vendredi 18 août 2017

Iran : La colombe de Lausanne au cœur des orages

Negociations autour du nucleaire de l Iran a Lausanne mars 2015

La normalisation des rapports entre l’Iran et l’Occident paraît bien engagée. L’accord définitif sur le nucléaire semble en bonne voie. C’est la condition de la réintégration de Téhéran dans la communauté internationale, c’est-à-dire, pour être clair, dans le monde américain et européen.

C’est à première vue, objectivement, une bonne nouvelle pour la paix dans la région la plus dangereuse du monde. Cependant, ce renoncement au nucléaire militaire -mis en doute encore par certains- intervient alors que l’Iran, sans nucléaire, avance partout ses pions. C’est vrai en Irak et en Syrie, c’est vrai au Yémen. Les conflits en cours n’ont pas besoin de l’arme nucléaire. Le retour de l’Iran dans les puissances fréquentables inquiète de nombreux pays sunnites, alors que sur le nucléaire, même Israël ne se dit pas rassuré.
Les négociations sur l’arme atomique n’empêcheront pas l’Iran d’avoir une politique agressive. Mais cette agressivité peut être un atout pour les Américains face au prétendu califat et ceci explique sans doute largement cela.
C’est tout cela qui s’est joué à Lausanne. Une négociation des plus complexes, comme en témoigne le marathon des diplomates, le plus long de l’histoire depuis les négociations qui ont conduit à la signature du traité de Versailles.

C’est un succès pour Barack Obama et un tournant stratégique pour les États-Unis qui opèrent un renversement d’alliance au détriment possible de l’Arabie Saoudite. Objectif: organiser avec l’Iran un front commun contre le groupe Etat islamique, ces fanatiques sunnites profondément hostiles à l’Iran chiite. Mais c’est aussi un succès pour le président réformateur Rohani, élu en juin 2013, sur la promesse d’obtenir la levée des sanctions économiques qui handicapent son pays.
C’est, dit-on, le grand dessein de Barack Obama: réconcilier les États-Unis et l’Iran pour espérer apaiser les conflits au Moyen-Orient. «Dans la tête de Barack Obama, il y a le fantasme du grand ”bargain” [grand compromis] d’une alliance avec l’Iran, de la reconstruction d’une architecture régionale et d’un changement de paradigme» au Moyen-Orient, analyse pour l’AFP Joseph Bahout, chercheur français de la fondation Carnegie. Depuis des mois, en effet, Américains et Iraniens ont élargi leurs pourparlers sur le nucléaire à la lutte contre le groupe Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie. John Kerry avait même reconnu en février que Washington et la puissance chiite avaient un «intérêt commun» à combattre l’organisation ultra-radicale sunnite. Et même si les États-Unis nient toute «coordination militaire» avec l’Iran contre l’EI, ils ont été, de facto, alliés dans la bataille de Tikrit, dans le nord de l’Irak.
En Afghanistan aussi, l’Iran et les États-Unis ont des raisons de collaborer, soudés par leur volonté d’empêcher le retour au pouvoir des Taliban. Cela, bien sûr, va encore aggraver la crise entres les USA et Israël.
Quelques heures après l’annonce d’un accord d’étape sur le nucléaire iranien, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a vivement réagi auprès du président américain Barack Obama. «Un accord sur ces bases menacerait la survie d’Israël», a affirmé le chef du gouvernement israélien, estimant que l’accord d’étape «ne bloquerait pas la voie de l’Iran vers la bombe, mais l’ouvrirait», selon les propos rapportés par son porte-parole, Mark Regev, sur son compte Twitter.
L’Iran a accepté de réduire de deux tiers le nombre de ses centrifugeuses, les machines servant à transformer l’uranium qui, enrichi à 90%, sert à la fabrication d’une bombe. Téhéran maintiendra ainsi 6.104 centrifugeuses en activité (contre 19.000 actuellement). Sur ces 6.104, seules 5.060 auront le droit de produire de l’uranium enrichi pendant dix ans. Il s’agira de centrifugeuses de première génération. Téhéran va par ailleurs réduire son stock d’uranium faiblement enrichi (LEU) de 10.000 kg à 300 kg enrichi à 3,67% pendant quinze ans et a accepté de ne pas enrichir d’uranium à plus de 3,67% pendant au moins la même période. Le matériel excédentaire sera entreposé sous surveillance de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et ne pourra servir qu’à des remplacements. Sur la très délicate question de la levée des sanctions, l’accord prévoit que les mesures unilatérales américaines et européennes seront suspendues dès que le respect de ses engagements par l’Iran aura été certifié par l’AIEA. Elles seront rétablies si l’accord n’est pas appliqué.
Tout accord final devra enfin être endossé par le Conseil de sécurité de l’ONU qui a lui-même voté plusieurs trains de sanctions contre le pays depuis 2006.
Les autorités américaines ont toutefois souligné que les détails de leur mise en œuvre sont encore à négocier et que «rien n’est accepté tant que tout n’est pas accepté».
La colombe de Lausanne est certes en plein vol, mais n’a pas encore atteint la fin d’un voyage qui reste périlleux.

Patrice Zehr

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