Inde-Cachemire : Menace sur les musulmans

L’Inde est souvent présentée comme la plus grande démocratie du monde. Or, cet immense pays est en fait gouverné par des suprémacistes hindous. Un intégrisme religieux qui frôle l’islamophobie comme l’actualité  le démontre.

Narendra Modi avait triomphé le 23 mai dernier en vainqueur suprême d’un gigantesque scrutin législatif. Les candidats de son parti nationaliste hindou Bharatiya Janata (BJP) avaient remporté 303 circonscriptions sur un total de  542 députés de la chambre basse du parlement indien. Aucun observateur n’avait envisagé que le premier ministre puisse ainsi surpasser sa victoire historique de 2014. «C’est le triomphe du populisme de la droite nationaliste hindoue en Inde», affirme le politologue Paranjoy Guha Thakurta. En dépit d’un bilan économique décevant, l’autoritaire Narendra Modi fascine l’Inde. À 68 ans, ce grand stratège à la barbe blanche reste seul maître à bord du géant asiatique peuplé de 1,3 milliard d’habitants. Narendra Modi rêve de faire de l’Inde une nation exclusivement hindoue, faisant fi du sécularisme inscrit dans la Constitution depuis l’indépendance, en 1947.

Trois semaines après la révocation de l’autonomie du Cachemire, c’est un nouveau coup terrible asséné aux musulmans indiens. Dans le cadre d’un vaste recensement de la population de l’Assam, un Etat de 33 millions d’habitants dans le nord-est de l’Inde, à la frontière du Bangladesh, la Cour suprême a publié, samedi 31 août, la nouvelle liste des citoyens (National Register of Citizens). Au total, 1,9 million d’habitants, la plupart musulmans, vont être déchus de leur citoyenneté indienne et devenir apatrides. Ils ne figurent pas sur le registre et sont donc désormais considérés comme des étrangers illégaux. Pour les autres, les autorités ont jugé qu’ils n’avaient pas fait la preuve qu’eux, leurs familles, leurs ancêtres, s’étaient installés en Assam avant le 24 mars 1971, minuit. Cette date, fixée comme la limite pour l’acquisition de la nationalité indienne en Assam, correspond à l’indépendance du Bangladesh, qui avait donné lieu à de terribles massacres entre communautés.

Il y a un peu plus d’un mois, le 4 août 2019, le rideau tombait sur le Jammu-et-Cachemire, la partie indienne du Cachemire que se disputent Delhi et Islamabad depuis leur indépendance respective en 1947. L’Inde a retiré le statut spécial de la région en adoptant le projet de loi sur l’annulation de l’article 370 de la Constitution. La région a été ainsi divisée en deux. Des anciens Premiers ministres et responsables de Jammu-et-Cachemire ont été arrêtés.

 Un jour avant la suppression de l’autonomie constitutionnelle dont bénéficiait la région, le gouvernement Modi coupait celle-ci du reste du monde, en interdisant à ses habitants de se rassembler et en coupant tous les réseaux de communication, téléphone, télévision et Internet. Un mois plus tard, raconte l’universitaire Badri Raina sur le site d’information indien The Wire, les autorités se sont «à l’évidence lancées dans une guerre d’usure, en dépit de leur souhait officiel d’un retour progressif à la normalité».

La Commission Permanente Indépendante des Droits de l’Homme a appelé à former une commission d’enquête sous la surveillance de l’ONU, pour étudier les violations des droits de l’Homme dans la région. Le Cachemire, une région de l’Himalaya à majorité musulmane, est détenu par l’Inde et le Pakistan en partie et revendiqué par les deux pays dans son intégralité. Une petite partie du Cachemire est sous le contrôle de la Chine. Depuis leur partition en 1947, les deux pays se sont livré trois guerres -en 1948, 1965 et 1971- deux d’entre elles sur le Cachemire.

Certains groupes du Cachemire à Jammu-et-Cachemire se sont battus contre la domination indienne, pour l’indépendance ou pour l’unification avec le Pakistan voisin. Selon plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme, des milliers de personnes auraient été tuées dans le conflit dans la région depuis 1989.

La politique de l’Inde est donc impérialiste et discriminatoire. L’Inde dans cette dynamique voulait entrer dans le club fermé des pays «lunaires». L’Inde espérait devenir le quatrième pays dans l’histoire capable de poser un appareil sur la Lune. Lancé le 22 juillet d’un pas de tir du sud de l’Inde, l’atterrisseur Vikram de la mission Chandrayaan-2 devait se poser entre 01h30 et 02h30 samedi 7 septembre, heure indienne (20h-21h vendredi, heure GMT) près du pôle sud lunaire, au terme d’un mois et demi de rotations orbitales autour de la Terre puis de la Lune.

L’ISRO avait anticipé un moment délicat en disant s’apprêter à vivre «15 minutes de terreur» durant la tentative d’alunissage de l’atterrisseur Vikram. Et ce quart d’heure a justifié ces craintes.

Un revers pour Modi et sa volonté d’imposer l’Inde- il était invité au G7- comme super puissance incontournable. Mais cela ne l’arrêtera pas et ses ambitions spatiales ne le détourneront pas non plus de sa ligne hindouiste radicale qui devrait inquiéter tout de même ceux qui se disent tant préoccupés par les exclusions en fonction  de la race ou de la religion. L’intégrisme religieux des suprémacistes hindous est rarement mis en avant dans les médias internationaux, contrairement aux pouvoirs islamistes dans le monde musulman.

LR

Voir aussi

Afghanistan : Une présidentielle, mais pour quoi faire ?

16 candidats sont en lice pour la présidentielle afghane. Aucun des candidats n’a fait réellement …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer des services, contenus ou publicités adaptés selon vos centres d'intérêts. En savoir plus.