mercredi 19 février 2020

Psychotropes Algérie, notre voisin fournisseur !

Karkoubi et cannabis saisis par maroc

Le phénomène du «karkoubi» (psychotropes) ne cesse de prendre de l’ampleur au Maroc. Pratiquement, toutes les villes en sont affectées. Une source officielle précise au Reporter que 60% de ces psychotropes introduits au Maroc proviennent d’Algérie.

Le 25 juin dernier, le ministère algérien des Affaires étrangères accuse ouvertement le Maroc de laxisme dans la lutte contre le trafic de drogue. Il exige du Royaume de remplir trois conditions pour la normalisation des relations entre les deux pays voisins. L’une de ces conditions est «une coopération réelle, concrète et efficiente contre l’infiltration des drogues en Algérie». Face à cette déclaration peu amène, Rabat décide de hausser le ton. Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, le Maroc fait savoir qu’il refuse les conditions des autorités algériennes pour la normalisation des relations entre les deux pays. «Les responsables algériens évoquent le problème de la drogue alors qu’ils le passent sous silence lors des réunions bilatérales», a-t-on expliqué au département marocain des AE qui déplore «cette déclaration évoquant des conditions sans fondements ni justifications».

60% des psychotropes proviennent d’Algérie

Ainsi, cette déclaration, qui émane d’un important responsable algérien, intervient alors que le marché marocain est inondé de comprimés psychotropes transitant par la frontière entre les deux pays. «L’Algérie constitue le principal pourvoyeur des comprimés psychotropes au Maroc. Le marché illicite national de ces substances reste, depuis plusieurs années, alimenté à partir du territoire algérien», affirme une source officielle. Chiffres à l’appui, cette même source indique au Reporter que 60% des psychotropes qui arrivent au Maroc proviennent de ce pays voisin. Elle précise que «la frontière du Royaume avec l’Algérie constitue le point d’accès principal de ces comprimés. Cette année, jusqu’au 23 mai 2013, les saisies de ces comprimés s’élèvent à 8.8251 unités, contre 71.172 unités en 2012», selon la même source.
Depuis 2007, les autorités sécuritaires marocaines ont procédé à la saisie de 430.153 unités de psychotropes provenant d’Algérie, d’après des statistiques officielles. Cela fait dire à notre source que c’est plutôt le Royaume qui subit une agression en matière de drogue via l’infiltration des psychotropes dits communément «karkoubi».

Quand le «karkoubi» est utilisé pour affaiblir la jeunesse marocaine

Une chose est sûre: le phénomène des psychotropes «karkoubi» ne cesse de prendre de l’ampleur au Maroc. Pratiquement, toutes les villes connaissent ce problème. «La vente des psychotropes s’est tellement banalisée que ces produits sont devenus plus accessibles à toutes les catégories sociales. Les trafiquants arrivent à commercialiser leur ”marchandise” au sein même des établissements scolaires», dénoncent des voix associatives à Casablanca, lesquelles appellent les responsables à instaurer une stratégie efficace à même de contrer l’entrée de ces drogues par les frontières avec l’Algérie.
Mohamed El Azhar, enseignant universitaire de criminologie, note que depuis l’indépendance algérienne, le Maroc est en conflit permanent avec son voisin. «Pratiquement tous les présidents, qui ont été à la tête de l’Etat algérien, ont essayé d’affaiblir l’économie marocaine à travers l’infiltration de produits de contrebande, dont notamment les produits alimentaires et les médicaments périmés, lesquels peuvent constituer un danger réel pour les consommateurs marocains», a-t-il souligné. Il ajoutera que «les services de renseignements algériens utilisent le «karkoubi» comme arme pour affaiblir la jeunesse marocaine. D’ailleurs ces comprimés sont subventionnés par ces services. C’est pourquoi leur prix est très faible. Cela fait que le «karkoubi» est aujourd’hui très accessible aux jeunes Marocains. Il faut dire que, depuis maintenant plusieurs années, l’Algérie s’est fixé l’objectif d’affaiblir les jeunes marocains, lesquels deviennent de plus en plus dépendants de ces comprimés psychotropes». Et le professeur de criminologie d’insister: «Ces produits sont considérés comme étant les plus forts et les plus dangereux. Le ”Karkoubi” fait aujourd’hui des ravages au sein de la jeunesse marocaine. En témoigne le taux de criminalité qui a beaucoup augmenté ces dernières années dans le pays en raison justement de la consommation de ces psychotropes».

Approfondir les investigations pour… arrêter les complices

Pour Mohamed El Azhar, «c’est un trafic qui ne cessera pas tant qu’il y a une demande et surtout tant que des mafias continuent de s’adonner à leur trafic illégal en toute impunité. Les barons de ces drogues adoptent aujourd’hui de nouvelles méthodes et des stratégies de ”marketing” pour écouler leur marchandise. Au début, ces trafiquants approchaient les jeunes et moins jeunes en leur proposant gratuitement ces psychotropes, jusqu’au jour où ces jeunes consommateurs en sont devenus dépendants. C’est à ce moment là que ces toxicomanes doivent payer pour avoir leur dose habituelle». Et El Azhar de conclure: «Mener une guerre contre le ”karkoubi”, c’est surtout la diriger contre ces mafias sans scrupules qui s’enrichissent en empoisonnant les jeunes Marocains. Lutter contre ces drogues signifie aussi mener une guerre contre les complices de ces barons du ”karkoubi”. Quand on procède à des saisie de psychotropes, il faut toujours pousser les investigations à fond pour déterminer la façon dont la marchandise en question a été introduite au Maroc et identifier les complices de ces trafiquants». Mais est-ce toujours facile? Pas sûr!

Pister les barons, mais avec quels moyens?

Une source officielle a déclaré au Reporter que le trafic des psychotropes ne peut être éradiqué que si l’on change de méthodes. Certes, une nouvelle stratégie de lutte contre la criminalité sous toutes ses formes a été initiée, cette année, par le département de l’Intérieur. A Casablanca, pour ne citer que cette ville, des «Opérations coup de poing» ont été menées par les équipes de la PJ dans plusieurs zones considérées comme plaques tournantes du «karkoubi». «Chaque jour, on procède à l’arrestation de petits dealers. Mais c’est rare d’arrêter de gros trafiquants qui sont en fait les fournisseurs de ces petits détaillants. Car ces mafia changent souvent de méthode de travail», confie la même source.
Selon notre source -un commissaire de police chargé des affaires de stupéfiants-, «il est difficile de lutter contre le phénomène du «karkoubi» au Maroc. Car, pour l’heure, il n’y a pas encore une action qui est faite à l’origine, c’est-à-dire au niveau des frontières avec l’Algérie». Ce commissaire explique que «si l’on veut stopper le phénomène des psychotropes au Maroc, il faut de gros moyens (financiers et judiciaires). Et pour pousser les enquêtes à fond et pister les barons de ces drogues-là, il faut doter les brigades de lutte contre les stupéfiants de tous les moyens nécessaires à même de leur permettre de se déplacer librement et d’aller même jusqu’à Oujda, chose qui n’existe pas encore au Maroc».

Algérie-Maroc
La route du Karkoubi

 

Mais comment est-ce que ces psychotropes arrivent au Maroc ? Et par quel moyen ? Des centaines de kilos de ces comprimés psychotropes sont introduits par les frontières avec l’Algérie, dénoncent des sources associatives à Oujda. N’importe quel dealer, petit soit-il, sait que ces drogues arrivent à Oujda par les frontières avec l’Algérie. «Le gros de ces psychotropes provient d’Alger en empruntant la route de Maghniya avant d’arriver à Oujda. Des centaines de kilos de psychotropes transitent à dos d’âne ou à bord de voitures entre les deux rives», indiquent nos sources. «Les gros trafiquants achètent leur marchandise par sacs pleins. La petite cité de Beni Drar, à 4 km de l’Algérie, est devenue un repère de ces gros trafiquants. D’ailleurs, les gros fournisseurs seraient installés dans cette petite localité», a-t-on précisé. Pour beaucoup de trafiquants de Casablanca, c’est donc l’Algérie qui fournit son lot important de «Karkoubi». «Les mafias de «Karkoubi» arrivent à recruter de jeunes dealers et même des femmes –souvent dans l’ancienne médina- pour aller récupérer la marchandise auprès de ces fournisseurs à Beni Drar ou à Oujda et la leur rapporter. Sachant qu’à leur tour, ces fournisseurs confient cette mission de livraison à d’autres dealers recrutés à Oujda pour ne pas tomber dans les filets de la police», nous confie un ex-toxicomane de l’ancienne médina. Et notre source d’ajouter «la marchandise passe par plusieurs points (Rabat, Salé, Temara, Mohammedia, Kenitra ou encore Meknès) avant d’arriver finalement à Casablanca où elle est détaillée par d’autres dealers. «En fait, ces mafias de karkoubi s’entourent d’un réseau important de jeunes dealers qui font écouler ces produits au niveau de certaines zones de Casablanca qui sont considérées comme des plaques tournantes de ces comprimés», lance la même source. Derb Kabir est l’un des points noirs de la capitale économique où les barons de ces drogues s’adonnent à leur activité illégale. Selon une source policière, ce quartier commence depuis un certain temps à avoir l’exclusivité en matière de commercialisation. «Dans ce quartier, aussi bien les consommateurs que les dealers des autres quartiers viennent souvent s’approvisionner. Certes, de temps à autre, des «descentes» sont effectuées par la police. Mais le fléau est tellement important que le «Karkoubi» est toujours commercialisé dans ce quartier», indique la même source.

 

Contrebande
Il n’y a pas que le «Karkoubi» !

 

La contrebande à partir de l’Algérie ne s’arrête pas au «Karkoubi». «Le phénomène de la contrebande ne se limite pas seulement aux psychotropes. Il englobe également les produits alimentaires et pharmaceutiques ainsi que les hydrocarbures», déclare au Reporter une source officielle. Selon la même source, les quantités saisies en carburant sont de l’ordre de 755.000 litres en 2011 et 1.300.000 en 2012, soit une hausse de 60 %. Et cette année, durant les quatre premiers mois, les autorités marocaines ont saisi quelque 715.000 litres, soit une variation à la hausse de plus de 10 % par rapport à la même période de 2012.

 


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