Agitation politique Les Marocains globalement contre…

Deux semaines après la décision des Istiqlaliens de se retirer du gouvernement de Benkirane, le micro-trottoir que le Reporter a réalisé ce vendredi 24 mai auprès des citoyens fait ressortir un constat: les personnes questionnées semblent unanimes sur le fait que la décision des Istiqlaliens est tombée au mauvais moment.

Chabat Benkirane-2

Le sentiment général chez les personnes que nous avons rencontrées est en tout cas un sentiment de désespoir et de reproche à l’égard des partis politiques qui ne font rien pour faire évoluer la chose politique dans le bon sens. Alors que le chef de gouvernement a déclaré cette semaine, lors d’une Journée d’études au profit des présidents des communes et des conseillers chargés de l’habitat, qu’«il n’y a aucun problème au niveau de son gouvernement», les citoyens, eux, sont unanimes à affirmer qu’il est clair que le problème réside au niveau du gouvernement de Benkirane.

Les personnes interpellées sur la question sont unanimes sur la nécessité de mieux régler d’abord les problèmes du gouvernement au sein de la majorité. Le micro-trottoir que Le Reporter a réalisé ce vendredi 24 mai auprès des citoyens fait ressortir un constat: globalement, les personnes questionnées semblent unanimes sur le fait que la décision des Istiqlaliens est tombée au mauvais moment. «Au lieu de chercher un consensus et de fédérer les énergies de toutes les composantes de l’alliance à même de faire aboutir les grands chantiers qui attendent l’économie nationale, on vient en ce moment précis créer cette crise», dénonce Sofiane, étudiant en médecine. Et ce dernier d’ajouter: «Cela fait à peine un an et demi que le gouvernement de Benkirane a été installé et il faut lui laisser le temps pour qu’il puisse mettre à exécution ses projets».
Mauvaise décision ou décision mal tombée, les Marocains ne vont rien y gagner, car elle ne fait qu’attiser une agitation politique dont le Maroc peut se passer. Ce n’est donc pas le moment pour une telle décision… Bref, autant de commentaires que font les personnes questionnées par Le Reporter…
Aïcha, jeune salariée et syndicaliste qui se dit très intéressée par la chose politique, pense que le rôle des partis constituant la majorité est de consacrer les valeurs et l’éthique dans l’exercice de la politique et non pas de courir derrière les postes de responsabilité. Elle poursuivra: «Il est clair que, par cette décision, les Istiqlaliens font montre d’irresponsabilité, surtout en ce moment précis où la situation du pays est critique, notamment sur le plan économique».
«Que l’Istiqlal se retire ou reste au gouvernement, c’est pareil pour moi. En fait, ce n’est pas cela qui va changer la donne. Tous les partis politiques se ressemblent et adoptent le même discours. Ce qui est important à mon avis, c’est de s’attaquer aux vrais problèmes de la nation», dit Ahmed, dentiste. Il ajoute que «depuis plusieurs mois déjà, les Marocains assistent à l’affrontement qu’il y a au sein du gouvernement». Quant à Hamid Chabat, «depuis qu’il est devenu SG de l’Istiqlal, il n’a cessé de demander un remaniement», réplique Saïd, un technicien en informatique. En fait, ajoute-t-il, «la décision des Istiqlaliens de se retirer du gouvernement n’est à mon sens qu’une manière d’exercer la pression sur Abdelilah Benkirane, afin de l’amener à accepter de procéder à un remaniement ministériel».
Mais ce n’est pas le retrait d’un parti politique de la majorité qui fera la différence», tient à souligner Mohamed, un machiniste à Casablanca. «Les gens n’attendent pas une telle décision de Hamid Chabat. Ils attendent surtout du gouvernement de changer sa façon de gérer les affaires publiques», estime-t-il. Même son de cloche chez Asmaa, une jeune styliste. «On n’a que faire de la décision des Istiqlaliens. Ce que nous demandons de nos décideurs et de notre gouvernement, c’est de penser aux citoyens qui n’arrivent pas à subvenir à leurs besoins et à tous ces jeunes diplômés qui n’ont pas encore d’emploi», dit-elle.
Dans ce même sens, Hadj Abdelkader, un retraité, ne décolère pas. «C’est de la pure surenchère: Chabat ne fait qu’exhiber sa force en essayant de faire pression sur le PJD qui tire sa légitimité des urnes et de la confiance du Souverain», dénonce-t-il. Il souligne par ailleurs que les composantes de la majorité doivent travailler durement. «On ne doit pas se cacher derrière les différends entre les partis politiques qui composent la majorité, si l’on veut gagner de nouveau la confiance des Marocains. Cette situation doit changer pour atteindre les objectifs escomptés», tient-il à souligner.

Signal négatif à l’extérieur

Quel impact a cette décision de l’Istiqlal de se retirer du gouvernement de Benkirane? La réponse nous vient d’un économiste, Hicham Moussaoui. D’un point de vue économique, dit-il, il y a lieu de noter trois grandes conséquences. «D’abord, une méfiance et une défiance vont s’installer entre les composantes des partis de la majorité, ce qui est complètement défavorable à la cohésion du gouvernement. Car sans cette cohésion, la performance du gouvernement ne peut être que handicapée et limitée», selon l’économiste. Ensuite, ajoute Moussaoui, cela va créer des blocages au niveau des réformes structurelles (réforme de la Caisse de compensation, des retraites et de la Fonction publique, ainsi que de tous les autres chantiers qui sont ouverts jusqu’à aujourd’hui). «Ces réformes sont de grands chantiers qui assurent l’avenir de l’économie nationale dans son ensemble. Or, en l’absence d’une cohésion au sein de la majorité, cela risque de reporter toutes ces réformes, ce qui veut dire que la situation économique au Maroc ne cessera pas de se dégrader et donc le coût de la réforme ira en augmentant», insiste Hicham Moussaoui. Dans ce même ordre d’idées, l’économiste noter aussi que «si ces affrontements ne sont pas réglés au sein de la majorité, on va tout simplement se retrouver dans la même situation que celle de 2012, quand il y avait le problème de la loi de Finances qui n’a été votée qu’avec six mois de retard, ce qui a créé un climat d’attentisme et impacté négativement l’économie marocaine».
La décision du Conseil national de l’Istiqlal de se retirer du gouvernement va créer une dynamique négative qui limitera la croissance de l’économie marocaine, alors que, vraiment, le pays a grandement besoin d’investissements et de consommation pour relancer la croissance, estime l’économiste. Et d’ajouter: «En prenant cette décision, les Istiqlaliens envoient un mauvais signal à l’extérieur. Cela ne rassure ni les investisseurs, ni les marchés financiers. Et c’est encore plus grave quand on sait que le Maroc va sortir sur le marché financier international pour emprunter. En effet, si on envoie un signal disant que l’économie marocaine est instable, eh bien, cela ne va pas inciter les investisseurs à acheter la dette marocaine. Et cela peut créer un problème de financement».

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