de la majorité. Le MP (Mouvement Populaire) et le PPS (Parti du Progrès et du socialisme) faisaient toujours partie de la coalition, certes, mais c’est le PJD dont les décisions ont marqué cette période, créant parfois même un «buzz» social, comme avec la décision d’indexer partiellement les prix des carburants sur les cours mondiaux.
Les islamistes, quasi-seuls au gouvernail gouvernemental pendant près d’une demi-année, quand on sait tout ce que leurs adversaires politiques Ont fait et font encore pour les renvoyer aux vestiaires ?! Voilà un bonheur qu’ils sauront apprécier. Merci qui ? Merci Chabat.

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