Banques du Maroc, rassurez les Marocains !

Quand une affaire secoue le monde, nul ne peut empêcher les citoyens du monde, où qu’ils soient, y compris dans les contrées les plus reculées, d’en tirer des conclusions pour eux-mêmes. C’est ce que l’on voit avec cette affaire de plan de sauvetage de Chypre. L’opinion publique internationale n’a retenu qu’un seul point: la taxe sur les dépôts bancaires. Chaque citoyen s’est tout à coup dit: «Et si mon propre gouvernement décidait, lui aussi, de prélever une taxe sur les quelques sous que j’ai en banque ? S’il ponctionnait dans mon compte bancaire ? S’il s’attaquait à mon épargne…?».

Le doute et la panique se sont emparés des esprits. Les gouvernements européens se sont empressés de rassurer leur opinion publique, craignant que les citoyens ne se ruent sur leur banque pour retirer les économies qu’ils y gardent. On a ainsi vu le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, expliquer devant les caméras de télévision que Chypre était dans une situation particulière. On a vu les médias -et notamment les télévisions- se saisir de l’affaire pour en débattre, appeler à la rescousse décideurs et experts, éclairer l’opinion européenne…

C’est qu’une ligne rouge venait d’être franchie. Jusque-là, l’épargne du citoyen (ce qu’on appelle les dépôts bancaires) était indiscutablement protégée. Même en cas de faillite d’une banque, les dépôts sont en principe garantis par l’Etat (l’UE entend les garantir à hauteur de 100.000 euros). Il y a des systèmes de garantie de dépôts bancaires dans la plupart des pays et parfois même des fonds de garantie de dépôts bancaires (comme en France). C’est la base-même de la confiance dans le système bancaire: on ne touche pas à l’argent de l’épargnant !

Pourquoi donc le cas de Chypre est-il «à part» ? L’histoire commence avec les banques de cette île qui sont devenues tellement puissantes qu’elles menacent aujourd’hui, non seulement l’économie du pays, mais aussi la zone euro. Considérée comme un petit paradis fiscal (d’autres parlent de blanchisseuse ou lessiveuse), Chypre a accueilli des fonds des quatre coins du monde, sans que ses banques ne se soucient de leur provenance. Un système qui a particulièrement attiré les nouveaux riches russes dont les dépôts transitant par Chypre (à la faveur du système fiscal clément de l’île) représentent entre 33 et 40% de l’ensemble des dépôts bancaires chypriotes. Ces dépôts bancaires chypriotes ont alors atteint un volume six fois supérieur au PIB de Chypre. Mais l’erreur des banques de Nicosie a été d’utiliser ces dépôts dans des opérations financières qui ont entraîné leur perte. Elles ont notamment investi ces sommes dans la dette grecque. Ce qui a été fructueux tant que la dette grecque rapportait sur le marché financier (jusqu’en 2009), mais qui a été catastrophique dès lors que la Grèce a connu les problèmes que l’on sait.

Chypre, ruinée par ses banques, s’est alors tournée vers ses partenaires européens (dont elle doit assurer la présidence tournante en juillet), réclamant 17,5 milliards d’euros, soit l’équivalent de son PIB. Après de longues concertations, la zone euro et le FMI se sont mis d’accord, samedi 16 mars, sur un plan de sauvetage, en vertu duquel le gouvernement chypriote recevrait 10 milliards d’euros, à condition qu’il lève une taxe exceptionnelle sur tous les dépôts bancaires de l’île, ce qui rapporterait près de 6 milliards d’euros. Pour la zone euro, pas question de faire payer ses contribuables pour sauver les dépôts russes. Le hic, c’est qu’il n’y avait pas que les dépôts russes. Le petit épargnant aussi allait être taxé, même si l’UE affirme avoir prévu des paliers qui devaient épargner les maigres économies d’une vie (taxe de 9,9 % pour les dépôts au-dessus de 100.000 euros et de 6,75 % pour ceux de 20.000 à 100.000 euros).

Cette taxe n’aura finalement pas lieu, vu la levée de boucliers qu’elle a suscitée et le rejet du projet par le parlement chypriote, ce 19 mars.

Les problèmes de Chypre ne sont pas réglés. Le pays doit lever près de 2 milliard d’euros pour recapitaliser une de ses principales banques (la Banque populaire), avant le 30 juin et près de 2,5 milliards pour régler ses dettes dont l’échéance arrive en 2013. Mais toute cette affaire a permis de mettre au cœur des débats la quasi-sacralité des dépôts bancaires. Le meilleur moyen de tuer les banques, serait d’y toucher. Le citoyen est très sensible à cette question. On a bien vu, au Maroc, la réaction aux fameux ATD (avis à tiers détenteurs) qui permettaient au fisc de se servir directement dans les dépôts… Aussi, on se serait attendu à ce que Bank Al-Maghrib et/ou le GPBM réagissent à l’affaire de Chypre en rassurant le citoyen sur la protection des dépôts. D’autant qu’en ces temps d’assèchement des liquidités, il serait vraiment malvenu de faire peur aux épargnants chez nous. Or, ce qui se passe ailleurs inquiète ici aussi. Il suffit de prêter une oreille attentive à ce qui se dit ici et là… Même chez «les gens bien»… Surtout chez eux.

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