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Egypte La révolution islamisée récupérée par l’armée

La résistance des islamistes révèle la fracture de la société égyptienne. Cette fracture rend peu lisible l’avenir du pays qui risque des affrontements au-delà des grandes villes et de la capitale.

egypte juillet 2013

L’Egypte enthousiasme et inquiète. Israël redoute une déstabilisation du Sinaï. La Turquie condamne un coup militaire qui prend le pouvoir aux islamistes, on comprend facilement pourquoi. Al-Assad se réjouit de l’échec des islamistes politiques et cela aussi se comprend facilement.
Il y a bien eu un putsch en Egypte. L’armée, écartée du pouvoir après la chute de Moubarak auquel elle était assimilée, est à nouveau maître officiel du pays. Ce coup d’Etat a été justifié par un rejet du peuple égyptien des «Frères musulmans» incapables, depuis un an, de gouverner le pays. Justification indiscutable, mais qui n’écarte pas l’opportunité d’un prétexte saisi au vol.

Il est indiscutable également que les foules du Caire qui ont renversé Moubarak n’étaient pas des foules islamistes, mais plutôt une classe moyenne et jeune frustrée, indignée par le népotisme et la corruption, en quête de dignité et de modernisme assimilée souvent à la démocratie.

Ce mouvement urbain ne représentait pas cependant l’ensemble des Egyptiens; il était très minoritaire. Les élections ont prouvé que les électeurs, notamment des campagnes, voulaient confier le nouveau pouvoir aux ennemis historiques déclarés de l’ancien régime autoritaire, les Frères musulmans. Un vote islamiste incontestable, favorable également à la branche encore plus radicale des salafistes.
L’électorat islamiste est cependant divers. Il y a ceux qui veulent instaurer de fait un régime où tout est soumis au religieux et pour qui seul leur interprétation de la religion compte. Et il y a ceux qui considéraient que les islamistes proches des pauvres allaient améliorer les conditions de vie du pays. Ce sont eux qui ont gonflé de leur immense frustration les foules de la «deuxième révolution de la place Tahrir» bien plus nombreuses et diverses que les premières.
En effet, si les islamistes sont très efficaces dans l’opposition et l’assistance aux plus défavorisés, ils semblent incapables de gouverner un Etat moderne. La situation égyptienne apporte donc une preuve de la faillite de l’islamisme politique. Un islamisme en recul dans le monde arabo-musulman, en Tunisie, en Turquie et même en Iran et qui, en Lybie, en Syrie ou en Afghanistan, est un islamisme d’insurrection et non de construction. L’horizon politique de l’islamisme se réduit donc sans pour autant pouvoir être limité au seul terrorisme.
Les Frères musulmans en Egypte restent une force et les partisans du président Morsi n’ont pas capitulé. Ce qui est paradoxal, c’est qu’ils se réclament d’une démocratie, qui n’est certes pas dans leur culture, pour dénoncer un vrai coup de force.
Le coup de force étant avéré, voilà qui embarrasse de nombreux pays se réclamant du respect de la démocratie et ayant traité Morsi comme le président légitime de l’Egypte, ce qu’il était. Le premier président élu démocratiquement du pays et sa garde rapprochée sont détenus par les militaires. En outre, des sources de sécurité ont affirmé à l’AFP que l’adjoint du Guide suprême, Rached Bayoumi, avait été arrêté, tandis que le journal gouvernemental Al-Ahram faisait état de 300 mandats d’arrêt lancés contre des membres du mouvement islamiste.
Les motivations de l’armée restent confuses et ses objectifs à confirmer. Ce qui est sûr, c’est que des militaires ont chassé du pouvoir un régime démocratiquement élu, serait-il islamiste. Certains redoutent une situation à l’algérienne.
Il est indiscutable également que le rejet des islamistes est une réalité et que cet obscurantisme politique se heurte à la partie de la population la plus avancée, les femmes en tête. C’est la limitation des libertés privées qui est à l’origine du malaise turc. En Tunisie, les femmes résistent et, partout dans le monde arabe, elles montrent qu’une évolution dans le respect des traditions est indispensable à la cohésion d’une société musulmane dans le monde d’aujourd’hui.
Le printemps égyptien était un trompe l’œil, l’été s’annonce torride. Difficile de savoir comment les choses vont évoluer. Mais l’Egypte est redevenue le centre du monde arabe surveillé par tous les acteurs de l’affrontement mondial actuel, sunnite, chiite et bien sûr par Israël et ses alliés américains. Les islamistes sont renversés, mais n’ont pas dit leur dernier mot.
Il y a une leçon évidente à tirer pour les sociétés musulmanes, au-delà de cette situation très particulière: les paraboles ne peuvent ignorer les minarets, mais les minarets ne peuvent plus ignorer les paraboles.

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