mercredi 21 novembre 2018

France-Libye : La vengeance du fantôme de Kadhafi

Saddam Hussein a été exécuté. En fait, il a été assassiné. Kadhafi a été assassiné, en fait, il a été exécuté. La fin  barbare des deux autocrates reste le symbole de deux guerres  aux ressorts largement indignes.

Elle signait l’échec des objectifs des démocraties interventionnistes. On voit les résultats de la guerre d’Irak et ceux de la guerre de Libye.

Ces deux conflits n’ont pas fini de poursuivre et, à dire vrai, de hanter ceux qui les ont déclenchés.

Ainsi, le fantôme du colonel Kadhafi a-t-il rattrapé l’ancien président Sarkozy. Ce dernier est mis en examen avec contrôle judicaire, ce qui signifie que la justice estime avoir à son encontre des indices probants et concordants.

Il convient cependant de préciser que le mis en examen, jusqu’à un non-lieu ou un jugement final, reste présumé innocent.

Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir financé sa campagne présidentielle de 2007, grâce à des fonds venus de l’ancien dictateur libyen, Mouammar Kadhafi. Son nom est cité par plusieurs témoins. Le site d’information Mediapart a révélé l’existence d’un carnet qui consignerait précisément trois de ces versements. Ce carnet aurait été tenu par l’ancien ministre du pétrole libyen, Choukri Ghanem, retrouvé noyé à Vienne en avril 2012.

La culpabilité avérée de Nicolas Sarkosy serait terrible pour son image, son camp politique et la réputation de la démocratie française. Tout est parti de révélations du site d’information en ligne «mediapart», connu pour ses investigations pointues et engagées.

Son directeur,  Edwy Plenel, va très loin, puisqu’il estime que Sarkozy a déclenché la guerre en Libye pour  clôturer ce dossier et faire taire à jamais Kadhafi.

Pour Edwy Plenel, cette affaire pourrait être la plus grave de l’histoire de la Cinquième République. «Une dictature a corrompu un processus électoral français en finançant l’un des clans qui concourraient et dont le champion, Nicolas Sarkozy, sera élu en 2007. Je ne sais pas si l’on peut trouver un équivalent», pointe-t-il. Surtout, le journaliste veut insister sur les conséquences géopolitiques des accointances présumées du régime de Mouammar Kadhafi et de Nicolas Sarkozy, à commencer par l’intervention franco-britannique en Libye en 2011. «On peut se poser des questions sur les raisons de cette guerre. La France et la Grande-Bretagne ont été au-delà du mandat des Nations Unies en 2011. Ça a des conséquences géopolitiques, puisqu’à l’époque, le Conseil de sécurité était unanime et, aujourd’hui, il est impossible d’avoir une quelconque unanimité avec le veto de la Russie qui nous en veut beaucoup», estime Edwy Plenel. «La France a poussé plus loin: jamais il n’était question de renverser un régime et d’accompagner l’assassinat du dictateur», insiste-il. «Pire que cela, cette intervention a des conséquences pour nous tous, puisque l’arsenal libyen, qui était le plus moderne d’Afrique, a été dispersé à cette occasion. C’est cela que les djihadistes du Sahel brandissent contre nous».

Alors, face à ce dossier à charge, que répond l’ancien président?

Que tout est faux, qu’on a monté un dossier à partir de déclarations de personnes condamnées à plusieurs reprises. L’entourage du président évoque un acharnement de certains juges politisés et s’étonne que ce soit toujours le juge Tournaire qui mette Sarkozy en examen.

Et puis, Nicolas Sarkozy explique: «J’ai conduit avec une cinquantaine de pays la guerre de libération de la Libye. Cela a duré 10 mois. Si Kadhafi avait eu le moindre élément contre moi, pourquoi ne l’aurait-il pas dit de son vivant? On a attendu sa mort pour une fabrication: on l’a fait  entre les deux tours de la présidentielle de 2012 et cela m’a fait perdre cette élection».

Le parquet de Paris a requis, le 5 septembre 2016, le renvoi en correctionnelle de Nicolas Sarkozy, pour financement illégal de campagne électorale. Mis en examen, il est soupçonné d’avoir dépassé le plafond légal de dépenses lors de la campagne présidentielle de 2012.

La justice tente aussi de savoir si l’UMP et l’agence de communication Bygmalion ont établi de fausses factures au cours de la campagne présidentielle de 2012, pour masquer un dépassement de 18,5 millions d’euros du seuil maximal (fixé à 22,5 millions d’euros).
Placé en garde à vue, le 1er juillet 2014 -ainsi que son avocat, Me Thierry Herzog-, Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour «corruption active», «trafic d’influences actif» et «recel de violation du secret professionnel», grâce à l’écoute judiciaire d’une ligne qu’il avait souscrite au nom de «Paul Bismuth», alors qu’il était président de la République.

Après avoir été auditionné plusieurs fois, placé sous le statut de témoin assisté, puis mis en examen pour abus de faiblesse, trafic d’influence et recel, Nicolas Sarkozy a bénéficié d’un non-lieu, malgré son «comportement abusif ». Les enquêteurs n’ont pas réussi à réunir les preuves suffisantes que l’ancien président de la République aurait profité de l’état de faiblesse de la richissime Liliane Bettencourt, héritière du groupe L’Oréal.

Pour le moment, aucune condamnation définitive, bien au contraire!

Reste que le soupçon libyen est de loin le plus grave et serait une affaire d’Etat, mettant à mal l’image de la démocratie à la française.

Patrice Zehr

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