jeudi 24 août 2017

Que fait Chabat de l’Istiqlal ?

Hamid chabat istiqlal 2015

Hamid Chabat, Secrétaire général de l’Istiqlal, change à nouveau de fusil d’épaule.
Après le fiasco qu’il a personnellement enregistré aux élections communales et régionales, soit du fait de son propre échec à Fès, soit du fait du non-respect de ses consignes de vote par les élus de son parti, lors de la constitution des Conseils régionaux et communaux, il s’en prend à ses alliés de l’opposition dont il dénonce le manque de solidarité et se tourne vers la majorité conduite par le PJD, jusque-là cible de toutes ses attaques, avec l’annonce (officieuse) d’«un soutien critique» à cette majorité.

Au sein du parti-même, nombreux sont ceux qui sont décontenancés et/ou révoltés. Certains d’entre eux entendent lui demander des comptes pour ses erreurs de stratégie et la situation dans laquelle se trouve l’Istiqlal aujourd’hui… Voire, le débarquer.
Mais Chabat, qui s’est pourtant publiquement engagé à démissionner s’il échouait à ces élections, s’agrippe. Sa seule chance de garder son fauteuil de Secrétaire général est de ramener le parti au gouvernement.
D’où son revirement.
Pour sauver son titre, il joue à «quitte ou double», entraînant dans son pari un Istiqlal qui a connu destin plus glorieux…
Qu’a fait Chabat de l’Istiqlal, 1er parti politique qui a vu le jour au Maroc ? Parti qui a dirigé tant de gouvernements et qui dirigeait encore celui d’il y a 4 ans (Gouvernement Abbas El Fassi) ? Qu’en fait-il aujourd’hui, alors que l’échiquier politique marocain est en pleine mutation ?
Que décideront les Istiqlaliens, au sein de leurs instances (comité exécutif, cette semaine ; congrès du parti en octobre) ? Chabat compte-t-il toujours autant de soutiens ?

L’actualité de ce parti est brûlante…

Parmi les électeurs, les inconditionnels de l’Istiqlal ne savent plus à quel saint se vouer. Pour eux, leur parti a toujours été incontournable, occupant souvent la 1ère place, ou, dans le pire des cas, la 2ème, mais toujours gardant la haute main sur ses fiefs historiques, notamment Fès. Et voilà qu’aujourd’hui, la vraie compétition met face à face, le PJD et le PAM, reléguant l’Istiqlal au rang de parti d’appoint ; et que la «citadelle Fès» passe aux mains du PJD !
Lors de ses meetings précédant les élections communales et régionales du 4 septembre, le chef de l’Istiqlal, Hamid Chabat, criait pourtant haut et fort que le parti sortirait grand vainqueur de ces élections. Tous les siens y avaient cru… Ils se retrouvent devant une réalité cinglante. Le dépit est grand. Celui de Chabat, en particulier.

La colère de Chabat

Il y réagit d’abord par un mouvement de colère contre son camp (l’opposition).
Au cours du week end du 12-13 septembre, il convoque de toute urgence une réunion du Comité exécutif du parti. Trop occupés par l’élection des Conseils, ou trop écœurés, de nombreux membres du Comité exécutif ne répondent pas à l’appel. La réunion se tient quand même et, en comité réduit, Chabat annonce sa décision de rompre le pacte passé avec les autres partis de l’opposition. La décision est également prise d’apporter un «soutien critique» à la majorité. Le Comité exécutif n’étant pas au complet, aucun communiqué n’est publié (il aurait été préparé et attendrait la réunion suivante du Comité exécutif, fixée au 18 septembre).
Le 14 septembre, joignant le geste à l’intention, Chabat pose ostensiblement devant les caméras de télévision, votant pour le PJD.
Ses partisans voteront également pour le PJD dans la région Tanger-Tétouan (en vain puisque c’est le PAM qui a remporté la présidence, en la personne de Ilyas El Omari) et dans la région de Casablanca (tout aussi vainement, le PAM, toujours lui, ayant gagné, avec la présidence confiée à Mustapha Bakkouri).
Oubliées, les insultes et les accusations rocambolesques contre ce parti et son chef, Abdelilah Benkirane… Oubliée la sortie à grand fracas du gouvernement, à laquelle il a pratiquement obligé l’Istiqlal, en juillet 2013, juste après en avoir pris les rênes…

Nouvelle stratégie

C’est que Chabat a désormais un plan: faire revenir l’Istiqlal au gouvernement. Les élections législatives ne sont pas loin… Un an seulement… Le pari est fait sur un rapprochement avec le PJD. La colère du chef de l’Istiqlal va grandissant contre ses alliés de l’actuelle opposition dont «la trahison» se vérifie à ses yeux. Un cas concret sera cité plus tard, lors d’un point de presse tenu à Fès par une membre du bureau exécutif du parti et membre de la Chambre des conseillers, Kenza EL Ghali, qui a dénoncé le fait que les cinq membres de l’USFP (Union socialiste des Forces populaires) au Conseil de la région Fès-Meknès, aient voté en faveur du Mouvement populaire (majorité) et non en faveur des alliés de l’opposition.

Avant, il y avait l’espoir…

Le 23 septembre 2015, très exactement, Hamid Chabat aura passé 3 ans à la tête de l’Istiqlal.
Il y avait accédé en provoquant une véritable révolution. Et pour cause… Il avait réussi, lui, le «roturier» qui n’avait rien à voir avec les familles fondatrices de ce parti historique, à battre le candidat Abdelouahed El Fassi, fils du leader Allal El Fassi et à se hisser aux commandes du plus ancien et prestigieux parti du Maroc, obligeant le clan El Fassi à créer son propre courant «Bila Hawada» (sans répit). Mais était-il à la hauteur de cette responsabilité ?
Il n’était pas seul à en être convaincu. Tous ceux qui souffraient du «plafond de verre» au sein du parti étaient heureux de voir de nouveaux horizons s’ouvrir à eux.
Curieusement, de nombreux membres du clan El Fassi ont également suivi Chabat.
Le fait est que l’homme était connu pour être redoutable, voire invincible. Ayant dirigé le syndicat proche du parti, l’UGTM, ainsi que la ville de Fès, d’une main de fer (dans un gant de velours), il avait déjà donné des gages. Ceux qui l’ont suivi se sont tous dit qu’avec lui, la partie était gagnée d’avance.
Le parti, longtemps dominé par le clan El Fassi, avait connu un premier renouvellement de ses élites. Ce renouvellement, obtenu au forceps par Driss Jettou, alors Premier ministre technocrate chargé de former son gouvernement avec une majorité partisane, avait révélé les capacités de jeunes cadres de l’Istiqlal, nommés ministres: Adil Douiri, Karim Ghellab, Toufik Hjira, Yasmina Baddou…
Avec l’arrivée de Chabat à la tête de l’Istiqlal, c’était encore une occasion de faire émerger de nouvelles compétences. Mais ce ne fût pas le cas.

Fronde fatale ?

Chabat, plus imprégné des méthodes «coups de poing» syndicalistes que des ruses politiciennes, a passé le plus clair de son temps dans les bras de fer et les guerres ouvertes.
Pire… Lorsqu’il avait pris la direction de l’Istiqlal, ce parti était au gouvernement. En 10 mois, il le fait basculer dans l’opposition. De nombreux Istiqlaliens ne sont pas d’accord avec cette démarche, mais il leur est dit que le parti sera encore plus fort et gagnera davantage en popularité.
Deux ans plus tard, il n’en est rien. Bien au contraire. Les résultats des élections communales et régionales le prouvent.
Devant cet échec, que fait Chabat ? Il fait de nouveau miroiter les avantages d’être dans le gouvernement !
La fronde actuelle contre Chabat au sein du parti trouve là ses raisons.
Une fronde, dont les réunions, en cours ou programmées, des instances du parti, diront si elle ne conduira pas à son éjection.
Au sein de l’Istiqlal, l’échec se paie cher.
Il faudra à Chabat plus d’une pirouette pour s’en sortir.

BA

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