lundi 19 novembre 2018

Partis politiques : Le recadrage royal

Ceux qui suivent avec attention la politique marocaine ne s’y sont pas trompés. Le discours prononcé par SM Mohammed VI devant le Parlement, en ouverture de la session d’automne, le 2ème vendredi d’octobre, comme le prévoit la Constitution, n’a certes pas adopté le même ton (réprobateur) des discours précédents, mais il n’en a pas été moins impératif sur les urgences du pays, les attentes des citoyens et le rôle imparti à chacun pour y répondre…

Avec finesse, mais fermeté, le Roi a tout simplement relancé le jeu politique et recadré le rôle de ceux qui en sont les principaux acteurs: les partis politiques.

Mais cette fois-ci, le jeu politique ne consistera pas en une compétition creuse entre partis aspirant au pouvoir. La compétition sera celle de l’action.

Les règles posées par le Souverain sont claires. Les partis politiques ont une double mission. Celle d’encadrer les citoyens et celle d’être une force de proposition.

Pour l’une comme pour l’autre de ces deux missions, les partis recevront une aide financière de l’Etat plus conséquente.

Il leur est cependant indiqué un cadre précis pour l’action immédiate qu’ils devront entreprendre.

Quel cadre ? Le raisonnement est clair.

Il y a des chantiers urgents aujourd’hui connus de tous (éducation, santé, emploi, jeunes…)

Le modèle de développement actuel du pays ne permet plus d’y faire face.

Il y a un an qu’un appel royal a été lancé pour un nouveau modèle de développement.

Dans son discours devant le parlement (du vendredi 12 octobre), SM Mohammed VI, fixe une date butoir pour la mise sur pied de ce nouveau modèle de développement. Ainsi, dans trois mois, il devra être prêt. Toutes les suggestions et propositions devront être faites dans ce délai. Une commission sera chargée du suivi et de la coordination.

Les partis politiques n’ont plus qu’à retrousser leurs manches. Et, dans 3 mois, le Roi, ainsi que les citoyens, verront bien qui a fait quoi et avec quel sérieux…

Ce jeu politique que relance le Souverain est en effet des plus fins. Il fait d’une pierre trois coups. Il met les partis politiques au travail ; il permet au pays de se doter d’un modèle de croissance plus efficient ; et –à terme- il répond aux attentes sociales.

A charge pour les partis de comprendre les enjeux de cette compétition.

Il s’agit d’une véritable remise en selle, aussi bien du pays et de son économie, que des partis politiques eux-mêmes, dont la crédibilité paraît aujourd’hui, aux yeux des citoyens, quasi-impossible à restaurer.

Il faudra bien des efforts et de l’intelligence pour que ces partis regagnent l’estime perdue de l’opinion publique !

Les 36 partis (!) que compte le pays n’y arriveront peut-être pas tous.

Mais ceux qui sont dans le peloton de tête n’ont aucune excuse. Ils viennent tous de se voir mettre le pied à l’étrier. Certains, même, avec quelque indiscutable avantage.

Le PJD, qui se dit si attaché aux questions sociales, se retrouve à la tête d’un gouvernement ayant une feuille de route -royale- quasi-entièrement dédiée aux chantiers sociaux. N’est-ce pas une aubaine pour que ce parti montre toutes ses capacités en la matière ?

Le RNI, grâce à cet appel royal en faveur du monde rural et pour la création d’une classe moyenne rurale, n’a-t-il pas là une chance de cartonner, le chef de file du RNI étant aussi ministre de l’agriculture ? Aziz Akhannouch semble d’ailleurs avoir saisi l’importance de son rôle, en annonçant la prochaine attribution de lots de terre agricoles aux catégories sociales visées dans le monde rural. Reste à bien mener l’opération.

Le PAM, n’a-t-il pas le vent en poupe avec la réélection de son chef à la présidence de la 2ème Chambre du Parlement ?

Et tous les autres partis, même s’ils ne sont pas dans le top five, ne bénéficieront-ils pas de cette majoration de leur subvention annoncée dans le discours royal, afin de se hisser plus haut au moyen d’un travail plus sérieux ?

Le jeu politique est donc relancé. La compétition est ouverte. Si les citoyens n’y croient pas, c’est aux partis de les convaincre en devenant attractifs, efficaces et incontournables. Le Roi, lui, a fait sa part…

Bahia Amrani

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