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Gouvernement «M’ra hachakom»

Ô rage, ô désespoir, ô sous-développement ennemi ! Ce cri de détresse (paraphrase de Corneille) nous est arraché par deux faits d’inégale importance, mais qui relèvent du même état d’esprit: l’abattage d’un arbre et l’annonce de la composition du gouvernement.

Le petit fonctionnaire de la petite ville d’Essaouira qui a donné l’ordre d’abattre l’arbre bicentenaire, le mois dernier, était certainement à mille lieues d’imaginer que la destruction de cet arbre soulèverait un tollé national et que la levée de boucliers serait telle qu’il finirait par se retrouver devant les tribunaux pour répondre de son acte (l’Association Marocaine de Protection des Animaux et des Végétaux -derrière laquelle se range l’Association Essaouira Mogador- s’étant en effet constituée partie civile déposant plainte auprès du tribunal de première instance).

 

Ce petit fonctionnaire –dont pourtant la petite ville d’Essaouira a été inscrite par l’UNESCO au patrimoine universel- n’a pas pris conscience des progrès de la civilisation. Il n’a pas vu le monde évoluer. Il ignore que, depuis longtemps déjà, le monde a réalisé que les espèces animales et végétales font partie intégrante du patrimoine national et doivent donc, à ce titre, être impérativement défendues par les citoyens –que dire des élus et fonctionnaires de l’Etat ? C’est une des conséquences des progrès de la civilisation et du partage des valeurs universelles.

De même que les progrès de la civilisation et le partage des valeurs universelles imposent que, pour toute décision publique, l’on tienne compte de l’approche genre. En clair, que l’on tienne compte du rôle de la femme ! C’est fondamental dans la définition d’une démocratie !

La place qu’un Etat reconnaît à la femme est un des principaux critères mondialement retenus pour faire la différence entre un Etat féodal et un Etat de droit.

Le nouveau gouvernement Benkirane est-il conscient de cela ? Il n’en donne nullement l’impression !

Non seulement ce gouvernement nous a asséné une douche froide en se présentant devant nous avec une «seule et unique» femme sur les 31 membres de la nouvelle équipe ministérielle (chef de gouvernement compris). Ce qui représente un effarant recul par rapport au gouvernement précédent qui, au départ, en comptait 7. Mais en plus, la légèreté des commentaires qu’il en fait finit de nous terrasser ! Si on s’en tient à ce qu’on a entendu: «Même Bassima hakkaoui (la seule femme du gouvernement) n’a pas été retenue pour sa qualité de femme!» (déclaration de Choubani à Medi1 sat). Et puis, il ne faudrait pas qu’on en fasse toute une histoire… Il n’y a qu’une femme au gouvernement, on l’a constaté, c’est bon, on espère qu’un jour on fera mieux et on passe à autre chose… (c’est en substance ce qu’a déclaré le chef du gouvernement au sortir du 1er conseil de gouvernement). Ceci, pour ce qui concerne le PJD, chef de file de la majorité qui a donc au moins laissé passer une femme.

Quant aux autres partis de l’alliance gouvernementale qui, à eux trois, n’ont pas pu imposer une seule ministre, soit ils ne disent rien –ce qui est déjà éloquent en soi- soit ils marmonnent de confus regrets en appelant, assez hypocritement, à une rectification des choses.

Avec ce gouvernement dirigé par les islamistes –qui se devait pourtant de rassurer sur son comportement avec les femmes, lui qui se savait précédé de procès d’intention à ce sujet- on a le sentiment d’avoir fait un grand bond en arrière. Les plus pessimistes disaient que les islamistes nous ramèneraient vite au temps où l’on disait «M’ra hachakom» (une femme, sauf votre respect), parlant de la femme comme d’une chose honteuse. Nous autres optimistes, nous avons bien voulu croire en la valeur intrinsèque de ceux d’entre eux que nous connaissons ; nous avons bien voulu oublier la marche qu’ils avaient organisée à Casablanca contre l’intégration de la femme pour contrer celle que nous organisions à Rabat ; nous avons bien voulu passer l’éponge sur les résistances face au projet de réforme de la Moudouwana (projet que seul le Roi a sauvé) ; nous avons bien voulu penser que les mentalités évoluent, que les temps changent et que «nos islamistes» ne sont pas des «Barbe bleue» prêts à nous pendre par les pieds, mais de simples citoyens croyants qui… croient aussi aux valeurs universelles… Or, devant cette légèreté face à la sous-représentation de la femme dans l’exécutif, un voyant s’allume ! Il nous faudra faire très attention à ce qu’en matière de droits de la femme, le Maroc ne prenne pas le chemin inverse de celui suivi jusque-là et pour lequel il était internationalement félicité.

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