mercredi 18 octobre 2017

Spécial France : Le pays où tout est possible

Nicolas Sarkozy

L’été français, une canicule Sarkozy

Cet été, toute la vie politique française va tourner autour d’une seule question. Nicolas Sarkozy va-t-il décider en septembre d’annoncer son retour en politique? C’est-à-dire reprendre en main l’UMP pour se présenter à la prochaine présidentielle de 2017.

C’est une obsession assez paradoxale. Tout le monde est persuadé à 150% que Sarkozy va revenir, mais une grande majorité de Français ne souhaite pas son retour, à l’exception des sympathisants de l’UMP. Il est faux de dire donc qu’il y a une attente de Sarkozy. En revanche, il y a un manque de perspectives et d’alternatives crédibles incarnées par de fortes personnalités. La nature a horreur du vide et Sarkozy le sait.
Les dernières élections ont montré la profondeur du mal français. Il y a eu un désaveu cinglant aux municipales, puis aux européennes des partis qualifiés de «partis de gouvernement». Cela a été profitable au FN, dont l’ascension obsède presque autant le monde médiatico-politique français que le retour de Sarkozy.

La France est de plus en plus présentée par la presse européenne comme «l’homme malade de l’Europe».
La France, c’est vrai, ne va pas bien. Le sentiment d’un irréversible déclin semble s’être durablement installé. C’est largement dû à l’immense déception du peuple de gauche qui a remis aux affaires les socialistes. Ces derniers et le président Hollande en tout premier ont été incapables d’opérer le changement attendu et annoncé pour maintenant. La popularité du président au plus bas en est bien sûr l’illustration la plus évidente.
Les Français ont le sentiment que la gauche ne peut rien faire et la droite non plus. Le pouvoir a donc beaucoup misé sur la Coupe du Monde de football instrumentalisé à l’excès pour donner l’image d’une France qui gagne et remonter le moral des troupes. Le soufflet est retombé malgré un beau parcours avec l élimination en quart de finale par l’Allemagne, toujours et encore.
Dans une démocratie apaisée, la droite d’opposition devrait profiter de l’échec de la gauche, alors que la gauche de gouvernement vire à droite; la droite d’opposition est engluée dans ses divisions, ses rivalités et ses affaires.
L UMP est endettée jusqu’aux yeux et ses dirigeants sont très fortement discrédités; Copé bien sûr, mais également les autres, à l’exception notable d’Alain Juppé dont on annonce l’éternel retour. Mais si Juppé se déclare, on lui rappellera ses condamnations et son exil politique canadien.
Tous les ennuis judicaires de l UMP mènent cependant à Sarkozy. L’ancien président est sous la menace d’instructions judicaires aussi nombreuses que diverses. Il accuse donc la justice d’être dominée par un syndicat politisé, le syndicat de la magistrature et instrumentalisé par la gauche.
En gros, des juges font le boulot à la place des politiques pour empêcher Sarkozy de revenir. La gauche hurle au nom du respect de l’indépendance de la justice et parle de berlusconisation de la droite française. L’opinion est partagée. La confiance dans les juges est limitée, mais l’argumentaire de Sarkozy est jugé peu crédible.
C’est une autre manifestation du mal français: la séparation des pouvoirs, clé de la démocratie, mise à mal. Et là, il faudrait également parler du rôle des médias. Les Français n’ont pas une grande confiance dans la presse qu’ils jugent également politisée et peu objective. Il est vrai que dans une grande diversité de médias audiovisuels (cela ne concerne pas la presse écrite), tout le monde dit la même chose au même moment, ce qui est évidement très suspect.
Sarkozy dénonce donc une société de connivence où juges et journalistes proches de certains politiques, ce qui est vrai, font tout pour le démolir. Ce qui reste à démontrer.
Certains jugent cherchent et, quand ils trouvent la presse, s’emparent immédiatement de l’instruction sans respecter son secret ni même la présomption d’innocence. C’est une dérive commune à toutes les démocraties. Mais en France, un pays qui va mal, ces suspicions permanentes où plus personne ne serait intègre ni à la hauteur sont devenues politiquement très dangereuses.
Le retour de Sarkozy dans ce contexte, pour certains, risque de faire craquer les dernières digues et d’entraîner le pays pendant des mois dans un psychodrame présidentiel qui pourrait fragiliser encore plus une économie plus que vacillante. Car le mal français est devenu une souffrance française avec l’appauvrissement et le chômage.
De vraies bombes à retardement dans une population qui a du mal à rêver durablement de football ou d’homme providentiel…

Valls: l’homme qui affirme parler vrai

100 jours après son arrivée à Matignon, Valls n’a pas convaincu, mais il laboure son champ d’action. Nommé le 31 mars par François Hollande pour «faire du Valls», selon l’expression présidentielle, le chef de gouvernement applique la consigne à la lettre depuis trois mois. Ses mots d’ordre sans cesse répétés sont clairs: «Etre toujours en mouvement» et «agir vite».
Parfois assimilé au président du Conseil, Matteo Renzi, Manuel Valls a dit accepter la comparaison. Le Premier ministre a vanté son réformisme et défendu «la gauche qui marche, celle qui replace la France sur le chemin du progrès, celle qui entraîne la société et la met en mouvement». Il a aussi déploré les «blocages», ajoutant: «La France est entravée, coincée, tétanisée». «Si j’ai dit, il y a quelques semaines, que la gauche pouvait mourir, ce n’était pas pour faire un constat résigné. Je ne suis pas homme à renoncer. Mais je crois que toute action doit partir d’un constat lucide», a lancé le Premier ministre. Pour «remettre la France en marche», Valls en a appelé au «mouvement», «une succession de déséquilibres temporaire», mais une succession qui crée «l’équilibre du mouvement». Sans nier les secousses qu’il peut créer, il a réaffirmé qu’il était partisan d’«un réformisme assumé». «Sans ces réformes, c’est l’enlisement qui nous guette. L’enlisement et donc le déclin», a-t-il prévenu.

Juppé: cible des sarkozystes

C’est le seul véritable poids lourd à droite pour contrer Sarkozy. Sa popularité est très haute et son image est redevenue bonne. Pour Sarkozy, c’est donc l’homme à abattre pour déblayer le terrain. «Qu’il se présente, il me rajeunit», affirme Nicolas Sarkozy en privé, selon Les Echos, à propos de son aîné de 10 ans. Et d’ajouter: «Moi, je n’ai jamais été condamné! Et au fait, c’est quoi le bilan réformateur d’Alain Juppé? Il est nul». Allusion à la condamnation d’Alain Juppé en 2004 dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Le député UMP, Henri Guaino, s’en est violemment pris également à Alain Juppé. «Pour donner des leçons de morale, il faut être exemplaire», a-t-il déclaré à l’adresse de l’ancien Premier ministre. «Je commence à être fatigué des leçons de M. Juppé», a-t-il également indiqué. «Je croyais que les épreuves de la vie avaient enfin débarrassé Alain Juppé de cette épouvantable arrogance, cet insupportable mépris dont il accable depuis toujours ceux qui sont en désaccord avec lui. Force est de constater que non».
La guerre Sarkozy-Juppé a commencé.

Le FMI ne croit pas en une relance française rapide

Les prévisions économiques du Fonds monétaire international (FMI) pour la France ont été revues à la baisse. Le FMI estime la croissance française cette année à 0,7%, contre 1% lors de sa précédente prévision en avril. Le chômage ne devrait pas non plus baisser d’ici 2016, selon l’institution internationale. Le FMI a aussi prévenu qu’il n’attendait pas de décrue «notable» du chômage avant 2016. Le taux devrait, selon lui, être stable à 10,3% cette année, puis 10,2% en 2015, 10% en 2016, 9,7% en 2017, 9,4% en 2018 et 9,3% en 2019.
L’institution basée à Washington diverge aussi du gouvernement pour ses prévisions de déficit public: elle l’estime à 4% du Produit intérieur brut cette année, là où Paris attend 3,8%. Le FMI prévoit un déficit à 3,4% l’an prochain, 2,7% en 2016, 2,1% en 2017, 1,2% en 2018 et 0,3%, quasiment l’équilibre, en 2019. Le FMI évite d’accabler le pouvoir français, mais signale qu’il surveillera de près la mise en œuvre des réformes annoncées. Il salue «un ensemble cohérent de réformes basé sur une compréhension correcte des problèmes», une stratégie «ambitieuse» et juge que le rythme et les moyens de consolidation budgétaire choisis sont les bons.
Le FMI déconseille donc à la France de pratiquer encore plus d’austérité.

Hollande croit toujours convaincre et remonter

Est-ce la Coupe du Monde de football et les bons résultats de l’équipe de France? Sont-ce les commémorations du débarquement en Normandie du 8 juin? Est-ce la popularité de Manuel Valls, son Premier ministre, ou le sentiment qu’après deux ans d’atermoiements, il est enfin décidé à réformer le pays? Toujours est-il que deux instituts de sondage enregistrent un léger mieux pour François Hollande. Dans le tableau de bord politique Ifop pour Paris Match, l’approbation de l’action présidentielle reste très minoritaire, mais elle passe de 18% en juin (un record) à 23% en juillet (+ 5), tandis que ceux qui la désapprouvent baissent d’autant (de 81 à 76 %). C’est surtout comme défenseur des «intérêts de la France à l’étranger» que le chef de l’État gagne du terrain. Sa cote progresse de 2 points. 18% des personnes interrogées affirment avoir confiance en François Hollande pour «résoudre les problèmes qui se posent en France actuellement». À la même question, Manuel Valls obtient 44% de réponses positives, lui aussi en hausse de 2 points.
Pour le président, ce n’est qu’un début.

Patrice Zehr

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