Au-delà des «Baltajis»…

S’il est un terme qui, à l’occasion du «printemps arabe», a fait une entrée fracassante (c’est le cas de le dire) dans le vocabulaire des Marocains, c’est bien celui de «Baltaji».

Il désigne dans la bouche de ceux qui se réclament du Mouvement du 20 février, tous ceux qui défendent, sur le terrain, bruyamment et parfois en en arrivant aux mains, les positions officielles.

 

Ne nous étendons pas sur l’origine du terme, ce n’est pas le sujet… Rappelons seulement qu’il a été utilisé pour la première fois par les manifestants du «printemps arabe» en Egypte, lorsque les hommes de Moubarak sont arrivés à la place «Tahrir», à dos de cheval et de chameau, pour en déloger à coups de matraque les contestataires du régime.

Depuis, toute personne qui s’attaque aux manifestants, où qu’ils soient dans le monde arabe, notamment quand elle le fait pour défendre le système, est qualifiée de «Baltaji».

Au Maroc, donc, aujourd’hui, ce terme est utilisé pour désigner tous ceux qui manifestent en faveur de la Constitution.

Certains d’entre eux ont peut être «mérité» leur titre en recourant à une démonstration de force concrète. D’autres y ont eu droit pour leur simple participation aux marches de soutien au «Oui à la Constitution».

Mais en réalité, au-delà des «Baltaji» -terme qui sonne, bien sûr, comme une insulte- c’est une partie d’échec politique qui se joue.

Depuis le début du «printemps arabe», la rue est devenue le lieu par excellence à conquérir.

C’est là que tout se passe. C’est là que les réseaux sociaux envoient leurs troupes. C’est là que les foules envoient leurs messages à l’opinion publique, nationale mais aussi internationale. C’est aussi là, hélas, que des collisions frontales entre forces de l’ordre et contestataires conduisent au pire.

Les manifestants l’ont compris, c’est en occupant la rue (ou une place symbolique) qu’ils deviennent «une force».

Les pouvoirs en place n’ont alors plus le choix: où ils laissent les contestataires prendre possession de l’espace public et cela conduit à une fin à l’égyptienne. Où ils les en empêchent et les méthodes utilisées vont crescendo jusqu’au bain de sang (comme en Libye, en Syrie, au Yemen, à Bahrein…).

Au Maroc, ni les pouvoirs publics, ni la population ne veulent du bain de sang. Depuis le début du «printemps arabe», ils ont cherché à tout prix à l’éviter. Le Maroc est bien le seul pays où l’on n’a pas entendu tirer une seule balle !

Les pouvoirs publics ont donc recouru aux mêmes méthodes que celles des contestataires: occuper l’espace public. Mais il ne s’agit pas de le voir occupé par la police ou l’armée. L’idée est d’encourager ceux qui ont un avis différent de celui des contestataires à occuper, eux aussi, l’espace public… Ceux qui disent oui ont la même légitimité que ceux qui disent non. Qu’ils disent donc oui dans la rue comme les autres… Et comme les partisans du oui sont nombreux, cela donne les manifestations gigantesques de ce week end.

Le coup de main des pouvoirs publics est évident, mais cette approche –aussi ringarde soit-elle- de l’adhésion populaire est préférable au spectacle que nous donnent la Syrie ou la Libye !

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