mardi 17 octobre 2017

Daech: quelles réponses ?

S’il est vrai que l’Etat islamique, alias Daech, proclamé par Aboubakr Al-Baghdadi, a mis le monde sens dessus-dessous, choquant par ses exécutions sommaires (de groupes de citoyens) et décapitations spectaculaires (balancées sur le web), il est tout aussi vrai que jusqu’à présent, aucune décision prise ou action entreprise n’est en mesure d’apporter une solution rapide et définitive à ce problème. Loin s’en faut ! La communauté internationale semble prise de court et quoique décidant de mettre sur pied une coalition permettant de joindre les forces de plusieurs pays pour combattre ce Califat autoproclamé qui menace le monde, elle semble empêtrée dans un écheveau de considérations inextricable.
De plus, les Etats, pris chacun séparément, semblent également tatillonner.

Il est vrai que rien n’est simple dans cette partie du monde où est né Daech… Mais ce n’est pas en rangs dispersés que ceux qui promettent de l’anéantir y arriveront. Ce n’est pas non plus avec de petits calculs individuels qu’on établit une bonne stratégie.
Tant que les multiples contradictions de cette affaire ne seront pas résolues, le Califat d’Al-Baghdadi aura de beaux jours devant lui.
Et ce n’est pas le nom qu’on lui donnera qui y changera quelque chose. Cette «illumination» qui a frappé la classe politique française, cette semaine, a dû faire plier de rire les hommes d’Al-Baghdadi. L’idée a été lancée par Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères. Il a estimé qu’il ne fallait plus parler d’«Etat islamique», mais seulement de «Daech», parce que le Califat des jihadistes ne méritait pas le nom d’Etat. Du coup, toute la classe politique française a remplacé, dans son vocabulaire, l’Etat islamique par Daech… Y compris le Président de la République, François Hollande qui n’a plus parlé que de Daech, dans tous ses discours de ces derniers jours. Le seul hic, c’est que Daech veut dire Etat islamique… Mais en arabe ! Daech, ce sont les initiales de Daoula islamya fil Irak wa Cham. Traduction: Etat islamique en Irak et au Levant (le Levant signifiant la Syrie). Cocasse !
Les Etats Unis, eux, ont eu la réponse qui a le plus de chances de porter un coup sérieux à Daech: le bombardement de ses hommes en Irak, facilitant l’avancée des Kurdes de ce pays (Peshmerga). Cependant, non seulement ce n’est pas suffisant –d’où l’annonce par le Président Obama de son intention de bombarder les hommes de Daech en Syrie également- mais en plus, les hésitations et embrouillements américains concernant les troupes au sol parasitent davantage les prérequis d’une coalition internationale. Craignant la réaction de leur opinion publique, les occidentaux, avec à leur tête les USA, ne veulent pas engager de troupes au sol dans cette guerre contre Daech. Ils veulent en laisser la charge aux pays concernés (Irak et Syrie) et, le cas échéant, aux pays arabes. Or, en Irak les divisions chiites-sunnites compliquent les choses et en Syrie, Obama & co ne comptent que sur l’opposition au régime Al-Assad, une opposition divisée et affaiblie. Quant aux pays arabes, chacun a ses propres calculs. L’Egypte ne veut pas engager de troupes, l’Arabie Saoudite et le Qatar ont chacun sa stratégie dans ses rapports aux jihadistes, etc.
On le voit, la coalition ne va pas de soi…
Quant aux pays de la région du Maghreb, ils ne tatillonnent pas moins.
L’Algérie nie l’existence de Daech sur son sol. Alors qu’on apprenait la création par un Algérien, ex-lieutenant d’Aqmi (Abdelmalek Al Gouri, alias Khaled Abou Souleiman) d’une antenne de Daech baptisée «Les soldats du Califat en terre d’Algérie», des responsables sécuritaires algériens faisaient douter de l’information, avançant qu’il s’agissait d’une opération de services étrangers cherchant à exercer des pressions sur l’Algérie, pour la pousser à adhérer au combat contre les jihadistes, notamment en Libye ! Argumentation impressionnante… Mais ce n’est pas en occultant le mal qu’on en arrive à bout.
Le Maroc, lui, ne nie rien. Les autorités savent que des milliers de Marocains sont engagés dans les rangs de Daech et en constituent même une bonne partie de l’élite dirigeante. Elles savent aussi que de nombreux autres activistes sont tapis aux quatre coins du pays et travaillent dans l’ombre –plusieurs cellules ont été démantelées- ou attendent leur heure. C’est entre autre pour cela que la décision vient d’être prise de renforcer la loi contre le terrorisme. Un projet de loi vient en effet d’être lancé. L’Etat entend punir, très sévèrement, l’acte terroriste, bien sûr, mais aussi l’enrôlement et même l’intention «de commettre un acte de terrorisme à l’intérieur ou à l’extérieur du Royaume, indépendamment de la survenance d’un tel acte». Véritable tour de vis, mais qui n’en constitue pas moins une réponse aléatoire. Les activistes de Daech sont des fanatiques qui croient agir au nom de Dieu. Les peines de prison et amendes ne les arrêteront pas. Ils puisent leur détermination dans leur idéologie. Or, les idéologies, c’est comme les clous, dit l’adage. Plus on tape dessus, plus elles s’enfoncent.
Face à Daech, il faut des réponses qui mettent l’union des forces en avant, certes, mais qui mettent aussi et surtout, l’intelligence au pouvoir.

Bahia Amrani

Accroche

Les activistes de Daech sont des fanatiques qui croient agir au nom de Dieu. Ils puisent leur détermination dans leur idéologie. Or, les idéologies, c’est comme les clous. Plus on tape dessus, plus elles s’enfoncent.

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