lundi 20 novembre 2017

Le Maréchal Sissi à Paris : L’Egypte plus que jamais incontournable

La visite à Paris du président égyptien aura confirmé deux points importants. L’Egypte est un acteur incontournable de la région et du monde. Le président français  a effectué un retour au pragmatisme, au détriment de l’idéologie moralisatrice.

La France est perçue depuis des années comme un pays insupportable,  en raison de sa prétention à donner des leçons de démocratie et de morale au monde entier. Elle le fait sans tenir compte de ce que l’on peut lui  légitimement reprocher, par ailleurs, au niveau de son propre comportement, notamment à l’international. Certes, la France va continuer de porter des valeurs de liberté qui sont universelles. Mais  elle va le faire en prenant en compte les spécificités des pays avec lesquels elle dialogue. On l’a vu avec la visite à Paris de Trump et Poutine et encore plus avec celle du maréchal Sissi.

Pourtant, les médias français, dans leur approche idéologique de l’information, ont été très critiques et ont voulu influencer cette visite en la plaçant sous le signe de la moralisation et de la condamnation du non-respect des droits de l’homme. Il est évident que l’Egypte ne respecte pas ces droits, comme on pourrait l’espérer. Mais le président français a tenu compte de la situation intérieure du pays, confronté au terrorisme islamiste et son rôle dans la recherche de solutions aux conflits régionaux.

Tout cela a été pris en compte et c’est révélateur de la fracture française. Décidément, à l’international, Macron n’est pas Hollande. Et en plus, il y a les contrats commerciaux et les ventes de matériel militaire. En effet, la France est le deuxième fournisseur d’armes de l’Egypte. En mars 2014, l’entreprise française Amesys a vendu du matériel de surveillance à Sissi. C’est d’ailleurs elle qui fait l’objet d’une information judiciaire depuis 2011, pour avoir fourni un logiciel de renseignement similaire au régime libyen.

A l’occasion de la visite de Sissi à Paris, ce mardi (24 octobre), les ONG égyptiennes et françaises n’ont pas tardé à réagir pour dénoncer la «tolérance» de la France à l’égard de l’Egypte, qu’elles qualifient de «tombeau des droits humains».

Dans une interview accordée  à la chaîne France-24, M. Sissi a affirmé qu’«il n’y a pas de détenus politiques en Egypte», assurant que tous les détenus sont interrogés et déférés devant les tribunaux, selon les procédures judiciaires normales. Il a également confirmé qu’une «coordination existait» avec la France, pour favoriser une solution politique en Libye, pays vers lequel les djihadistes vaincus en Syrie et en Irak «vont bouger», selon lui, de même que vers l’Egypte, le Sinaï et l’Afrique de l’Ouest.

«L’Egypte souhaite atteindre l’équilibre nécessaire entre les droits et les devoirs des citoyens, d’une part et les défis sécuritaires de la lutte contre le terrorisme, d’autre part», a encore déclaré le président égyptien dans une interview au quotidien Le Figaro, reconnaissant que «c’est une équation parfois difficile, lorsque votre responsabilité est de sécuriser cent millions de citoyens».

A propos de l’islam, M. Sissi entend «corriger les interprétations erronées des préceptes religieux érigés en prétextes idéologiques pour justifier la violence et le terrorisme».

Pour la France, l’Egypte est «l’élément central de la stabilité régionale» et Paris travaille avec, «dans un esprit de confiance et d’efficacité», selon un responsable gouvernemental qui se défend de mettre la question des droits de l’homme sous le boisseau.

C’est dans ce contexte que le pays s’apprête à entrer en campagne présidentielle. La liste des candidats officiels sera révélée en février 2018, mais tout a été fait pour que ce soit joué d’avance. Avocats, anciens membres du régime de Moubarak, parlementaires… Une liste non officielle de huit candidats présumés circule dans les médias locaux. Mais le président Sissi, élu à 96,2% en 2014, devrait obtenir un score semblable l’été prochain.

La campagne présidentielle devrait débuter le 8 février. Si plusieurs noms de candidats présumés sont déjà évoqués dans les médias locaux, celui de Khaled Ali revient très souvent. «C’est le candidat le plus sérieux à gauche, probablement plus que le leader de gauche nassérienne, Hamdeen Sabbahi. Il a été décrédibilisé, après avoir attendu 2016 pour commencer à critiquer Sissi», explique Clément Steuer, chercheur en sociologie politique et spécialiste du monde arabe. Et les islamistes? «Il pourrait y avoir un candidat salafiste, ou alors un islamiste modéré», estime l’expert. Aux antipodes de l’avis de Mohamed Ahmed, spécialiste de l’Egypte à Amnesty International. Pour celui-ci, une candidature de la part des islamistes est inenvisageable: «Ils n’ont plus de parti politique depuis la dissolution des Frères musulmans en 2013 et ont subi une répression massive depuis deux ans. Il est hors de question qu’ils participent».

Le Maréchal Sissi semble plus maître du jeu intérieur et international égyptien que jamais.

Patrice Zehr

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