Confinement | Ce que les Marocains ne comprennent pas

Dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech, etc, le confinement a été maintenu.

La décision a été présentée avec des gants, mais le fait est que le confinement y a été reconduit.

Une minorité s’est résignée. Pas la «grande» majorité.

L’on peut se faire l’avocat du diable auprès des déçus et mécontents, leurs arguments désarçonnent.

Que disent-ils ?

Qu’ils n’ont «pas compris du tout» cette dernière reconduction du confinement.

Et, pour être honnêtes, nous non plus.

Si. Si. Bien sûr qu’elle est claire, l’histoire des régions où le virus est encore trop présent, avec les coups de frayeur qu’il vous assène, chaque fois que vous découvrez un nouveau foyer de plusieurs dizaines de contaminés (un nouveau «cluster», pour utiliser les nouveaux mots qui nous sont devenus familiers grâce à Covid-19)… Des régions où il faut donc encore et encore de la vigilance.

Tout comme est claire (et légitime) l’explication selon laquelle les régions où le virus a été quasiment éradiqué n’ont pas de raison d’être pénalisées, parce que d’autres affichent encore des chiffres élevés de contamination…

Mais il y a deux ou trois petites choses qui dépassent notre modeste QI (quotient intellectuel).

Comme on dit en dialectal «Khodona âla kedd âkelna».

Pour nous, il y a un citoyen marocain et une presse marocaine.

Le citoyen a le droit d’être informé ; et la presse de son pays est là pour l’informer. C’est comme ça que fonctionnent toutes les démocraties.

Du coup, avons-nous envie de dire au gouvernement, on ne comprend pas la logique de votre communication. Pourquoi vous ne nous expliquez pas à nous, qui sommes concernés, ce par quoi nous sommes concernés, au fur et à mesure de ce qui nous concerne ? Les bulletins du ministère de la Santé, c’est bien. Mais ça ne suffit pas. Nous vivons une crise inédite. Toute explication des décisions prises ou à prendre y est capitale, si l’on veut l’implication de tous. Les citoyens le disent. Nous le disons avec eux. Vous ne nous parlez qu’aux grandes occasions et à la dernière minute. Pire… Après avoir d’abord parlé aux étrangers… !? Les étrangers avant nous ? On croyait ce temps révolu !

Vous ne le saviez peut-être pas, isolés dans votre bulle, mais, tous ces derniers jours, les Marocains ne comprenaient pas pourquoi ils devaient attendre le jour-même où expire la date du confinement en cours, pour savoir s’il y aurait de-confinement ou pas le lendemain. Cela fait 3 mois qu’ils sont en confinement chez eux. S’ils doivent en sortir, il y a des dispositions à prendre. Il ne s’agit pas de moutons qui seront lâchés dans une prairie !

Alors qu’ils voient les autres pays prévenir leurs populations des mesures à venir, une ou deux semaines à l’avance, débats et concertations accompagnant le tout, eux, c’est le 10 juin (et un petit peu la veille) qu’ils sont mis au courant des mesures qui leur seront appliquées le 11 ! ? Et Mr le chef de gouvernement qui devait les en informer ce jour-là au Parlement, avait accordé la primeur de ses déclarations à un média étranger, la veille ! 

Autre chose que les Marocains ne comprennent pas. Pourquoi les autres pays, qui étaient bien plus atteints par la pandémie, ont-ils de-confiné leurs citoyens et les ont remis au travail, se contentant d’en exiger le port du masque et l’observation des mesures de protection ? Tandis que nous, d’un côté, nous sommes bercés de chiffres rassurants, nous affirmant que tous les indicateurs sanitaires sont au vert ; et de l’autre, nous sommes maintenus en confinement…

Serions-nous plus précieux, plus fragiles, ou plus stupides, que les de-confinés d’Espagne, de France, ou d’Amérique ?

Enfin, ce que nos citoyens comprennent le moins, c’est pourquoi les grandes villes, où la relance économique est la plus déterminante et où il y a urgence de remettre tous les moteurs en marche, au vu de l’état financier général (du pays et des personnes physiques ou morales), doivent encore rester bridées par le confinement ? Trois mois de manque à gagner pour l’économie nationale ne suffisent-ils pas, répètent-ils à l’envi.

Il reste que le ministère de l’Intérieur et celui de la Santé ont laissé une porte entrouverte. Rien n’est figé et le confinement dans lequel sont maintenus les habitants des grandes villes n’a pas de date imposée. Tout peut changer la semaine suivante. C’est ce que les deux ministères ont appelé «le classement hebdomadaire».

Au prochain «classement», espérons que ces grandes villes grimperont à la zone 1, où le de-confinement a été décrété.

D’ici-là, nous ne pouvons que conseiller aux mécontents de prendre leur mal en patience, en puisant leur courage dans la formule qui nous a accompagnés tout le long de cette crise sanitaire «Âwn bladek, bka fdarek»…

Bahia Amrani

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