mardi 20 août 2019

Conflit israélo-palestinien : Trump, Kushner et qui perd, perd…

Elle était prévue les 25 et 26 juin à Manama, au Bahreïn. Elle a bien eu lieu. La conférence baptisée «Atelier de la paix à la prospérité», initiée par les Etats Unis ; préparée et réalisée par le gendre et conseiller du président américain Donald Trump, Jared Kushner, qui en est l’incontestable chef d’orchestre, est présentée comme le 1er volet du plan américain de relance du processus de paix israélo-palestinien. Un volet exclusivement économique.

Ce volet du «plan» consisterait en des investissements internationaux qui seraient effectués dans les Territoires palestiniens et quelques pays arabes voisins, à hauteur de 50 milliards de dollars étalés sur dix ans.

Ce n’est qu’ensuite (l’automne prochain dit-on) que l’administration américaine révèlerait l’autre volet de son «plan de paix», le volet politique. Un volet dont ce qui a filtré ne rassure pas… Il n’y serait plus question de la solution à deux Etats consacrée par l’initiative de paix arabe de 2002 et défendue par Washington avant l’arrivée de Trump à la maison Blanche.

Or, abandonner la solution des deux Etats, c’est légitimer Israël dans son occupation des territoires palestiniens pris par la force en 1967.

La stratégie de Donald Trump et de son gendre Jared Kushner n’est comprise que par eux-mêmes. Tout le reste de la communauté internationale est consterné par autant de naïveté !

Comment croire qu’une levée de fonds d’une poignée de milliards –si tant est qu’elle réussit, car le jour-même de l’ouverture de la conférence, les observateurs concluaient à «un plan mort-né»- pourrait résoudre un conflit qui plombe toute la région du Proche et Moyen Orient depuis plus de 70 ans ?

Comment penser que les Palestiniens qui comptent leurs morts par centaines, leurs réfugiés par milliers et leurs humiliations et privations par milliards, accepteraient d’abandonner leur combat pour leurs terres –et nous ne parlons là que des terres occupées en 1967, comme le veut la solution des deux Etats- en échange de promesses d’investissements et d’emplois aussi mirobolants soient-ils (création d’un million d’emplois, prévoit le volet économique du plan, grâce aux chantiers qui seraient ouverts et au potentiel touristique) ?

Comment s’attendre à ce que la solution économique puisse passer avant la résolution du problème au niveau politique ? C’est-à-dire, l’acceptation par toutes les parties de la solution à deux Etats qui est la plus juste. Un Etat palestinien internationalement reconnu dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale ;  et l’Etat d’Israël qui solderait les litiges en se retirant du plateau du Golan syrien et des territoires occupés au sud du Liban et obtiendrait une reconnaissance arabe et internationale définitive.

Comment imaginer, surtout, que l’administration Trump, qui a pris le parti d’Israël comme jamais aucune administration américaine ne l’avait fait auparavant (en dépit d’un soutien américain à Israël indéniable et jamais démenti)… Et ce, en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël (décembre 2017) et en reconnaissant la souveraineté d’Israël sur le Golan syrien (mars 2019)… Comment cette même administration pourrait ensuite se présenter devant la partie lésée –les Palestiniens- pour lui faire croire qu’elle peut aussi défendre son «droit à la prospérité et à la dignité», comme l’a proclamé Jared Kushner, en ouverture de la conférence de Manama ? The same Jared Kushner qui déclarait à Al-Jazeera, la veille-même de la conférence (sic !) qu’un accord de paix «ne peut être basé sur la proposition arabe, mais se situera entre cette dernière et celle d’Israël» ?!

Les monarchies arabes du Golf ne peuvent pas résister à la volonté des Etats Unis. Quand Donald Trump lance au visage du Prince saoudien Mohamed Ben Salmane: «sans nous, vous ne tiendriez pas deux semaines !», tout est dit…

L’Europe traîne sa culpabilité dans l’holocauste qu’elle assume collectivement. La confusion entre anti-sionisme et anti-sémitisme brouille toutes les postures à l’égard d’Israël.

L’image du monde arabo-musulman, ternie par les avatars du terrorisme d’Al Qaïda, Daech et consorts accentue la méfiance du reste de la Communauté internationale…

Les Palestiniens eux-mêmes, divisés, accentuent leur fragilité.

Alors, quoi ? Alors, l’administration Trump ne peut peut-être pas imposer son plan de paix aux Palestiniens, parce qu’elle est juge et partie. Mais dans tous les cas de figure, ces derniers sont perdants. Car, en attendant la solution-Godot, Israël grignote chaque jour un peu plus de territoire, à coup de colonies qu’aucune résolution onusienne n’a réussi à stopper.

Bahia Amrani

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