dimanche 22 avril 2018
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Sahel : La guerre n’est pas finie

L’effondrement du prétendu Califat en Irak et en Syrie ne marque certes pas la fin d’une guerre mondiale à plusieurs fronts contre les terroristes radicaux. Un front capital pour l’Europe et l’Afrique du Nord est celui du Sahel.

Certes, l’intervention française au Mali a été une victoire, évitant le pire des scénarios. Mais cette victoire provisoire et limitée reste menacée. C’est pourquoi des dirigeants européens et africains se sont retrouvés à la Celle Saint-Cloud, pour accélérer la mise en œuvre de la force régionale du G5 Sahel face aux djihadistes qui gagnent, en fait, du terrain  depuis plusieurs mois dans cette zone.

L’essentiel était de trouver un financement à la hauteur du défi.

La coalition militaire de ces pays (Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad et Mauritanie) a enfin reçu les moyens de ses ambitions, but affiché du mini-sommet réuni  par Emmanuel Macron. Le lancement effectif de cette force, baptisée FC-5GS par les militaires, achoppait encore sur le manque de fonds. Le budget, estimé à quelque 250 millions d’euros, n’était pas complet. Le président français a confirmé un apport de 100 millions de dollars de l’Arabie saoudite et de 30 millions des Emirats Arabes Unis qui permettent de boucler les besoins. Les pays concernés et la «Coalition Sahel», composée notamment de l’UE et des Etats-Unis, apporteront le reste, Bruxelles poussant probablement son aide de 50 à 80 millions d’euros.

La future force, qui dispose déjà d’un quartier général à Sévaré, dans le centre du Mali et de deux PC à Niamey et en Mauritanie, précise Le Figaro, devrait être opérationnelle dans quelques mois. L’objectif est de remporter des «victoires au premier semestre 2018, a insisté Emmanuel Macron. Il nous faut gagner la guerre contre le terrorisme dans la zone sahélo-saharienne. Or, elle bat son plein. Il y a des attaques chaque jour, il y a des Etats qui sont aujourd’hui menacés (…). Nous devons intensifier l’effort». Présente à la réunion, la chancelière allemande, Angela Merkel, a indiqué que «les pays du G5 Sahel» étaient «prêts à mener le combat». «Nous ne pouvons pas attendre».

La gravité de la situation semble avoir été parfaitement comprise par Rome. Selon le président du Conseil italien, Paolo Gentiloni, l’Italie pourrait retirer une partie de ses forces engagées en Irak dans la lutte contre l’Etat islamique, pour les transférer au Sahel.

«Nous avons engagé 1.000 militaires en Irak, il est possible qu’une partie de ces forces ne soit plus indispensable dans un futur proche», a estimé Paolo Gentiloni. «Nous nous engagerons sérieusement après l’approbation au Parlement, pour la formation de forces pouvant contribuer à la stabilité et à la lutte contre le terrorisme au Sahel», a-t-il ajouté. «Nous partirons d’opérations bilatérales avec le Niger», pays qui contribue à la force du G5 Sahel et qui joue un rôle clef dans le contrôle des flux migratoires.

Voici ce qu’en dit le quotidien italien La Repubblica: «L’Italie accueillera une mission militaire au cœur de l’Afrique. Un contingent de 470 soldats, avec 130 véhicules, arrivera l’an prochain. Il formera non seulement les forces locales, mais aussi «contribuera à la surveillance et au contrôle du territoire nigérien». Un engagement direct, donc, pour garder la route des migrants se dirigeant vers le littoral méditerranéen.»

Mais le contrôle d’une route des migrants est autre chose que la guerre contre des terroristes; il y a danger de confusion des missions.

Comme le souligne le centre de réflexions, International Crisis group (ICG), bien des questions se posent encore. La première est la place que tiendra cette force de 5.000 hommes, dans un paysage où 4.500 soldats de l’armée française, environ 10. 000 Casques bleus et les militaires locaux sont déjà déployés. Le G5 devrait, selon plusieurs sources, concentrer ses efforts sur le centre du Mali, où une rébellion à dominante peule, dirigée par Amadoune Koufa, gagne du terrain depuis près de deux ans. Ce combat ne pourra cependant être gagné sans qu’une ligne politique ne soit clairement définie.

Selon une source autorisée, «le nombre d’ennemis a diminué depuis 2013», date du début de l’opération française. Aujourd’hui, les effectifs de ceux-ci sont estimés à «quelques centaines, moins d’un millier», sans doute «entre 500 et 800». Ils mènent des «actions ponctuelles, par surprise, d’une ampleur plus ou moins limitée, même si leur nombre a augmenté ces dernières semaines». Cet «ennemi fugace» peut «s’appuyer ponctuellement sur la population» locale. Cette source française reconnaît que le fait d’«identifier et localiser ces groupes relève d’une certaine prouesse, sur un territoire aussi vaste que l’Europe. Leur localisation et leur identification sont très difficiles». Comme «on ne peut pas tenir le terrain», il faut «multiplier la présence» afin de «retirer la liberté d’action à ces groupes».

Selon un document d’origine malienne, entre le 28 septembre 2013 et le 24 novembre 2017, les «incidents armés» au Mali ont entraîné la mort de 2.064 personnes, dont 672 depuis le début de cette année -le chiffre le plus important enregistré depuis la fin de Serval-.

La guerre du Sahel n’est pas finie, elle revient même en tête des préoccupations de la lutte antiterroriste.

Patrice Zehr

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