lundi 21 août 2017

Où va l’économie du Maroc ?

Maroc bad rapport croissance 2015

Le FMI optimiste. La BAD met en garde. Le gouvernement est sur le fil du rasoir…

L’économie marocaine a connu des hauts et des bas. Aujourd’hui, le Maroc figure parmi les mieux placés sur le plan économique, avec un niveau de vie deux fois plus élevé que la moyenne africaine. Largement tourné vers l’Europe, tant pour sa proximité géographique que par son histoire, le Royaume entretient avec elle, en particulier avec la France, l’Espagne et l’Italie, des relations économiques privilégiées.
Toutefois, durant toute l’histoire du commerce extérieur du Maroc, la balance commerciale a présenté un déficit structurel. Ce déficit s’est aggravé depuis l’année 2003 en raison de divers facteurs structurels et conjoncturels, tant au niveau interne qu’à celui externe. Il s’agit de la flambée des cours mondiaux du pétrole qui a fortement impacté le commerce international, ce qui a énormément pesé sur la situation de la balance commerciale du Royaume. A cela s’ajoute le déficit de la balance énergétique qui a contribué dans une large mesure à l’aggravation du déficit commercial et constitué près de 44% du déficit commercial en 2011.

D’ailleurs, le déficit commercial hors énergie n’est en moyenne que de 54 milliards de dirhams (MMDH) sur la période 1998-2011. Durant l’année 2008, les charges relatives au soutien des produits dits de nécessité (hydrocarbures, butane, sucre et farine) ont atteint 31,5 milliards de dirhams (MMDH). En 2011, le soutien aux produits pétroliers, au sucre et à la farine ont coûté à l’Etat 51,8 MMDH, soit un record! A elle seule, l’enveloppe de compensation représente le montant du déficit budgétaire pour l’année 2011. La subvention des prix des produits de base était nécessaire auparavant et jouait un rôle régulateur également. Mais la charge de compensation devenait insoutenable. Dans ce même contexte, la balance alimentaire a subi les effets de la surchauffe des cours mondiaux impactant les importations, en passant d’une situation excédentaire entre 1998 et 2006 à une situation déficitaire à partir de 2007. Le déficit de la balance commerciale au Maroc s’est aggravé durant la période 2005-2012 pour atteindre 21,1% du Produit intérieur brut (PIB), contre 11,3% durant la période 2000-2004, selon la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) au ministère de l’Economie et des Finances. A fin 2011, la balance commerciale a accusé un déficit record de 185,7 MMDH. Pis encore, Bank Al-Maghrib (BAM) avait annoncé un déficit budgétaire atteignant près de 56 MMDH, représentant 7% du PIB.

Le gouvernement sur le fil du rasoir…

Le système financier marocain n’a pas pâti de la crise financière internationale, mais la sphère réelle a ressentie l’impact de la récession que connaissent les principaux partenaires économiques du Maroc, notamment la France et l’Espagne. Quatre principaux domaines ont été directement impactés par la crise: les échanges commerciaux, l’activité touristique, les transferts des MRE et les flux de capitaux dont les IDE. Mais le gouvernement a repris les choses en main. Face à cette délicate situation, il s’est activé pour réduire ce déficit en prenant de nombreuses mesures, telles que la réforme de la Caisse de compensation. Le gouvernement a réussi à atteindre l’objectif, à la fin de l’année 2014, d’un déficit budgétaire réduit à 4,9%. Mieux encore, le Trésor marocain dégage, pour la première fois depuis plusieurs années, un excédent de 5,2 MMDH dès le premier mois de l’année 2015. Aujourd’hui, les grandes réformes et les grands chantiers entamés par le Maroc ont commencé à porter leurs fruits. L’économie marocaine dispose actuellement d’un cadre macroéconomique sain, susceptible de constituer un levier efficace pour la réalisation des objectifs de croissance durable, de résorption du chômage et de réduction de la pauvreté.

Le FMI optimiste

«En dépit des vents contraires en provenance de l’environnement extérieur, l’action résolue des autorités a contribué à rééquilibrer l’économie marocaine et à réduire la vulnérabilité budgétaire et extérieure», constate Naoyuki Shinohara, directeur général-adjoint du FMI. Le Fonds dirigé par Christine Lagarde porte un regard plutôt positif sur l’économie du Maroc. Preuve en est que l’instance financière vient de valider la ligne de précaution et de liquidité (LPL) du Maroc. Selon l’Institution de Washington, le royaume devrait connaître une croissance de 4,4% en 2015, puis de 5% en 2016. L’institution de Bretton Woods reconnaît que l’émergence de nouvelles industries d’exportation et la baisse du prix du pétrole sur le marché international ont aussi fortement contribué à ce rééquilibrage économique, tout comme les récentes nouveautés sur le plan législatif avec la loi organique du budget adoptée en novembre dernier ou encore la nouvelle loi bancaire qui élargit le rôle de régulation et de surveillance de Bank Al-Maghrib. «Des progrès louables ont été réalisés, mais l’économie est toujours confrontée à des risques importants qui exigent la mise en œuvre soutenue des réformes», selon le FMI.

La BAD met en garde

La Banque Africaine de développement a été mandatée par la Primature et le Millenium Challenge Corporation (MCC) pour se pencher sur le modèle de croissance marocain. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la BAD n’y est pas allée de main morte. L’institution a relevé qu’en dépit d’un taux d’investissement parmi l’un des plus élevés au monde (environ 32% du PIB en 2012), le taux de croissance moyen du Maroc enregistré sur la dernière décennie est inférieur à ce que les modèles économiques permettent d’espérer. La BAD a également pointé du doigt l’absence de transformation structurelle de l’économie marocaine et sa faible industrialisation. A cela s’ajoutent le faible dynamisme du secteur privé, ainsi que le manque de petites et moyennes entreprises (PME). Si le Maroc s’est attaqué avec succès à des défis relevant notamment de la stabilité macro-économique, le royaume est confronté à 5 obstacles majeurs qui handicapent la croissance. Il s’agit de l’insuffisance du capital humain dû au manque d’efficacité du système d’enseignement et de formation professionnelle, de la lenteur du système juridique, des distorsions du système fiscal, du difficile accès au foncier et de la contraignante réglementation du marché du travail. En effet, le Maroc affiche des coûts de licenciements élevés par rapport aux pays d’un niveau de développement comparable. La BAD pointe aussi le non-respect du droit du travail ou encore un nombre relativement élevé de grèves. «Même si les objectifs de protection de l’emploi sont importants, le Code du travail marocain semble avoir un effet négatif sur la création d’emplois», d’après la Banque.

Anas Hassy

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La BAD ne mâche pas ses mots

Donald kaberuka bad 2015

Le rapport présenté, mercredi 25 février 2015 à Rabat, concernant le «Diagnostic de croissance» a révélé plusieurs obstacles à la croissance, avec en tête les tares du système d’enseignement et de formation, la lente transformation structurelle, la faille de l’industrialisation et la lenteur du système juridique.

En prévision du lancement du deuxième programme américain du Millénium challenge corporation (MCC) Compact II 2016-2021, le Maroc a commandité une étude portant sur le «Diagnostic de croissance, analyse des contraintes à une croissance large et inclusive au Maroc».
C’est sans complaisance que le patron de la Banque Africaine de Développement (BAD) a fait part des résultats de cette étude qui est loin de ménager le Royaume. Le gouvernement marocain avait émis le souhait de disposer d’un diagnostic objectif de la croissance économique, mettant l’accent sur les principales contraintes qui empêchent celle-ci d’être forte, durable et inclusive.
Le diagnostic préalable au lancement des travaux de préparation du deuxième programme de coopération avec MCC (Compact II) fait ressortir trois énormes conclusions concernant le modèle économique marocain , nonobstant les progrès significatifs réalisés par le Royaume. L’étude souligne que de nombreux défis restent encore à relever. En effet, précisent les conclusions de l’étude, le Maroc affiche des taux d’investissement considérés comme des plus élevés à l’international (31,7% du PIB en 2012), ce qui n’empêche pas que le taux de croissance reste «inférieur» à celui attendu. Autre paradoxe de taille: ce fort investissement n’empêche pas une lenteur de la transformation structurelle et la faiblesse de l’industrialisation. Finalement, le secteur privé est faiblement dynamique et manque d’entreprises de petite et moyenne tailles, composante du secteur privé qui tend à présenter la plus grande innovation dans d’autres pays.
Evitant de verser dans la complaisance, l’étude épingle, volet capital humain, le système de l’enseignement et de formation, «le maillon faible» dans le développement du capital humain. Malgré les efforts consentis par le gouvernement marocain, cette étude relève que «le taux de scolarisation dans le secondaire et le supérieur reste faible». Par ailleurs, «la durée moyenne de scolarisation est inférieure à la moyenne des pays ayant le même niveau de revenu». De cette situation, relève l’étude, «découle une main-d’œuvre maîtrisant mal les compétences générales et spécifiques, comme le soulignent de nombreux acteurs du secteur privé».
Un autre obstacle de taille a trait aux risques micro-économiques: un système judiciaire lent, une distorsion au niveau du système fiscal, un accès difficile au foncier et une réglementation du marché du travail contraignante.
En plus de ces principaux obstacles, l’analyse fait ressortir l’existence de défaillances du marché en matière d’innovation et de coordination. Elle souligne la nécessité d’améliorer l’accès aux différents services sanitaires et aux infrastructures rares (eau et énergie).
Volet perspectives, les résultats de l’étude ont permis de déterminer les secteurs potentiels dans lesquels l’appui du MCC pourrait être consenti dans le cadre du deuxième compact qui s’étalerait sur la période 2016-2021.

Mohammed Nafaa

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