Déperdition scolaire : Le Maroc rattrapé par sa triste réalité

Le phénomène de la déperdition scolaire a occupé une place importante dans l’enquête nationale réalisée par le Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique (CSEFRS), portant sur la perception des Marocain de l’Education nationale.

Selon les résultats de l’enquête, 23,9% des élèves ruraux ont quitté les bancs de l’école, avant d’obtenir un diplôme ou une certification, contre 13,1% dans le milieu urbain. En termes de genre, le CSEFRS a montré que le phénomène de l’abandon scolaire touche davantage les garçons, avec 20,2%, contre 19,3% de filles qui quittent l’école.

A chacun ses raisons

Les raisons évoquées par les répondants, dans le cadre de l’enquête du Conseil supérieur de l’Education, pour justifier le phénomène de la déscolarisation de leurs enfants, sont nombreuses. Les plus récurrentes d’entre elles sont l’échec aux examens scolaires et le redoublement (33,8%), suivis du faible revenu des ménages (11,7%). Selon les parents d’élèves, de plus en plus de familles pauvres préfèrent orienter leurs enfants vers le marché de l’emploi, plutôt que de leur offrir l’opportunité de poursuivre leurs études.

La déperdition scolaire, qui constitue un véritable problème pour le secteur de l’enseignement au Maroc, n’est pas uniquement liée au manque de ressources financières chez les parents. En effet, ce phénomène, qui se répercute directement sur le classement du Royaume en matière de développement humain, est également le résultat d’autres facteurs déterminants, tels le manque en infrastructures de base. Selon l’enquête du CSEFR, intitulée «Les ménages et l’éducation», 10,2% des répondants ont estimé que l’éloignement des établissements scolaires constitue la première cause de déperdition scolaire, surtout en milieu rural. Ce facteur est suivi du manque en moyens de transport scolaire (7,8%).

Autres causes de la déperdition scolaire évoquée par les répondants dans l’étude du CSEFRS est le mariage précoce imposé par certaines familles aux jeunes filles. En effet, certains parents issus des milieux sociaux les plus défavorisés préfèrent donner leurs filles au premier venu, plutôt que de leur permettre de suivre leur parcours scolaire.

De l’avis des sociologues, le phénomène du décrochage scolaire, aussi bien chez les filles que chez les garçons, est également lié aux exemples de réussite sociale véhiculés par la société. Effectivement, le foisonnement des réseaux sociaux a permis à un grand nombre de jeunes de gagner de l’argent grâce à internet, sans justifier d’aucune formation.

Des conséquences graves

Alors que de nouveaux métiers porteurs, tels les NTIC et les énergies renouvelables, ont fait leur apparition sur le marché de l’emploi au niveau national, force est de constater que le niveau de formation ou d’instruction ne suit pas. L’enquête du CSEFRS s’est attardée sur le fossé existant entre les exigences des recruteurs et le niveau (compétence) des postulants. Dans ce contexte, elle a fait ressortir des chiffres qui donnent froid dans le dos. Ainsi, plus de la moitié (50,1%) de la population âgée de 15 ans et plus n’a aucun diplôme, 18,6% ont un certificat d’enseignement primaire (CEP), 14,5% ont un certificat d’études du collège (CEC), 7,2% ont le baccalauréat, 7,5% ont un diplôme supérieur et 2,1% ont un diplôme de formation professionnelle. Mais l’abandon scolaire n’est pas la seule tare qui gangrène le secteur de l’enseignement marocain.

Outre ce phénomène, le CSEFRS a montré, chiffres à l’appui, que la part de jeunes n’ayant jamais été scolarisés demeure inquiétante. Avec 8,2% de jeunes n’ayant jamais mis les pieds dans une salle de classe et 4,5 % d’enfants en âge de scolarisation mais ne le sont pas, l’étude a appelé le département de l’Education nationale à se pencher sérieusement et de toute urgence sur ce dossier qui menace l’avenir des générations montantes.

La qualité de l’enseignement en pâtit

L’enquête du CSEFRS s’est, en outre, intéressée à d’autres éléments qui font qu’aujourd’hui, la qualité de l’offre éducative laisse beaucoup à désirer. Parmi ces éléments, figurent l’inadaptation des programmes scolaires aux exigences du marché du travail, l’encombrement des classes, le manque d’enseignants, la violence en milieu scolaire et le nombre insuffisant des conseillers en orientation.  

Certes, beaucoup d’efforts ont été fournis en matière de lutte contre la déperdition scolaire et l’objectif reste de faire baisser considérablement le taux de décrochage scolaire à l’horizon 2025. Mais le ministère, seul, ne peut pas venir à bout de ce phénomène. La société civile est également appelée à contribuer dans la lutte contre les facteurs négatifs de l’éducation nationale au Maroc.

Mohcine Lourhzal

Décrochage scolaire

Qu’en dit le ministère?

Selon les chiffres du ministère de l’Education nationale, le taux de déperdition scolaire dans le cycle primaire, au titre de l’année scolaire 2017-2018, a atteint 5,7% dans le milieu rural et 1,1% en milieu urbain. Pour ce qui est du cycle secondaire collégial, le taux d’abandon scolaire a atteint 12% au niveau national, au titre de la même année scolaire. La même source a estimé à 221.958 le nombre d’élèves ayant quitté les bancs de l’école dans les deux cycles, au niveau national, au cours de cette même période. La déperdition scolaire est actuellement un phénomène en forte croissance. Elle constitue une menace pour l’avenir, aussi bien des enfants que de la société.

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Enquête nationale sur la relation famille-école 

Ce qu’il faut retenir

– La majorité des ménages sont pour le maintien de la gratuité de l’enseignement public. 

– La scolarisation d’un enfant issu d’un ménage aisé coûte 13 fois plus que celle d’un enfant issu d’un ménage de condition modeste.

– Plus le revenu d’une famille augmente, plus la moyenne de la dépense par enfant scolarisé part à la hausse.

– Le phénomène de la déperdition scolaire dans le monde rural est imputé, surtout, à l’éloignement des établissements scolaires du lieu de résidence de l’enfant et l’absence des moyens de transport scolaire.

– Les familles ont une préférence pour l’enseignement des langues arabe, française et anglaise.

– Les ménages estiment, dans leur majorité, que la première mission de l’école consiste à apprendre aux élèves à bien lire et écrire.

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