vendredi 20 octobre 2017

Saad Eddine El Othmani, nouveau chef de Gouvernement : Les défis du «Psy»

Depuis le 15 mars, Abdelilah Benkirane n’est plus chargé de former le nouveau Gouvernement. En 5 mois, il n’y est pas parvenu et ses négociations avec les autres partis politiques ont conduit à une impasse.

C’est désormais Saad Eddine El Othmani, ex-Secrétaire général du même parti et président de son Conseil national (ainsi que de son groupe parlementaire, jusque-là) qui lui succède.

Tous les observateurs en conviennent, la tâche ne sera pas facile pour ce nouveau chef de Gouvernement qui aura de nombreux défis à relever.

D’abord, il lui faudra trouver un terrain d’entente avec les partis sur le choix de ceux qui entreront au Gouvernement.

Puis il lui faudra convaincre le Secrétariat général de son parti (le PJD), toujours dirigé par Abdelilah Benkirane d’appuyer la décision finale qui sera prise. D’autant que le dernier communiqué (18 mars) du Conseil national du PJD a décidé de «déléguer au Secrétaire général du parti, Abdelilah Benkirane, la prise de l’ensemble des décisions, pour accompagner les consultations du chef de gouvernement désigné».

Saad Eddine El Othmani devra ensuite arriver à gérer, diplomatiquement avec l’ensemble des parties concernées, la phase de répartition des portefeuilles et des personnes qui en seront chargées.

Il devra encore mettre tout le monde d’accord sur un programme commun afin qu’il puisse présenter une déclaration gouvernementale au Parlement qui soit entérinée à l’ouverture de la session d’avril.

Enfin, il devra mettre le Gouvernement au travail en mode accéléré, dans l’espoir de rattraper les retards de la moitié de l’année écoulée sans Gouvernement…

Le tout, sans diatribes, sans clashs et sans ruptures majeures, ni au sein de son parti, ni dans ses relations avec les autres partenaires… Car le plus grand défi du «Psy» qu’il était dans une autre vie, ce sera de réussir tous ces exercices d’équilibrisme, de façon calme, méthodique et efficace.

Chose promise, chose due

Le nouveau chef de gouvernement, Saâd-Eddine El Othmani, a entamé, mardi 21 mars 2017, les négociations avec les partis politiques représentés au Parlement.

Psychiatre de formation, Saâd-Eddine El Othmani sait très bien que ce n’est pas en offensant ses interlocuteurs politiques qu’il réussira à former sa majorité. Selon lui, les négociations pour la formation du gouvernement doivent se faire avec tous les partis politiques, sans aucune distinction ou discrimination et sur la base des résultats obtenus par chaque parti politique aux élections législatives du 7 octobre 2016.

Accompagné de membres du Secrétariat général du PJD, Mustapha El Khalfi, Mostafa Ramid, Mohamed Yatim et Lahcen Daoudi, il s’est entretenu avec les représentants du Parti de l’Istiqlal (PI), Hamdi Ould Rachid Mohamed Soussi et Bouamar Taghouane. A l’issue de cette réunion, Mohamed Soussi a fait part de la volonté du parti de la balance d’intégrer la prochaine majorité gouvernementale. Il a réitéré le soutien du parti au nouveau chef de l’Exécutif.

Par la suite, Saâd-Eddine El Othmani a eu des entretiens avec le président du Rassemblement National des Indépendants (RNI), Aziz Akhannouch et le Secrétaire général du parti de l’Union Constitutionnelle (UC), Mohamed Sajid, qui forment à eux deux un même groupe parlementaire du fait de leur alliance. Dans une déclaration à l’issue de cette rencontre, Akhannouch a, à son tour, réitéré le soutien du RNI et de l’UC au nouveau chef de gouvernement. Il a noté que la reprise des consultations pour la formation de la majorité permettra d’avoir un gouvernement fort et apte à donner suite aux attentes des citoyens et à relever les défis auquel le Royaume est confronté. Akhannouch n’a cependant évoqué, à aucun moment, la participation de l’USFP au prochain gouvernement, comme ce fut le cas à maintes reprises avec Abdelilah Benkirane. Peut-on dire que le RNI a lâché l’USFP pour faciliter la tâche à Saâd-Eddine El Othmani. C’est une hypothèse fort probable, surtout que, comme dit l’adage, il ne faut pas insulter l’avenir. Il serait illogique de mettre El Othmani dans une situation délicate, alors que tous les signaux qu’il a envoyés aux partis politiques vont vers l’accalmie et l’apaisement.

Après l’Istiqlal, le RNI et l’UC, le chef du gouvernement s’est réuni avec le Secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité (PAM), Ilyass El Omari. Il a ensuite eu des entretiens avec le Premier secrétaire de l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) Driss Lachgar, le SG du Mouvement Populaire (MP) Mohand Laenser et le patron du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) Mohamed Nabil Benabdallah. A l’issue de leurs entretiens avec le nouveau chef du gouvernement, les leaders politiques -à part le SG du PAM qui a rappelé que la position de son parti est celle qu’il avait exprimée au lendemain des législatives du 7 octobre 2016 (se ranger dans le camp de l’opposition)- ont exprimé leur disposition à faire partie de la future majorité, tout en promettant d’apporter à El Othmani tout le soutien dont il aura besoin pour mener à bien le processus des négociations et former sa majorité le plus rapidement possible.

A noter que le SG du PAM a toutefois constaté que la nouvelle approche de Saâd-Eddine El Othmani commence déjà à se répercuter  positivement sur le processus des négociations. Ilyass El Omari a en effet estimé que la méthodologie d’El Othmani était «saine» et «différente» de celle prônée par son prédécesseur.

La méthode qui marche à tous les coups

Commentant la reprise des négociations que mène Saâd-Eddine El Othmani avec l’ensemble des parties prenantes, dans ce processus délicat mais qui entre dans le cadre de l’exercice démocratique, le professeur universitaire et président du Centre marocain des Etudes stratégiques, Tarik Atlati, a expliqué qu’il existe une grande différence entre Abdelilah Benkirane et Saâd-Eddine El Othmani dans la manière de traiter avec les partenaires politiques. Selon lui, «le nouveau chef de gouvernement place l’intérêt national suprême en tête des priorités. Ceci fait qu’il ne s’arrête pas sur les faux problèmes qui ne font qu’entraver la bonne marche du processus des négociations, avec toutes les retombées négatives que peut avoir le blocage de ce processus sur le Royaume». Et d’ajouter qu’El Othmani devra faire preuve de beaucoup de finesse, pour mener à bon port le navire des négociations; sachant que le Conseil  national du PJD, réuni en session extraordinaire, les 18 et 19 mars 2017 à Salé, a délégué au Secrétaire général du parti, Abdelilah Benkirane, la prise de l’ensemble des décisions pour accompagner les consultations menées par Saâd-Eddine El Othmani.

Mohcine Lourhzal

Course contre la montre

Le nouveau chef de gouvernement, Saâd-Eddine El Othmani, n’a pas beaucoup de temps devant lui pour former sa majorité, contrairement à Abdelilah Benkirane pour qui il a fallu plus de cinq mois, avant d’annoncer «Intaha Al Kalam». Lors de sa nomination par le Souverain, le 17 mars 2017, El Othmani aurait été sommé de former sa majorité dans un délai de 15 jours. Cette hypothèse rejoint l’analyse faite par le politologue Abderrahim Manar Slimi qui a expliqué que le gouvernement d’El Othmani sera formé avant l’ouverture de la session parlementaire du mois d’avril 2017.

Voir aussi

Maroc/Croissance économique : Le yo-yo que décrit Jouahri

Croissance économique, inflation, déficit… Tout a été passé en revue par Abdellatif Jouahri, wali de …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter du Reporter

Pour recevoir les dernières actualités et mises à jour de notre équipe.

Félicitations vous êtes bien inscrit(e) !

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer des services, contenus ou publicités adaptés selon vos centres d'intérêts. En savoir plus.