vendredi 15 décembre 2017

Libye : Le maréchal Haftar, atout de Poutine

La Russie peut-elle devenir un acteur majeur de l’avenir de la Libye, comme elle est devenue un acteur majeur de l’avenir de la Syrie?

Certes, les situations sont différentes. Cependant, il ne faut jamais oublier le rôle de la guerre en Libye dans le durcissement de Moscou vis-à-vis des Occidentaux. Le président Poutine, à juste titre, a constaté que la résolution de l’ONU avait servi de prétexte à l’élimination physique du colonel Kadhafi, que l’on avait été bien au-delà et qu’en votant pour l’intervention humanitaire de protection des populations civiles, la Russie avait été manipulée.

Poutine a juré que l’on ne l’y reprendrait plus. D’où l’utilisation permanente ou presque du droit de veto russe au Conseil de sécurité.

Une implication en Libye permettrait à Moscou d’élargir son influence dans le monde arabe et méditerranéen, où les Russes sont revenus en force en intervenant en Syrie, souligne Ethan Chorin, un ancien diplomate américain en poste à Tripoli, aujourd’hui consultant. Moscou semble avoir choisi son camp dans la lutte qui oppose le gouvernement d’union nationale (GNA) -basé à Tripoli et appuyé par l’ONU, l’Occident et certains pays africains- aux autorités rivales de l’est, dont l’homme fort est le maréchal Haftar.

Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est libyen et bête noire des islamistes, espère un soutien indéfectible de Moscou pour pouvoir étendre son influence sur toute la Libye, estiment maintenant des experts. Il bénéficie du soutien de pays arabes, comme l’Egypte qui possède une longue frontière avec l’est de la Libye et les Emirats Arabes Unis. L’officialisation de l’alliance militaire entre le maréchal libyen Khalifa Haftar et la Russie est une mauvaise nouvelle pour les Occidentaux en mal de stratégie dans ce pays; et pour les adversaires du nouvel homme fort de la Libye, à commencer par les islamistes qui tiennent Tripoli et sa région. Ce rapprochement avec Moscou a été illustré par la visite, le 11 janvier, du maréchal libyen sur le porte-avions russe, Amiral Kouznetsov, croisant au large de la Libye. Il y a été reçu avec les honneurs, avant de s’entretenir par vidéoconférence avec le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou.

Le maréchal libyen, Khalifa Haftar, dans un entretien accordé à des confrères italiens, adresse plusieurs messages aux Libyens et à l’étranger. Dans ce long entretien avec le quotidien italien «Il Corriere della Sera», il soutient qu’il a l’appui du président russe pour obtenir des armes. Le maréchal assure qu’il va poursuivre la guerre qu’il livre aux islamistes depuis 2014 et appelle le gouvernement de Fayez el-Sarraj à le suivre.

«La Russie a une longue histoire en Libye et la politique russe contre les terroristes au Moyen-Orient me plaît», déclare le maréchal. Dans l’entretien, il dit refuser d’aller à Alger pour rencontrer le Premier ministre du gouvernement d’union nationale, Fayez el-Sarraj. Une rencontre qui était prévue ce 6 janvier, réfutant ainsi les efforts algériens pour résoudre le conflit libyen.

Il assure n’avoir rien contre el-Sarraj, mais «contre son entourage», faisant allusion aux islamistes. Pour lui, l’heure est au combat contre les extrémistes. «Le temps de la guerre précède celui de la politique», annonce-t-il. La priorité est de sécuriser le pays. Il précise avoir tué 7.000 djihadistes, toutes organisations confondues. Le maréchal accuse les milices de Misrata d’aider ces extrémistes, surtout la katiba al-Farouk. Ces milices envoient toujours des nouveaux combattants vers Benghazi où Haftar aurait perdu 5.000 de ses hommes.

A une question concernant Saif al-Islam el-Kadhafi, il estime que l’avenir politique de ce dernier est réduit en cendres, ce qui a déplu aux kadhafistes qui sont pour le maréchal. Enfin, dans un message adressé à l’Europe, il estime qu’il est capable d’arrêter les migrants cherchant à joindre l’eldorado rêvé, en contrôlant les frontières sud de la Libye.

«Moscou est clairement en train d’évaluer s’il serait ou pas dans son intérêt de faire pencher la balance politique et militaire en faveur de l’est-libyen», explique Ethan Chorin. Le maréchal libyen cherche à contourner l’embargo sur les armes. «Il n’est pas clair si Moscou acceptera de fournir des armes tant que l’embargo est en vigueur, (mais) il semble que les étoiles commencent à s’aligner en faveur de Haftar», analyse, pour l’AFP, Mattia Toaldo, expert au Conseil européen des relations extérieures. 

L’entrée en fonction du nouveau président américain, Donald Trump, pourrait également consolider l’ancien dignitaire de Kadhafi. Il n’exclut pas que le maréchal Haftar soit soutenu à la fois par la Russie, l’Egypte et les Etats-Unis. «Surtout dans le contexte des déclarations de membres de l’équipe Trump sur les Frères Musulmans -ennemis jurés de Haftar et du président égyptien Abdelfattah Al-Sissi- qu’ils considèrent comme équivalent à Al-Qaïda et au groupe djihadiste Etat islamique», explique Mattia Toaldo.
Plongée dans le chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye n’en constitue pas moins potentiellement un eldorado attractif, grâce à ses immenses ressources pétrolières et gazières. De par sa situation géographique, elle deviendrait pour la Russie un avant-poste sur la Méditerranée.

Patrice Zehr

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