dimanche 22 octobre 2017

Remaniement ministériel : Qu’est-ce que ça changerait?

Palais et cabinet royal

S’il est un sujet qui capte l’attention de la caste politique marocaine ces derniers jours, c’est bien cet éventuel remaniement ministériel. Certes, le gouvernement «roule», depuis quelque temps, avec un effectif qui n’est pas au complet à cause du limogeage de l’ex ministre de la Jeunesse et des sports et la disparition tragique du ministre d’Etat, Abdallah Baha. Mais cela suffit-il pour procéder à un remaniement? S’il le faut vraiment, c’est d’abord par habitude.
Il est vrai que, depuis toujours, les différentes équipes gouvernementales ont connu, lors de leur parcours, des changements qu’appelaient surtout des conjonctures particulières. Aujourd’hui, ce qui nécessite un gouvernement Benkirane III, c’est surtout ces ministres qui ont failli à leur devoir ou qui ont brillé par leur absence et leur incapacité à gérer les départements qui leur ont été confiés. D’autres ont plutôt été «épinglés» sur des questions relevant du familial. Un familial qui a lourdement pesé sur leur parti qui se veut le parti qui gère la coalition et donc majoritaire, en l’occurrence le PJD, mettant ainsi Benkirane dans une mauvaise posture face à une «féroce» opposition qui, plutôt que de s’occuper des grands dossiers et des grandes orientations politiques du pays, joue aux écoliers qui se disputent un petit bout de craie de couleur!

La couleur, nul aujourd’hui ne veut l’annoncer, mais ce qui est pronostiqué, c’est que bientôt, ça sera plutôt le départ de beaucoup de noms. Laenser, dénigrant un ministère partagé, préférera certainement rester à la «Jeunesse et Sports». Le nom de Choubani revient souvent. Bien que le patron du PJD ait dit qu’aucun de ses ministres ne sera touché par l’éventuel remaniement, il devrait, selon les pronostics, être sur la liste des partants. Le fait que le Cabinet Royal lui ait refusé le Patronage de Sa Majesté des festivités de la Journée nationale de la société civile est très significatif, selon ces sources. Et puis, il y a les autres, ceux qui n’ont rien fait ou n’ont fait que peu. Les perdants et les absents. Ceux dont les départements n’ont pas avancé. Pour toutes ces raisons, le remaniement est aujourd’hui crucial. Reste à savoir s’il sera élargi. Va-t-on juste se contenter de colmater les brèches pour ce qui reste du temps à vivre à ce gouvernement qui se prépare à la prochaine bataille électorale?

Benkirane semble prendre son temps. Il n’est pas pressé de procéder à un remaniement ministériel. A-t-il peur de perdre encore du temps ou serait-ce parce qu’il redoute l’appétit grandissant de certains de ses alliés qui vont aspirer à mieux se positionner?

Une question de temps

On se souvient encore du temps qu’avait pris la constitution du gouvernement Benkirane II. Au lendemain de l’élection de Hamid Chabat à la tête du Parti de l’Istiqlal (PI), le nouveau SG a décidé de quitter la composition gouvernementale. Les ministres istiqlaliens partis, le gouvernement se trouvait paralysé par ce départ et il fallait alors les remplacer. Les négociations et les pourparlers avaient duré plus de 4 mois. Un temps perdu et pour le gouvernement et pour le pays où les réformes et les actions prévues devraient encore attendre. Si aujourd’hui il y a appel à remaniement, cela ne risque-t-il pas d’entraîner encore Benkirane dans un nouvel épisode de consultations qui va durer un certain temps? Temps dont le gouvernement ne dispose plus vraiment, vu qu’il ne lui reste que deux «petites» années et qui ne seront pas de tout repos à cause des échéances électorales! Est-ce donc par peur de perdre du temps que le chef de gouvernement prend son temps? C’est probable. Mais plus probable encore, c’est ce fait que les partis souffrent tous de problèmes de scission. Ceux de l’opposition sont effrités et ne présentent plus vraiment un réel front. Bien que Chabat, tournant le dos à tous les problèmes que vit le PI aujourd’hui, clame haut et fort que sont parti fait 100.000 adhérents par mois (soit 1.200.000 par an). Un sixième des Marocains seraient de l’Istiqlal, c’est bon, mais où sont-ils? Que font-ils? Quel programme et quels principes défendent-ils?
Coté coalition, ceux qui se voyaient ministrables et qui ne l’ont pas été se sont vite retournés contre leur clan. On se souviendra du mouvement entamé par Oulbacha, Benkaddour et Lamrabet au sein du Mouvement Populaire (MP), qui leur a valu le renvoi du parti. Le parti au pouvoir, c’est-à-dire le PJD, n’est pas non plus à l’abri. Si le remaniement doit concerner des noms du MP, il touchera aussi des membres du PJD. Ce dernier, qui a su rester soudé, serait alors affecté par les mécontentements et connaîtrait des soulèvements contre son SG, comme ce fut le cas au lendemain de l’annonce du gouvernement Benkirane II. A cette époque-là et compte tenu de la conjoncture, les mécontentements ont vite été cernés. Rien ne prouve qu’ils vont l’être cette fois encore. Ça bouillonne trop au sein du PJD même et le temps ne permet plus d’attendre. C’est maintenant ou jamais. Il ne reste plus que deux ans durant desquels il n’y aura pas d’autre remaniement…

Remaniement à hauts risques

Certes, un remaniement est peut-être plus que nécessaire, aujourd’hui, pour mettre à niveau certains secteurs ayant connu l’échec durant près de quatre ans. Mais ce remaniement ne serait-il pas une grosse perte de temps et ne va-t-il pas entraîner les partis concernés dans une interminable spirale pareille à celle qui avait précédé le premier remaniement? Cette fois, le gouvernement va devoir relever le défi de réussir la préparation des élections communales prévues dans quelques mois. D’où le fait que tout retard serait fatal et risquerait de coûter cher au gouvernement et au PJD.
Autre risque. C’est le retour des technocrates. Les politiciens, politologues et chefs de parti s’accordent tous sur l’anti-constitutionnalité de la présence de technocrates dans une composition gouvernementale dans son acceptation actuelle et comme cela est prévu par la Constitution. L’entrée en force des technocrates, déjà à la tête de l’Education nationale, de l’Agriculture, des Affaires islamiques et de l’Intérieur, force à se demander si ce remaniement est aujourd’hui une simple restructuration de certains départements et secteurs et donc du gouvernement, conformément à ce qu’appelle sa mission, ou si c’est une nécessité politique que dictent la conjoncture et certains compromis.

Technocrates à vos postes!

Les technocrates poseraient problème et leur présence au sein de la composition gouvernementale serait même anticonstitutionnelle! En se référant à l’article 47 de la Constitution, l’on s’aperçoit vite que cette thèse ne tient pas. En effet, l’article en question, bien qu’un peu ambigu, précise les modalités de nomination des ministres. Il stipule: «Le Roi nomme le Chef de Gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des Représentants et au vu de leurs résultats. Sur proposition du Chef de Gouvernement, Il nomme les membres du gouvernement». Il ne précise cependant pas si ces membres appartiennent à des partis politiques autres que celui du chef de gouvernement ou viennent d’ailleurs, c’est-à-dire qu’ils sont sans appartenance politique.
La présence donc de SAP, dits plutôt «technocrates», dans la composition gouvernementale n’a rien d’anticonstitutionnel. Si ces gens ont la compétence nécessaire de gérer certains secteurs mieux que d’autres, ils sont donc les bienvenus. Ce fut le cas de Driss Dahhak (SG du gouvernement) et de Abdellatif Loudiyi (chargé de l’Administration de la Défense nationale), dont d’ailleurs Benkirane n’avait pas tari d’éloges à plusieurs occasions. La présence d’un Hassad à l’Intérieur rassure l’équipe gouvernementale, l’homme connaissant si bien et les rouages du ministère dont il a la charge et les grands dossiers nationaux et chantiers sécuritaires.
Bien sûr, comme l’avait dit le chef de gouvernement, la pratique de la démocratie nécessite bien des concessions. Il est donc politiquement tenu de renvoyer l’ascenseur à ses alliés en leur accordant des postes et même d’admettre de proposer des membres de son propre parti au gouvernement, même s’il estime qu’ils n’y ont pas leur place. Mais c’est au terrain de montrer de quoi chacun est capable…
Il est vrai que la responsabilité liée à la reddition des comptes fait que seuls les compétents se proposent. Que faire quand les compétences font défaut? Des ministres issus de partis rendent des comptes, mais les SAP… Ils n’ont de compte à rendre à personne! Non, ils sont doublement responsables. Benkirane avait dit qu’il était, lui, responsable de leurs actes vu qu’ils sont là sur sa proposition. En plus, ils rendent bien des comptes aux représentants de la nation au Parlement… S’il faut qu’ils soient là pour laisser les politiciens vaquer à leur préparation de la course électorale, eh bien, soit! Au moins, les politiciens n’auraient pas à perdre sur tous les plans et auraient au moins le temps de bien réussir quelque part quand les autres s’occupent des affaires courantes durant ce qui reste du «temps de vie» du gouvernement.
En somme, le gouvernement va aujourd’hui à pas sûrs vers un remaniement. Celui-ci, aussi léger soit-il ou en profondeur, traduira les forces et les faiblesses de chacune des parties en course. Benkirane devra cependant faire preuve de trop de doigtée vu que, outre l’opposition qui, malgré ses faiblesses, l’attend au tournant, il joue contre la montre et n’est pas très sûr aujourd’hui que ses alliés voient dans la même direction que lui. Il opterait donc pour la prudence et le statu quo, évitant ainsi de partir à l’aventure en risquant de faire un mauvais casting qui déstabiliserait encore plus la fragile coalition qu’il préside à deux années de la fin de son mandat.

Hamid Dades

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Flashs

Article 47

«Le Roi nomme le Chef du Gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants et au vu de leurs résultats. Sur proposition du Chef du Gouvernement, Il nomme les membres du gouvernement. Le Roi peut, à Son initiative et après consultation du Chef du Gouvernement, mettre fin aux fonctions d’un ou de plusieurs membres du gouvernement.
Le Chef du Gouvernement peut demander au Roi de mettre fin aux fonctions d’un ou de plusieurs membres du gouvernement du fait de leur démission individuelle ou collective. A la suite de la démission du Chef du Gouvernement, le Roi met fin aux fonctions de l’ensemble du gouvernement. Le gouvernement démissionnaire expédie les affaires courantes jusqu’à la constitution du nouveau gouvernement».

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Les partis et le remaniement

Dans le cadre du remaniement ministériel, les partis politiques membres du gouvernement peuvent intervenir à travers deux canaux. Le premier canal d’intervention est celui de l’instance baptisée Présidence de la majorité. Cette instance est constituée par les quatre partis de la majorité (PJD, MP, RNI et PPS) à travers la Charte de la majorité. Dans ce cadre, les chefs des quatre partis se concertent pour décider de la nature d’un tel remaniement. C’est ce qui était arrivé pour la formation du gouvernement II de Benkirane. Un cadre qui avait abrité l’ensemble des concertations marathoniennes qui avaient précédé la formation de l’actuel gouvernement. C’est à ce niveau que se décide la nature de la répartition des différents départements entres les quatre formations.
Le deuxième canal d’intervention est celui des instances décisionnelles des formations politiques de la majorité. A ce niveau, la prise de décision pour la désignation des ministres qui prennent la couleur de chaque parti est différente selon les statuts et les règlements intérieurs de chacun d’eux.

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A titre d’exemple…

Le PJD avait adopté, lors de la désignation du premier gouvernement Benkirane, toute une procédure pour la désignation des ministres PJDistes. Cependant, cette procédure a été abandonnée lors de la formation du gouvernement constitué après le retrait du Parti de l’Istiqlal. Le Conseil national du PJD avait donné l’aval au Secrétariat général du parti pour décider des noms proposés. D’ailleurs, c’est ce même scénario qui a prévalu chez les trois autres formations. Et c’est cette formule qui pourrait être adoptée en cas d’un deuxième remaniement pour donner une troisième version du gouvernement Benkirane.

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Gouvernement : Un remaniement qui tarde à venir


Le remaniement ministériel tarde à venir. Depuis le départ du haraki Mohamed Ouzzine, Mohand Laenser assure l’intérim au ministère de la Jeunesse et des Sports. Il souhaiterait, dit-on dans son entourage, y rester.

Le chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, a démenti un éventuel remaniement ministériel élargi. Il s’agirait en fait d’une liste de six candidats présentée par Mohamed Laenser, dont deux noms seulement pourraient être retenus.
Cette liste serait actuellement soumise à l’appréciation du Palais Royal.
Selon des sources du Mouvement Populaire, Mohamed Moubdie serait intéressé par le portefeuille de la Jeunesse et des Sports, poste encore vacant depuis le départ du haraki Mohamed Ouzzine, dans le cadre de l’affaire dite de la «Raclette» qui lui a valu son portefeuille. Depuis, l’intérim au sein de ce département est assuré par le Secrétaire général du Mouvement Populaire, Mohand Laenser qui -et ce n’est plus un secret pour personne- n’avait jamais été chaud pour le portefeuille de l’Urbanisme et de l’Aménagement du territoire national. Laenser se sentirait mieux au poste de ministre de la Jeunesse et des Sports qu’il a eu le temps de connaître depuis le départ forcé de Mohamed Ouzzine.
S’agissant du remaniement ministériel, une source de la majorité nous a confié: «Le seul portefeuille de la Jeunesse et des Sports ne mérite pas tout ce branle-bas de combat. C’est pourquoi j’estime qu’un remaniement élargi serait plus intéressant, sachant que des ministres de l’actuelle majorité méritent de changer d’air du fait de leur modeste prestation au gouvernement».
La question est: qui sont ces ministres ? Et qui, plus que le chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, peut juger du «bien-fondé» de ces allégations?
Selon des sources de l’opposition, les ministres inscrits au départ le savent et leur bilan accuse un déficit qui ne prête à aucune équivoque.

Mohammed Nafaa

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