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Conjoncture Les deux commandements du CMC

 

Ceux qui s’attendaient à ce qu’il parle de la dette, de la politique monétaire, du taux de change ou encore de l’inflation, sont restés sur leur faim. Habib El Malki a parlé d’autre chose, estimant que ce genre de précisions relève du complémentaire…

Habib El Malki CMC

La crise étant là, l’économie nationale est dans un état tel qu’aujourd’hui, il y a de la croissance, mais celle-ci ne crée pas assez d’emplois, ou n’en crée pas du tout.
Les orientations économiques ne vont pas de pair avec la réalité qui est celle de crise, nécessitant de grandes mesures pour sortir de la zone de danger. Un danger réel pour l’économie marocaine qui vit une situation de «blocage». Ce dernier dont le niveau actuel «mérite une réflexion globale», a commenté le président du Centre marocain de conjoncture (CMC), Habib El Malki, lors du point de presse annuel que l’institution a organisé le 3 juillet, à Casablanca.

Ce blocage, à l’origine, est dû à un «décalage entre le temps politique et le temps économique». Ce qui nécessiterait, selon le président du Centre, une révision du modèle de croissance».
L’économie n’est pas encore «autonomisée» et reste toujours «sous la tutelle des politiques». Et, comme à chacune de ses sorties, El Malki a répété que le CMC ne veut donner de conseils à personne, «ni tirer les oreilles à qui que ce soit» et qu’à travers ses propositions, il «vise à contribuer au débat national».
Cela ne l’a cependant pas empêché de remettre en question les choix économiques du gouvernement de Abdelilah Benkirane.

Industrialisation et Export

Habib El Malki a ainsi plaidé pour la nécessité de changer de modèle de croissance en favorisant la modernisation accélérée de l’économie à travers une industrialisation et en rendant l’économie plus ouverte et plus compétitive. Industrialisation de l’économie et export, ce sont les deux commandements.
La croissance économique en 2013 sera relativement bonne, de l’ordre de 4,9% en amélioration de 2,2 pc par rapport à l’année précédente. Ce résultat, attribuable presque exclusivement au secteur primaire et aux activités qui s’y apportent, recouvre cependant une configuration particulièrement contrastée du système productif, a estimé M. El Malki, lors du point de presse du CMC sur les perspectives de croissance de l’économie marocaine.
Le taux de croissance est dû fondamentalement à la qualité de la campagne agricole et à une production céréalière estimée à 97 millions de quintaux, un record sur les cinq dernières années. Mais cet impact positif des activités primaires sur le taux de croissance du PIB devrait néanmoins être atténué par les difficultés réelles auxquelles devront faire face les activités industrielles, de commerce et de services.
L’impact de net redressement est resté, toutefois, limité et faible en termes de création de nouveaux postes d’emplois à cause de «la fragilité du modèle de croissance». L’économie nationale est basée fondamentalement sur la campagne agricole, ce qui ne consolide pas et ne stabilise pas la tendance à une croissance soutenue, a relevé El Malki.
La croissance au Maroc est «peu créatrice d’emplois et ne l’est pas du tout, certaines années». Par conséquent, il y a lieu de «changer de modèle de croissance en changeant les bases de celle-ci», a soutenu le président du centre, soulignant que l’histoire montre que seule l’industrie a la capacité de créer des emplois stables.
Le CMC défend ainsi l’idée d’une modernisation accélérée de l’économie marocaine, à travers une industrialisation intelligente qui respecte l’environnement, selon les normes internationales et prend en considération les particularités et le potentiel que recèle le pays.
El Malki a prôné la mise en place d’un nouveau modèle à travers de profonds changements dans le système de production. Il a soutenu que seul ce modèle est à même de renforcer les performances de l’économie nationale et de résoudre les problèmes sociaux complexes, en particulier du chômage.
Il a aussi relevé que pour sortir de cette contradiction entre les taux de croissance et l’impact limité sur le développement social, il faut inéluctablement passer par la construction d’une solide et compétitive base économique, tout en accordant une grande priorité à l’exportation, avec le diversification des produits à exporter, en rendant le pays plus attractif pour les investissements étrangers, par l’amélioration du climat des affaires et en tirant avantage des situations instables dans certains pays de la région, mais aussi en investissant efficacement dans le capital humain.

Des chiffres et des faits

Ainsi, quelques jours après l’annonce par le Haut- commissariat au plan (HCP), d’une croissance économique nationale en hausse, le CMC a fait presque le même constat, à un détail près. Détail de taille, cependant, puisque selon les prévisions du CMC, pour l’exercice en cours, la croissance économique pourrait atteindre 4,9%, alors que le HCP avait tablé sur 4,6%.
Bonne croissance, certes, mais, selon El Malki, elle ne va pas engendrer des créations d’emplois car ce modèle de croissance doit être redressé. La croissance en 2013, tirée par une bonne campagne agricole et les activités primaires en général qui progresseraient de 15,1% (contre 1,5% pour les industries de transformation et -1,3% pour le BTP, selon le CMC), créera surtout des «emplois précaires et saisonniers», dans l’agriculture principalement.
Pour le CMC, les statistiques officielles sur l’emploi au Maroc sont «très discutables». Il y a une forte sous-estimation du taux de chômage dans le milieu rural, qui ressort souvent autour de 2%. Le président du CMC appelle ainsi à ce qu’il y ait «une redéfinition du dispositif pour mieux cerner le phénomène du chômage dans le milieu rural».
Le redressement de la croissance ne devrait donc pas avoir un impact significatif sur la réduction du chômage. «La croissance n’est pas créatrice d’emplois au Maroc. Ce qui n’est pas normal. Dans les pays développés, une croissance de 0,5 à 1 point se fait sentir sur l’emploi de manière directe», explique-t-il. Il en évoquera ensuite les raisons, notamment la nature même du tissu économique, dominé par le secteur primaire, et les limites des stratégies sectorielles lancées par les pouvoirs publics (Maroc Vert, Pacte national pour l’Émergence industrielle, Maroc Export Plus…).
Sur un ton quand même optimiste El Malki soulignera que «les opportunités sont aujourd’hui plus importantes que par le passé. La stabilité dont jouit le Maroc est un atout majeur pour attirer les capitaux étrangers, qui fuient les pays du Printemps arabe», mais «on n’a pas encore su profiter de cette manne».
Enfin, pour 2014, le CMC prévoit un net ralentissement du rythme de croissance comparativement à l’exercice en cours et ce, même dans l’hypothèse optimiste d’une campagne agricole aux performances comparables à celle de 2012-2013. Le taux projeté dans le scénario prévisionnel 2014 est de 3,7% en termes réels, ce qui équivaut à un ralentissement de 1,2 point par rapport à 2013.

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