lundi 20 novembre 2017

Partis politiques : L’opération coup de poing réactivera-t-elle l’ascenseur partisan ?

Il y aura un avant et un après 24 octobre 2017, en matière de moralisation de la vie politique et de renforcement de la reddition des comptes dans le Royaume. Quid des partis politiques?

Dès l’indépendance du Maroc, plusieurs partis politiques ont été créés. Si les uns ont vu le jour dans le but de faire face à certains courants et pensées qui avaient le vent en poupe à l’époque, d’autres ont été mis en place dans le cadre de la volonté du Royaume d’acter son adhésion au multipartisme et à la démocratie participative, contrairement à d’autres pays arabes marqués par la prédominance du parti unique. Cependant, les bonnes intentions du début ont été rapidement entachées par des pratiques anti-démocratiques qui ont fait que les formations politiques, dans leur grande majorité, sont devenues une véritable chasse gardée d’une certaine caste politique qui, pour assurer sa pérennité à la tête des formations politiques, a barré la route aux jeunes compétences, croyant que ces derniers constituaient pour eux une menace sérieuse. 

Le Maroc face à des partis inertes

En mettant à l’écart les nouvelles compétences, ces leaders politiques, que certains analystes qualifient de «dinosaures», ont contribué à l’inertie des partis marocains. Nombre d’observateurs politiques au Royaume expliquent que, pendant longtemps, le souci premier de la majeure partie des responsables et leaders partisans est directement lié à l’accès au pouvoir. Les mêmes sources ajoutent que cette quête de pouvoir est plus présente lors des campagnes électorales ou pendant l’élaboration des listes des ministrables. Interrogé à ce sujet, le politologue Miloud Belqadi a été catégorique pour dire que la ruée des leaders partisans vers les postes ministériels et/ou parlementaires a eu des effets négatifs sur les citoyens. «Les Marocains se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes, en l’absence d’encadrement de la part des partis politiques qui s’éclipsent tout de suite après les élections», a-t-il fait savoir au Reporter. Selon lui, les formations politiques ne remplissent pas leur rôle d’encadrement de la population et d’écoute des revendications sociales et économiques des citoyens. Cet avis est partagé par un grand nombre de professeurs en sciences politiques. Belqadi appelle à une véritable moralisation de la vie politique et partisane dans le Royaume. Il s’interroge sur la valeur ajoutée de certains parlementaires, membres dirigeants de certains partis politiques, au Parlement depuis plusieurs décennies. Selon Belqadi, ceux-là doivent céder la place aux nouvelles générations qui ne parviennent plus à gravir les échelons partisans. Car les partis politiques marocains sont inefficaces et ne parviennent plus à jouer leur rôle, celui d’encadrer la population.

Se dégager de ses responsabilités? Plus maintenant !

L’inefficacité des formations politiques, du moins d’un grand nombre d’entre-elles, a occupé une grande place dans le dernier Discours du Trône. En effet, le 29 juillet 2017, SM le Roi Mohammed VI a clairement fustigé les partis politiques en leur reprochant de ne pas avoir joué leur rôle, surtout durant les événements d’Al Hoceima. Le Souverain a rappelé, dans ce Discours critique à l’égard des formations politiques et des administrations publiques, que les responsables au sein des partis, ou en dehors de la sphère partisane, doivent avoir la carrure de leurs postes de responsabilité, au lieu de se cacher derrière le Palais royal, afin de justifier leur incompétence ou pour se dégager de toute responsabilité dans la gestion des affaires publiques. Dans son Discours, SM le Roi a carrément exigé des responsables incompétents de se retirer de la vie politique et de donner l’occasion aux Marocains qui sont à même de relever les défis auxquels le Royaume fait face. Malheureusement, un grand nombre de responsables politiques, issus du champ partisan, n’avaient pas assimilé la teneur du message royal. Il fallait donc le leur rappeler. Ainsi, à l’occasion de l’ouverture des travaux de la session parlementaire d’automne 2017, SM le Roi Mohammed VI a appelé à une révision du modèle de développement adopté jusque-là dans le Royaume. Le Souverain a, à cette occasion, mis l’accent sur le rôle qui incombe aux élus et autres responsables politiques dans l’élaboration d’un modèle de développement apte à répondre aux attentes des citoyens, notamment les jeunes. SM le Roi a estimé que, pour atteindre cet objectif, il faut agir, «quitte à s’écarter des méthodes conventionnelles appliquées jusqu’ici, ou même à provoquer un véritable séisme politique».

Le séisme politique annoncé par le Souverain n’a été qu’une question de jours. En effet, mardi 24 octobre 2017, au Palais royal de Rabat, SM le Roi Mohammed VI a reçu le premier président de la Cour des Comptes, Driss Jettou. Ce dernier a présenté devant le Souverain les conclusions du rapport sur le programme «Al Hoceima Manarat Al Moutawassit», explicitant les raisons du retard observé dans la réalisation de ce méga chantier de développement de la région. Suite aux résultats du rapport, le Souverain a décidé le limogeage de 4 responsables ministériels et du DG de l’ONEE. Les décisions de SM le Roi, comme indiqué dans le communiqué du Cabinet royal datant du 24 octobre, traduisent la volonté royale de donner un nouveau sens au principe de reddition des comptes tel que stipulé dans la Constitution et de le renforcer.

Cette nouvelle étape en matière de gouvernance doit, selon des spécialistes politiques, interpeller les partis qui doivent adopter une nouvelle stratégie dans l’élaboration de leurs listes de ministrables à présenter au Souverain pour approbation lors de la formation du gouvernement ou d’un remaniement ministériel à l’avenir. Interrogé à ce sujet, le politologue Mohamed Zineddine explique que les partis politiques n’auront plus droit à l’erreur. Il a ajouté: «L’ascenseur partisan doit être rapidement réactivité, afin que les compétences les plus aptes à occuper des postes de responsabilité ministériels ou en tant qu’élus de la nation soient mises en avant».

Certes, il y aura un avant et un après-rapport de la Cour des Comptes sur le projet «Al Hoceima Manarat Al Moutawassit». Désormais, aspirer à occuper un poste ministériel ou de haute responsabilité devra faire l’objet d’une préalable réflexion mûre et responsable. 

Mohcine Lourhzal

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