mercredi 23 août 2017

Evènements d’Al Hoceïma : Qui face à qui ?

Il est heureux que la société civile remette le curseur sur le dialogue dans les évènements d’Al Hoceïma et que ses représentants se rendent sur place pour mener concrètement leurs consultations avec les différents acteurs et éventuels intervenants.

Mis à part le fait que chaque soir, après la rupture du jeûne, les manifestations dites pacifiques se poursuivent en l’absence des principaux meneurs du Mouvement -déférés devant la Justice- il n’y a plus de visibilité sur la suite des évènements ; et encore moins sur les perspectives d’une sortie de crise…

Car, si au début, les choses étaient claires avec, d’un côté, le Mouvement de contestation baptisé «Hirak» dont Zafzafi a pris la tête ; et de l’autre, les autorités locales et représentants du gouvernement (ministres dépêchés sur les lieux)… Par la suite, il est devenu moins facile de savoir avec précision qui est face à qui et, donc, qui peut dialoguer avec qui ?

Le «Hirak», né spontanément, n’a ni existence légale, ni structures. Il n’avait qu’un chef auto-proclamé (aucune élection, ni assemblée constitutive, n’a été organisée pour lui attribuer ce titre) qui mobilisait à coups de discours improvisés et revendications orales. Depuis que son chef est devant la Justice, le Mouvement n’a plus de représentant pouvant faire office d’interlocuteur. Sans compter que le «Hirak», initialement Mouvement de simples citoyens d’Al Hoceïma ayant des revendications socio-économiques, a connu chemin faisant, quelques immixtions et intrusions qui ont ajouté à la confusion…

En face, de la même manière, c’était le flou ! Un flou déconcertant, nourri par l’atonie du gouvernement et des partis politiques représentés au Parlement. Alors que la situation était alarmante, le Parlement ne s’est penché sur les évènements que plusieurs jours après les échauffourées du vendredi 26 mai… Enfin ! Quant au gouvernement, s’il s’est exprimé à deux ou trois reprises (Conseil du Gouvernement, réunion élargie aux élus de la région d’Al Hoceïma, Grand Oral du chef de Gouvernement devant les Chambres du Parlement…), sa voix reste quasi-inaudible. La discrétion de Saad Eddine El Othmani, qui peut être une qualité dans d’autres circonstances, dans ce cas-là, au contraire, dessert l’image du Gouvernement. Les citoyens n’ont eu de cesse de se demander pourquoi le Gouvernement semble paralysé ? Pourquoi n’y a-t-il aucune communication concertée, forte et régulière de l’exécutif, en direction tant des manifestants que des citoyens en général ? Pourquoi, parallèlement aux forces de l’ordre qui accomplissent les tâches qui sont les leurs en matière de sécurité, les politiques n’entreprennent-ils, de leur côté, rien de notable, donnant l’impression de s’être tous mis en stand-by ?

Pas d’interlocuteurs côté manifestants, pas d’interlocuteurs en face…

Il était grand temps que la société civile entre en scène. Malgré tous les excès, le dialogue, interrompu par les dérives qui ont conduit aux arrestations, devait bien être rétabli. Et s’il n’y a plus de confiance entre les manifestants et les décideurs politiques, il n’est de meilleur médiateur et/ou courroie de transmission que la société civile… Il ne sera pas facile de rétablir cette confiance, mais il faudra s’y atteler fermement, de part et d’autre.

En ce qui concerne les manifestants, le groupe représentant la société civile qui s’est déplacé à Al Hoceïma, a déjà confirmé qu’ils rejettent catégoriquement les soupçons de séparatisme portés sur eux. Ceux qui ont tenté d’instrumentaliser leur colère dans ce sens en sont donc pour leurs frais. Il leur faudra, à présent, mettre fin aux manifs pour se concentrer sur le dialogue et le suivi des solutions proposées, afin de permettre à leur ville de se redresser pour accueillir MRE, touristes et investisseurs (que les manifestations feront fuir, ce qui ne fera qu’accroître la pauvreté et aggraver la situation).

Quant au Gouvernement, ses propres composantes reconnaissent que les revendications de justice sociale, de développement  des infrastructures et de moralisation de la gouvernance, sont légitimes. Qui, du reste, soutiendrait le contraire ? Il lui faut donc impérativement prendre conscience de l’urgence de répondre à ces revendications… Et pas seulement à Al Hoceïma.   

La stabilité du pays en dépend.

Bahia Amrani

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