Les vœux du Maroc, aux portes du ciel

Selon une jolie expression populaire, lorsque quelqu’un au Maroc exprime un vœu et qu’il le voit se réaliser quasi-instantanément, la joie lui fait dire: «tiens, quand j’ai fait ce vœu, les portes du ciel étaient ouvertes» (Bibane essma kanet maftouha).

Aujourd’hui, alors que le temps emporte 2012 et installe 2013, nous avons des vœux par paquets qui attendent que s’ouvrent les portes du ciel.

Il y a des vœux que l’on fait pour soi et des vœux que l’on fait pour tous. Ceux qui reviennent invariablement, chaque année, à la même époque et ceux qui s’y ajoutent en fonction de la conjoncture. Il y a des vœux pour préserver (à peine) nos acquis et ceux pour faire basculer notre vie vers ce que nous espérons être meilleur… Bref, des vœux de toute sorte et de toutes dimensions, exprimant notre large éventail de frustrations et d’aspirations.

Pour 2013, alors que la planète entière fait des vœux pour une meilleure croissance mondiale et, donc, une meilleure croissance dans chaque pays, le FMI (Fonds Monétaire international) a d’ores et déjà fait savoir que ces vœux ne seront pas réalisés. Une meilleure croissance, c’est plus de création de richesse, plus d’emplois, plus de pouvoir d’achat pour les citoyens que nous sommes… Or, selon le FMI qui compare ses toutes dernières prévisions à celles d’avril passé, «les projections de croissance pour 2013 ont été révisées de 1,8% à 1,5% pour les pays avancés et de 5,8% à 5,6% pour les pays émergents et pays en développement». Révisées donc à la baisse… Pour le Maroc, le FMI prévoit une croissance de 5,5% en 2013. Ce qui serait pas mal… Si ce n’est que chez nous, les prévisions sont moins optimistes. Le gouvernement table sur un taux de croissance de 4,5% dans le cadre de la loi de Finances 2013. Le Haut-commissariat au plan, lui, annonce une croissance de 4,3 % seulement, pour la même année. Quant à Bank Al-Maghrib (la banque centrale du pays), elle estime que la croissance économique pour l’année 2013 au Maroc devrait se situer entre 4% et 5%. Certes, c’est bien mieux que dans certains pays de la zone euro où l’on prie juste pour que la croissance ne soit pas négative. Mais, selon les experts, si le Maroc veut avoir un niveau de vie équivalent à celui qu’a la Turquie, aujourd’hui, il lui faudrait réaliser un taux de croissance de 8% pendant une bonne vingtaine d’années !

Nos vœux pour une meilleure croissance au Maroc peuvent donc se bousculer aux portes du ciel…

De même que nos vœux pour que les Marocains sachent toujours préserver le bien le plus précieux de leur pays: sa stabilité. De nos jours, nous le savons, il suffit d’une période, même très courte, d’instabilité et c’est toute l’économie qui s’effondre sans espoir de se redresser, compte tenu de la conjoncture mondiale… En tout cas, pas avant longtemps et pas forcément dans de meilleures conditions. Nous voyons bien cela dans les pays qui ont le triste privilège d’occuper actuellement les devants de la scène, du fait de leur instabilité. Comme l’Egypte, ce pays qui a su faire rire et pleurer toutes les chaumières des pays arabes, pendant des décennies, grâce à ses films et feuilletons télévisés et que ces mêmes chaumières observent aujourd’hui avec désarroi. Ce pays où, après révolution du printemps arabe, morts et effusion de sang, on en arrive -deux ans après- à une constitution qui remet le pays à feu et à sang… Où on en arrive à ce que la démocratie pour laquelle tant de sang a coulé impose une confiscation de la démocratie ! Faut-il s’étonner qu’en désespoir de cause, ceux qui résistent -au Caire- usent de moyens insolites ? Comme ces femmes se coupant les cheveux, place Attahrir, pour protester contre la constitution rétrograde ; ou même cette bloggeuse égyptienne Alia Magda Elmahdy qui, pour attirer l’attention sur cette même constitution contestée, a manifesté entièrement nue devant l’ambassade de son pays à Stockholm.

Pour autant, l’instabilité en Egypte, hélas, n’est pas près de prendre fin…

Au Maroc, ceux qui prient pour la stabilité du pays –et dont on se moque parfois, les traitant de ringards- estiment qu’il y a des moyens plus intelligents pour aller vers plus d’Etat de droit, de bonne gouvernance et de justice sociale. Leur vœu est que nous puissions toujours, gouvernants et gouvernés, choisir ces moyens-là.

Pour le Maroc, la liste des vœux est longue, mais il y en a encore un, parmi les trois prioritaires. En plus de la croissance et de la stabilité, il y a l’intégrité territoriale. Dieu fasse que 2013 apaise les esprits autour du dossier du Sahara, pour que l’on trouve enfin cette solution «juste, durable et mutuellement acceptable» que recommandent inlassablement les résolutions de l’ONU.

Bonne et heureuse année 2013 !

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