dimanche 20 août 2017

Sécurité : Les deux paris du Maroc

Roi mohammedVI recoit hammouchi et hassad mai 2015

Vendredi 15 mai, Abdellatif Hammouchi, Directeur général de la surveillance du territoire (DGST), a été nommé également directeur général de la Sûreté nationale (DGSN).
L’homme est au centre de la plus importante des stratégies du Maroc. Mais aussi, aujourd’hui, des deux plus grands défis du pays.

Avec le recul, le constat s’impose. Personne n’a «vu venir» le Maroc, en matière de sécurité. On disait le pays «quadrillé» depuis toujours, mais cela n’a pas empêché des faits aussi graves que l’attentat terroriste perpétré à l’hôtel Atlas-Asni à Marrakech, en août 1994 ; ou –pire encore- les attentats de Casablanca de mai 2003. Il y a eu aussi l’attentat d’Argana, à Marrakech, en avril 2011.
Le pays pouvait donc paraître vulnérable sur le plan sécuritaire.
Or, aujourd’hui, pour tout ce qui a trait à la sécurité, à la lutte anti-terroriste, ou à la lutte contre le crime organisé, le Maroc joue dans la cour des grands. Il est cité en exemple et il n’est plus un secret pour personne qu’il est sollicité par de nombreux pays amis, dont les plus grandes puissances. Et pour cause, il a développé un savoir-faire qui a fait ses preuves, sachant que dans ce domaine, il n’y a pas de place pour l’approximation.

Une stratégie sécuritaire

La stratégie sécuritaire développée sous le règne de SM Mohammed VI, qui a progressivement conduit le Maroc à occuper la place qui est aujourd’hui la sienne dans ce domaine, continue d’être peaufinée par le Souverain.
Nommé en 2005 à la tête de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), le très discret Abdellatif Hammouchi s’est entouré d’une équipe de professionnels, constituant un redoutable pool qui est devenu le cauchemar des terroristes. Démantelant, l’une après l’autre, toutes les cellules –dormantes ou actives- qui ont entrepris de porter atteinte à la sécurité de l’Etat et des citoyens, lui et son équipe traquent, de jour comme de nuit, tous potentiels «clients» du BCIJ (Bureau central d’investigations judiciaires). Une structure qu’il a mise en place pour centraliser et coordonner l’ensemble des activités, actions et procédures relevant de ses attributions.
Ce 15 mai 2015, Abdellatif Hammouchi s’est vu aussi confier par le Roi la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN). Autrement dit, la Direction de la police.
Selon un communiqué du Cabinet royal, «au regard de la compétence et de l’expérience dont M. Hammouchi a fait montre, cette nomination royale en cette période vise à insuffler une nouvelle dynamique à la Direction générale de la Sûreté nationale et à promouvoir et moderniser ses méthodes de travail» au service des citoyens.
Ce cumul implique une lourde responsabilité pour A. Hammouchi, mais il a été décidé comme une étape nécessaire dans la stratégie royale. Une étape cruciale, provisoire, avec des objectifs précis, ainsi qu’il est précisé dans le communiqué du Cabinet Royal: «la supervision par M. Hammouchi des Directions générales de la Sûreté nationale et de la surveillance du territoire national, pendant une certaine période, tend à garantir une parfaite coordination entre ces deux directions et à renforcer l’efficacité de leur action».

Deux immenses défis

La stratégie sécuritaire du Maroc dont les contours se dessinent plus clairement aujourd’hui, lui assure une enviable stabilité au milieu d’une région en ébullition. De même qu’elle en fait un partenaire incontournable, dans cette même région et au-delà…
Mais si le Maroc est donné pour modèle en matière de stabilité interne et partage ses connaissances en matière de sécurité à l’échelle internationale, cela lui impose une double vigilance. Il lui faut en effet relever deux immenses défis, le premier à l’échelle nationale, le second à l’échelle internationale.
Au niveau national, les responsables en sont bien conscients, il faut préserver cette stabilité interne tant enviée et, surtout, tant menacée. Notamment par ceux que l’auto-proclamé Etat islamique (EI) ne cesse de haranguer pour qu’ils passent à l’action. Dans une vidéo tout juste diffusée ce 14 mai, Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l’EI que tout le monde croyait gravement blessé par une frappe aérienne de la coalition, appelait chaque musulman à rejoindre l’EI ou «à combattre sur sa terre où qu’il soit», ajoutant sans vergogne que «l’islam n’a jamais été la religion de la paix, l’islam est la religion de la guerre».
Le Maroc a reçu de nombreuses menaces de l’EI. Plusieurs centaines de Marocains sont dans les rangs de cette nébuleuse. D’autres sont bien dans le pays, mais fomentent leurs coups qui pourraient, chaque fois, constituer de très graves dangers, si l’équipe Hammouchi ne les prenait de court. Il ne se passe pas de semaine sans qu’une cellule, un réseau, un groupuscule, ne soient démantelés.
Cette semaine, un groupe de 10 présumés terroristes a été arrêté à Casablanca et Boujniba. Il s’agit d’un réseau de recrutement de djihadistes, dont les membres ont «une grande connaissance en matière de fabrication d’explosifs» selon le ministère de l’Intérieur et qui projetait de commettre des attentats terroristes et d’instaurer une «khilafa» de l’EI au Maroc (ce n’est du reste pas la 1ère tentative du genre).
C’est donc une vigilance de tous les instants qui est requise. On mesure l’étendue du défi !
Au niveau international, ce n’est pas un hasard si les Etats Unis, l’Espagne, la France, ont développé avec le Maroc une coopération exceptionnelle en matière de renseignement et lutte anti-terroriste. D’autres pays européens, arabes et –dans une moindre mesure- africains, sont sur la voie… Le Royaume devient un précieux «hub sécuritaire», dans un contexte mondial traversé par des désordres inédits, nombreux et des plus menaçants pour la planète entière (et pas seulement pour telle ou telle région).
Le défi consiste à toujours être à la hauteur de ce rôle qui devient aujourd’hui plus important que tout autre.
La sécurité, au niveau de chaque pays et dans le monde, devient en effet la 1ère exigence et source de préoccupation.
L’immense défi que doit alors relever le Maroc est à la hauteur de l’immensité des attentes de ses partenaires.

Les sécuritaires devenus sympathiques

Les responsables sécuritaires ont donc de lourdes responsabilités nationales et internationales. Mais, parmi les compensations qu’ils ont, il y en a une qui n’est pas négligeable. C’est la nouvelle attitude des citoyens envers eux. Il n’y a pas longtemps, partout dans le monde, les «sécuritaires» n’étaient que des «forces de répression» à fuir et à blâmer. Depuis les attentats terroristes qui se sont multipliés aux quatre coins de la planète, ils deviennent «les protecteurs» que les citoyens soutiennent et applaudissent. En France, le 11 janvier, au lendemain des attentats de Charlie Hebdo et de la superette Cacher, les policiers se sont vus applaudir, offrir des fleurs et même coller des bisous ! Au Maroc, la reconnaissance des citoyens ne s’exprime pas avec cette force, sans doute parce que le pays –Dieu le préserve- n’a pas récemment connu d’événement de cette gravité. Mais les Marocains (qui n’ont rien à se reprocher) sont de plus en plus conscients de l’importance du rôle de la police pour assurer leur quiétude.

Bahia Amrani

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Abdellatif Hammouchi : Un nouveau challenge

Hammouchi dgst et dgsn maroc 2015

SM Mohammed VI a nommé Abdellatif Hammouchi à la tête de la DGSN, ce vendredi 15 mai, lors du Conseil des ministres, sur proposition du chef du gouvernement et à l’initiative du ministre de l’Intérieur.
Abdellatif Hammouchi prend ainsi les rênes de la Direction générale de la sûreté nationale, en remplacement de Bouchaib Rmail, tout en continuant d’assurer ses fonctions à la tête de la Direction générale de la surveillance du territoire.
Deux directions, tout aussi stratégiques que la DGST et la DGSN, seront désormais dirigées par le même homme. Ce qui devra permettre plus de synergie entre les deux corps pour une plus grande efficacité. Abdellatif Hammouchi a prouvé ses capacités, depuis sa nomination à la tête de la DGST en 2005, dans la lutte antiterroriste; c’est un homme qui travaille dans la discrétion.
Son efficacité a dépassé les frontières, puisqu’il a été décoré, en février dernier, d’une importante distinction de la part des autorités espagnoles.
La France, après une année de brouille diplomatique avec Rabat, suscitée par la «convocation» du patron de la DGST en février 2014, s’est rachetée et a décidé de le décorer également. Elle prévoit de lui décerner la médaille de la légion d’honneur à une date symbolique, soit à l’occasion de la réunion de haut niveau entre le Maroc et la France à Paris fin mai, soit le 14 juillet prochain, lors de la Fête nationale française.

Qui est Abdellatif Hammouchi ?

Ancien étudiant de l’Université Mohammed Ben Abdellah de Fès, il intègre, dès l’âge de 27 ans, le corps de la Sécurité où il s’est vite fait remarquer par son sens de la discipline et surtout sa capacité à anticiper et déchiffrer les grandes problématiques se rapportant à la sécurité. Ce qu’il prouvera lors des attentats terroristes survenus le 16 mai 2003 à Casablanca.
Deux ans plus tard, en 2005, il est nommé Directeur de la DGST. Une première, puisque jamais aucun de ses prédécesseurs n’a pu accéder à ce poste à l’âge de 35 ans!
Ses performances à la tête de cette Direction sont de notoriété publique. C’est sous sa supervision qu’a été mis sur pied le BCIJ (Bureau Central d’investigations judiciaires).
La nomination de ce 15 mai, où il se voit confier deux responsabilités sécuritaires de la plus haute importance, a coïncidé avec la célébration par le royaume du 59ème anniversaire de la création des FAR.

Bouchra Elkhadir

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