samedi 14 décembre 2019

Thon rouge : Un business juteux

Thon rouge : Un business juteux

Que sait-on des thoniers marocains ? Comment sont répartis les quotas de thon rouge entre les pêcheurs au Maroc? Qu’est ce qui régit le principe de répartition des quotas entre les pêcheurs? Le Reporter a plongé dans les secrets de la pêche du «roi des mers»: le thon rouge.  Plusieurs questions sont, toutefois, restées, sans réponses.

Cette espèce, qui mesure en général 2 à 3 mètres de long pour un poids de l’ordre de 300 kg, transite par Dakhla, Las Palmas et toute la zone atlantique pour aller rejoindre les pays de la Méditerranée.

Il y a vingt ans, la pêche au thon rouge était menacée, selon des opérateurs du secteur. Mais, estiment ces derniers, le thon rouge se porte mieux désormais.

Lors de la tenue de sa réunion ordinaire au Portugal, en février 2017, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT) a alloué au Maroc un quota global de 2998 tonnes. «C’est le ministère de tutelle qui répartit ce quota aux professionnels. Les professionnels doivent présenter des dossiers pour avoir l’autorisation de pêcher cette espèce. Ces dossiers sont validés sur la base des investissements que ces opérateurs envisagent de faire dans le secteur de la pêche», expliquent des sources au ministère, qui ne donnent pas de détails sur la répartition des quotas.

Mais les pêcheurs de la petite pêche donnent une autre version. «Ceux qui ont le plus pêché ce poisson dans le passé continuent d’avoir le droit de pêcher beaucoup plus de thon rouge que les pêcheurs des deux segments, à savoir la pêche artisanale et la pêche côtière», soutiennent nos sources dans la zone méditerranéenne.

Ces dernières avancent que seules quatre personnes opérant dans la grande pêche s’accaparent le marché. «Ces personnes dont des parlementaires ont le plus gros quota. Tandis que 17.000 barques artisanales et 500 palangriers se partagent les «miettes», soufflent les mêmes voix professionnelles.

Ces dernières précisent que «les gens de l’atlantique ne savent pas qu’il leur est attribué un quota de 342 tonnes. Alors qu’ils n’en profitent pas». La différence serait  importante: 20 kilos de thon par an pour une barque de pêche artisanale, contre des centaines de tonnes pour les bateaux thoniers, selon  des témoignages concordants !

Côté investissement, nos sources confient que certains bénéficiaires ne pêchent aucun poisson. Explications: ces opérateurs peuvent céder leur quota de pêche de thon rouge, sans dépenser une goutte de carburant, assurent nos interlocuteurs.

«La loi autorise le passage de quota. C’est ce qui incite les bénéficiaires à vendre leur quota. D’autant que ce sont des quotas qui se vendent à des millions de dirhams. Il n’y a qu’à citer l’exemple d’un opérateur dans la région du nord, lequel, pendant des années, vendait son quota à une autre personne, déjà bénéficiaire d’un quota de thon rouge. Cette année, pour la première fois, il va pouvoir bénéficier de la pêche de cette espèce, après avoir créé un projet d’engraissement de thon rouge», insistent nos sources bien informées.

Au Maroc, la saison du thon démarre en juillet et dure jusqu’au mois de novembre. Une période où les professionnels prennent la mer tous les jours, dans l’espoir de faire bonne pêche dans une zone située, entre Larache et M’diq. Sauf que dans la zone de M’diq, par exemple, les opérateurs de la pêche artisanale ne peuvent pas espérer remplir les cales, selon des pêcheurs à M’diq.

Ceux-ci expliquent que «durant cette période, le thon rouge ne fait que passer par cette région». C’est pourquoi, les opérateurs de cette zone –n’ayant pas atteint leur quota- ont interpellé les responsables pour qu’ils puissent pêcher cette espèce pendant la période allant du mois d’avril à juin, fait savoir Nourredine Boukhari, un opérateur à M’diq.

Avec un prix au kilo situé entre 200 et 300 dirhams sur le marché international, le thon rouge est un poisson qui se vend cher. C’est ce qui l’a rendu plus intéressant financièrement. Au point où, pour la première fois au Maroc, une ferme aquacole a été réalisée à Larache pour l’engraissement de cette espèce.

Selon nos sources, la totalité des captures effectuées au Maroc est importée par les Japonais qui raffolent de ce poisson dont plus de 80% des prises effectuées en Méditerranée sont acquises par ce pays.

A en croire les dires de nos professionnels dans la zone nord du pays, un seul vendeur (Y.B) achète la totalité des quantités prises de thon rouge au Maroc. «Toutes ces quantités sont stockées dans de grands congélateurs en attendant d’être exportées. Ce thon rouge est acheté à 100 dirhams, les trois premiers jours de la saison, puis à 60-70 dirhams pour atteindre 30 voire 20 dirhams», concluent nos sources, qui évoquent un vrai business juteux, lequel pourrait provoquer un bras de fer entre les contestataires et le «lobby du thon rouge».

Naima Cherii

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