dimanche 17 décembre 2017

Pétrole : prix, stratégies mondiales et Maroc

Petrole offshore

Ce qui se passe sur le marché du pétrole est vraiment fascinant. La soif mondiale d’or noir s’étanche. Une nouvelle fois, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a revu à la baisse ses prévisions de demande de pétrole. Cette année, la consommation mondiale devrait finalement être inférieure de 200.000 barils par jour (B/j) par rapport aux dernières prévisions. En 2015, la demande projetée est révisée à la baisse de 300.000 b/j.
Les économistes associent ce phénomène à la surproduction de pétrole sur le marché mondial. Cette situation s’explique par une offre supérieure à la demande, elle-même provoquée, d’abord, par l’augmentation des volumes de production de pétrole et, ensuite, par le ralentissement économique mondial. Cela ne signifie pas que la demande de pétrole recule. Elle augmente moins vite que prévu. Elle progressera de 1,1 Mb/j (million de barils par jour) par rapport à 2014, pour s’établir à 93,5 Mb/j, soit une hausse de 1,2%. Ce ralentissement reflète celui de l’économie mondiale. Le Fonds monétaire international (FMI) a abaissé ses prévisions de croissance pour la troisième fois en 2014. Le ralentissement de la demande de pétrole est particulièrement marqué en Europe, en Asie et en Chine.

Le prix du baril de brent, la principale référence du marché mondial, a chuté de 20% depuis juin dernier, malgré la guerre en Irak. Cette baisse devrait stimuler les achats au dernier trimestre de cette année. L’Arabie Saoudite est en train de changer de toute urgence son vecteur de politique pétrolière en commençant à se battre, pour sa part, sur le marché, dans des conditions de prix de plus en plus bas. En effectuant ouvertement le dumping des prix, Riyad a déjà baissé les prix à deux reprises pour les consommateurs asiatiques.

Les Saoudiens ont l’intention de combler ces pertes en augmentant les volumes du pétrole livré dans ces pays. C’est justement cet accord sur l’achat des volumes importants de pétrole qui est la condition préalable à la réduction accordée sur le pétrole saoudien.
En même temps, l’Iran, revenu sur le marché pétrolier mondial après de longues années de sanctions, malgré des coûts financiers exorbitants, a également commencé sa chasse aux clients en baissant les prix de son pétrole de 85 cents pour le baril, jusqu’à 96 dollars. Et même si Téhéran n’est pas intéressé à vendre l’or noir pour un prix inférieur à 100 dollars le baril, il est obligé de faire des compromis sur les prix pour ne pas perdre ses clients.
L’Iran et l’Arabie Saoudite ont été rejoints par l’Irak dans cette tendance.

Partie d’échecs à l’échelle planétaire

En réalité, il ne s’agit pas seulement d’un mouvement de baisse de marché classique, mais véritablement des conséquences d’une partie d’échecs à l’échelle planétaire que jouent les Etats-Unis. D’après les observateurs, les USA viennent d’opérer un renversement d’alliances. Certains politologues voient dans la baisse des prix du pétrole une volonté d’utiliser l’or noir comme une arme dans la lutte politique et économique
Dans la secousse que subissent les marchés, le pétrole est la principale victime. Il y a quelques jours, les cours de pétrole ont même atteint leur plus bas niveau depuis 4 ans, malgré une situation explosive au Moyen-Orient.
Et ce marché est passionnant à suivre. Il est le reflet à la fois de la situation économique mondiale, mais également de la situation géopolitique. Pour certains analystes, c’est même un indicateur avancé pour les marchés boursiers. Le pétrole a commencé à chuter violemment avant la baisse des marchés boursiers.
En théorie, le ralentissement économique mondial et l’explosion du pétrole de schiste aux Etats-Unis qui leur donne leur indépendance énergétique sont les facteurs de la baisse des prix des produits pétroliers. Mais si on s’y intéresse de plus près, on s’aperçoit que le pétrole est redevenu une arme politique aux mains des Etats-Unis et de l’Arabie Saoudite. Ces deux pays, qui étaient en froid depuis quelques années du fait du rapprochement des Etats-Unis avec l’Iran, se sont récemment rapprochés à nouveau, par nécessité. Et, officiellement ou pas, ils ont décidé de peser sur les cours du pétrole. L’Arabie Saoudite a provoqué un tollé pendant la réunion de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) parce qu’elle a refusé de réduire sa production, le seul moyen de faire remonter le cours du pétrole. Selon certaines suppositions, les actions de l’Arabie Saoudite sont destinées à contrer la révolution de schiste américaine qui agace beaucoup les monarques pétroliers du Moyen-Orient. Les gisements de pétrole de schiste américains sont rentables si le prix du pétrole n’est pas inférieur à 80-85 dollars. Selon une autre version, Washington aurait convaincu les Saoudiens d’augmenter la production pour faire baisser les prix du pétrole et punir ainsi la Russie à la suite de l’adhésion de la Crimée et la crise au sud-est de l’Ukraine. Mais dans ce cas de figure, les Etats-Unis nuiraient à leur propre économie, ce qui prouve que cette version n’est pas vraisemblable.

A chaque pays sa croix

Deux pays dépendent économiquement du pétrole: L’Iran et la Russie. En effet, les recettes d’exportation des produits pétroliers comptent pour environ 60% des recettes publiques de l’Iran et plus de la moitié de la Russie. Résultat, ces deux pays souffrent économiquement en dessous d’un certain seuil: selon les experts, 140 dollars pour l’Iran et 100 dollars pour la Russie. Il faut dire que, depuis le début de l’année 2014, les prix du pétrole étaient déjà en dessous du seuil de rentabilité de l’Iran, du Venezuela, du Nigeria et de l’Irak. Mais maintenant, alors que les prix descendent en dessous de 90 dollars le baril, ils tombent en dessous du seuil de rentabilité de la Libye, de la Russie et de l’Arabie Saoudite. À l’heure actuelle, l’économie russe pourrait avoir de sérieux ennuis, l’Iran étant en pleine mutation et l’Arabie Saoudite semble beaucoup plus optimiste quant à la situation. Le seuil de rentabilité de l’Arabie Saoudite est d’environ 93 $ le baril. En théorie, l’Arabie Saoudite peut contrer cette baisse en essayant de réduire sa propre production de pétrole afin de soutenir les prix mondiaux. Mais pour le moment, les Saoudiens ont signalé qu’ils sont préparés à cette baisse même si le baril atteint 80 $ seulement.
La situation de la Russie devient inquiétante. Le pays souffrait déjà d’une croissance faible (seulement 0,4% prévue en 2014) en raison de la crise ukrainienne en cours (l’économie de l’Ukraine est étroitement liée à la Russie) et en partie en raison des sanctions occidentales. Maintenant, la chute des prix mondiaux du pétrole met encore plus de pression sur l’économie russe. Les recettes pétrolières représentent environ 45% du budget de la Russie et les plans des dépenses du gouvernement pour l’année 2015 avaient supposé que les prix resteraient dans une moyenne de 100 dollars le baril. Si le pétrole continue de couler en dessous, le pays devra soit puiser dans ses réserves de change, soit réduire les dépenses prévues.
S’agissant de l’Iran, son économie a récemment commencé à rebondir après des années de récession, en partie à cause de sanctions occidentales lourdes. Le Fonds monétaire international prévoit que le pays est sur la bonne voie pour croître de 1,5% cette année et de 2,3% l’année prochaine. Mais c’était avant que les prix du pétrole ne commencent à chuter en juin dernier. Le problème pour l’Iran, c’est qu’il a besoin que le prix du pétrole reste supérieur à 100 dollars le baril pour équilibrer son budget, d’autant plus que les sanctions occidentales ont rendu l’export du pétrole brut plus compliqué. Et si les prix du pétrole continuent de chuter, le gouvernement iranien devra peut-être, pour compenser les revenus, supprimer les subventions pour ses citoyens.
En laissant les cours du pétrole chuter, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite mettent ces deux pays en difficulté et leur mettant la pression pour retirer leur soutien au régime syrien. Et les Etats-Unis en profitent également pour forcer la Russie à se calmer en Ukraine. C’est une partie d’échecs fascinante qui se déroule sous nos yeux avec un renversement surprenant d’alliances et des implications dans le monde entier. La lutte sur le marché pétrolier, qu’elle soit économique ou politique, promet donc d’être acharnée. Les pays vont continuer à se battre pour chaque «pour cent» et pour chaque client.

Et le Maroc dans tout ça?

La chute du prix du baril de pétrole aura un impact positif sur la balance commerciale marocaine, dont l’aggravation du déficit ces dernières années est imputable avant tout à la facture des produits énergétiques (56% en 2012). L’impact positif sera d’autant plus important si l’on prend en compte la baisse des recettes des exportations des phosphates et dérivés qui est compensée par les exportations des métiers internationaux du Maroc comme la construction automobile, le tourisme et les transferts des RME qui demeurent stables. Cette baisse aura un impact positif également sur le budget de l’Etat. La subvention du prix du gasoil se retrouvera réduite à zéro. Le Trésor pourrait même enregistrer des gains au niveau des TICs et de la TVA si l’importation reprend. L’ONEE, pour sa part, verra ses coûts baisser, alors que la décision de Benkirane de majorer la facture de l’électricité, prise en période de baisse du prix du baril de pétrole et du gaz naturel, ne sera pas revue. Les régies et les sociétés de distribution des carburants verront, elles aussi, leurs marges s’élargir.

Anas Hassy

Comment est calculé le prix des produits pétroliers au Maroc?


Le calcul du prix des produits pétroliers sur le marché national est basé sur les prix des produits raffinés pratiqués sur le marché international de Rotterdam, sur le taux de change du dollar de Bank Al-Maghrib (BAM) et sur le réajustement des prix nationaux aux prix internationaux. C’est ce que vient de confirmer le ministre délégué chargé des Affaires générales et de la gouvernance, Mohamed Louafa, lors d’une rencontre avec la presse à Rabat portant sur les nouveaux prix des produits pétroliers et le contrat-programme liant l’Etat et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE). Le ministre a également expliqué que la baisse des prix du pétrole sur les marchés internationaux est accompagnée souvent d’une hausse du taux de change du dollar, ce qui réduit l’impact sur les prix du marché national, notamment à court terme. Le calcul de ces prix se fait selon deux méthodes, une indexation globale concernant les prix du Super et de tous types de Fuel et une indexation partielle qui concerne la façon de fixer les prix du Gasoil. En vertu du système de fixation des prix, les changements résultant du calcul du prix de vente de Gasoil ne sont appliqués que lorsque leur impact dépasse 2,5%. C’est pour cela que le prix du Gasoil ne connaîtra aucune augmentation le 16 octobre. Dans ce contexte, la détermination des prix des produits pétroliers se fait actuellement en application d’une philosophie de libéralisation des prix. D’ailleurs, une commission dirigée par le chef de gouvernement se charge d’étudier les effets d’une telle mesure. Le système d’indexation, purement marocain, appliqué en ce moment est devenu un modèle exemplaire présenté dans plusieurs forums.


L’économie algérienne en danger


Dans sa note de conjoncture sur la situation monétaire et financière du pays au premier trimestre 2014, la Banque d’Algérie avait déjà tiré la sonnette d’alarme, confirmant la vulnérabilité de la balance des paiements extérieurs aux contre-performances des exportations d’hydrocarbures. A cela s’ajoute la baisse des volumes exportés. «La contraction des exportations d’hydrocarbures en valeur (-12%) au cours du trimestre sous revue est due dans une large mesure au fort recul des quantités d’hydrocarbures exportées (-9%) par rapport au premier trimestre de l’année 2013. Elles se sont établies à 15,57 milliards de dollars au premier trimestre 2014, contre 17,66 milliards de dollars au cours du même trimestre de l’année 2013, tout en se situant au-dessus du niveau bas de 14,6 milliards de dollars au titre du second et troisième trimestre 2013», relève le rapport de la Banque d’Algérie. La principale caractéristique du budget algérien est sa forte dépendance vis-à-vis du prix du pétrole sur le marché mondial. Les prélèvements fiscaux sur les hydrocarbures constituent la principale ressource budgétaire et sont étroitement liés aux prix du pétrole: la hausse de ces derniers entraîne automatiquement celle des recettes budgétaires et, inversement, leur baisse se traduit par la réduction de ces mêmes recettes. Pour la première fois en près de quinze ans, le solde des transactions courantes devrait devenir déficitaire. Le recul de la production d’hydrocarbures, la forte consommation intérieure et la baisse des cours du pétrole pèsent sur les exportations, tandis que les importations continuent d’augmenter. Le déficit budgétaire devrait se creuser à plus de 6% en raison de la diminution des recettes des hydrocarbures, d’une nette augmentation des dépenses en capital et du maintien d’un niveau élevé de dépenses courantes. Le solde du Fonds de régulation des recettes demeure considérable, mais il devrait accuser un repli pour la deuxième année consécutive. En d’autres termes, le modèle économique algérien, appuyé sur des recettes provenant à 97% des hydrocarbures, n’est plus soutenable. Si la chute du prix s’étale dans le temps, à très moyen terme, le budget va être confronté à certaines difficultés, parmi lesquelles figure la non-viabilité du système de redistribution.
L’Algérie consacre près de 12% du produit intérieur brut aux salaires du secteur public, selon le rapport annuel sur le partenariat euro-méditerranéen de 2013. Ils représentent plus du tiers des dépenses gouvernementales. Parallèlement, une grande part des recettes issues du pétrole est destinée aux subventions.

 

Le rouble KO face au dollar et à l’euro


Le rouble bat des records de faiblesse face au dollar et à l’euro. En effet, l’euro, qui volait déjà de record en record face à la monnaie russe ces dernières semaines, a dépassé pour la première fois le seuil des 52 roubles. Idem pour le dollar qui est monté de 41 roubles à 41,04 roubles, en raison notamment de la poursuite de la chute des cours du pétrole. Le baril de brent est à nouveau à 84 dollars, dans le sillage des déclarations de pays producteurs du Moyen-Orient. S’ajoutent à la dégringolade du cours du brut les conséquences des sanctions économiques prises par l’Europe et les États-Unis à l’encontre de la Russie, mais aussi la dégradation des perspectives de reprise de l’économie mondiale.

 

Découverte de pétrole au Maroc


Lundi dernier, Genel Energy et deux de ses partenaires ont annoncé avoir découvert du pétrole au large du Maroc. La compagnie d’exploration pétrolière Genel Energy, dont les activités d’exploitation et de production se situent principalement au Kurdistan irakien et ses partenaires ont déclaré avoir découvert du pétrole à 3.000 mètres sous la mer dans un puits baptisé Sidi Moussa 1. Le directeur général de Serica, Tony Craven Walker, tempère en affirmant qu’il ne s’agissait que des toutes premières étapes et que d’autres évaluations étaient nécessaires concernant la présence d’hydrocarbures dans cette zone.
Amina Benkhadra, directrice générale de l’office national des hydrocarbures et des mines, a confirmé l’existence du potentiel. «Il y a des perspectives prometteuses pour l’exploitation pétrolière au Maroc», a reconnu Benkhadra. Toutefois, les opérations d’exploration durent plusieurs années (entre 7 et 15 ans), a-t-elle également tempéré.
A titre de rappel, le Maroc a conclu des conventions avec 30 entreprises spécialisées couvrant différentes régions du royaume, à la recherche de gisements pétroliers. Amina Benkhadra, présidente de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), faisait état de 113 permis de recherche (dont 90 maritimes) et de 4 autorisations de reconnaissance délivrés.

AH

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