dimanche 23 avril 2017

Entretien avec Fréderic El Bar, conseiller consulaire à Casablanca et candidat indépendant aux élections législatives françaises

«Français vivant au Maroc et Franco-marocains sont les oubliés de la République! »

Conseiller consulaire des français de Casablanca, depuis 2014, Fréderic Elbar, 50 ans, se présente aux élections législatives de la 9ème circonscription (16 pays du Maghreb et de l’Afrique de l’ouest). Il y a encore deux ans, Elbar était Républicain, mais pour ces législatives 2017, cet avocat d’affaires est un candidat «sans étiquette».    Entretien.

Vous vous présentez aux élections législatives de la neuvième circonscription en candidat indépendant. Comment évaluez-vous déjà l’action des députés actuels ?

Tout simplement nulle. Le député actuel du parti socialiste a été élu dans cette circonscription qui couvre l’Afrique du nord et de l’Ouest. Il a été très présent dans les médias français et à l’assemblée nationale. Mais il n’a jamais eu un seul mot ni aucune initiative à l’assemblée nationale pour les Français de l’étranger. Il n’a rien fait pour notre communauté, notamment au Maroc où résident quelque 80.000 français, dont 55% sont des Franco-marocains.

Quelles sont vos propositions pour améliorer le quotidien des Français de l’étranger au Maroc ?

Je pense qu’avant tout, il ne faut pas aller chercher des promesses, comme le font souvent tous les candidats qui promettent la lune, généralement, en disant que le miel et le lait vont couler dans les rues. Ce n’est pas vrai. Pour un député qui va représenter les Français de l’étranger, il y a tellement de choses à faire. C’est tellement énorme. Sachant qu’il a relativement peu de poids en tant que député des Français de l’étranger. Surtout que pour les 11 circonscriptions qui existent au niveau mondial, il n’y a que 11 députés à l’assemblée nationale. Le poids d’un député des Français de l’étranger est donc extrêmement faible. J’ai une vision un peu différente de la chose. Je crois que le combat à mener est ici, dans les pays de la circonscription plutôt qu’à l’Assemblée nationale. Un député résidant, par exemple, au Maroc a forcément porte ouverte vis-à-vis non seulement des responsables institutionnels que sont les consuls, l’ambassadeur et les chefs d’établissement, mais également tous les Français notamment tout les dirigeants des sociétés françaises. Il a naturellement accès aux politiques et ministres des pays de la circonscription, dont notamment ceux du Maroc. Ce qui permet en fait d’essayer de trouver des solutions. Mon idée c’est donc plus d’agir sur le terrain. Bien sûr qu’il faut aller demander et voter des lois en France. Mais on a plus de capacité à le faire, si sur le terrain on a des gens qui peuvent former un groupe de lobbying.

Selon vous, quelles sont les sujets prioritaires pour les Français du Maroc ?

Je pense qu’il y a tellement de priorités. Mais si vous ne vivez pas ici, parmi nos communautés, vous ne pouvez pas comprendre leurs problèmes naturellement. Ils ont d’abord besoin de quelqu’un qui soit à leur écoute et qui comprenne leurs problématiques. Leurs besoins, il y en a beaucoup. Mais la grande priorité reste l’enseignement. Non seulement en termes de coût mais également en termes de qualité. C’est quelque chose qu’il faut absolument  repenser. Les frais de scolarité sont de plus en plus chers. On paye de plus en plus cher mais la qualité est moindre. Il y a de moins en moins de professeurs titulaires et on ne se donne pas les moyens de la formation pour les «contrats locaux». C’est là l’une des principales préoccupations pour les Français du Maroc. Mes propositions vont aussi porter sur la question de la protection sociale et de la fiscalité. Dois-je le souligner, généralement, tout Français essaie d’avoir un petit appartement en France pour en faire un pied à terre pour les enfants quand ils vont faire des études là-bas. Ce français de l’étranger met parfois en location son appartement et ça lui coûte beaucoup plus cher que si c’était un Français de France. En effet, il paie  près de 35,5 % sur les revenus de la location. Et si jamais il veut le vendre, c’est considéré comme une résidence secondaire et donc il va être soumis à l’impôt. Ce qui est une vraie problématique pour les Français de l’étranger au Maroc. Un autre sujet préoccupant concerne cette fois-ci les binationaux. Il faut savoir que les Franco marocains sont considérés comme des Marocains vis-à-vis de l’Office des changes. Et à ce titre là, ils n’ont pas le droit de détenir un bien immobilier en France.

Quelles sont les autres difficultés ?

On est obligé de distinguer les Franco-français des Franco-marocains. Car il y a des cas particuliers pour les uns et pour les autres. Les Franco-français, par exemple, ont une grande difficulté. Souvent, ils sont soumis ici à un permis de travail qu’on appelle CTE (Contrat de travail d’étranger) et ce contrat est uniquement à durée déterminée (CDD). Quand ce contrat arrive à échéance, ces Français ne perçoivent aucune indemnité. La Cour de cassation refuse de reconnaitre le CTE comme un CDI, alors même qu’il y a des accords réciproques entre le Maroc et la France. Lesquels accords permettent à des Marocains d’obtenir un permis de travail en France et une carte sur la base d’un CDI. Chose que l’on refuse à un Français ici. C’est, d’ailleurs, un sujet qui est très bien connu, aussi bien des avocats marocains que des français. Un autre point qui est aussi très important, c’est tout ce qui est couple mixte. Ainsi, quand un Français, qui s’est marié avec une Marocaine, vient au Maroc, il est obligé de se remarier via un «Adoul». Ce couple tombe ainsi sous le code de la famille marocain. Sachant que le fait de passer sous le code de la famille marocain et d’être soumis au droit musulman fait que les ayant droits du monsieur et ses héritiers chrétiens ne pourront plus hériter de lui. C’est donc là une difficulté qui est très spécifique à notre environnement. Maintenant pour les Franco-marocains, je dois dire qu’ils sont vraiment les oubliés de la République. Ils sont très peu considérés. On les considère avant tout comme des ressortissants du pays dont ils sont originaires et pas tellement comme des Français. Bien sûr ils ont des droits, mais Ils ne sont pas perçus vraiment comme tels. C’est pourquoi, un certain nombre d’entre eux sont de moins en moins francophiles. Certes, ils sont toujours francophones, mais ils ont de moins en moins la fibre française. Pour arriver effectivement à être mieux considérés par la France, cela suppose déjà que dans nos consulats, l’accueil se fasse un peu différemment, avec un peu plus de respect et de courtoisie. Ce n’est pas toujours facile pour les agents consulaires. Parce qu’il y a beaucoup de monde qui vient les solliciter.

Propos recueillis par Naïma Cherii

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