vendredi 19 janvier 2018
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PJD : Un congrès pour gérer l’après-Benkirane ?

Le feuilleton Benkirane n’est certainement pas fini. Le Conseil national du parti de l’ex-chef de gouvernement n’a pas voulu le remettre en selle, après qu’il a été désarçonné. Mais à la veille du Congrès, l’affaire n’est pas pliée…

Excès de confiance ou surestimation de sa personne, c’est ainsi que les observateurs ont qualifié l’obstination du Secrétaire général du Parti de la Justice et du Développement (PJD), Abdelilah Benkirane, à rester à la tête du Parti de la lanterne. Le SG espérait gagner la bataille du 3ème mandat, même au prix d’une guerre fratricide qui aboutirait à l’éclatement du PJD. En atteste la division du parti en deux ailes. L’aile de ceux qui soutiennent les ministres et refusent un troisième mandat qui maintiendrait le Zaïm aux commandes du PJD; et l’aile de ceux qui penchent vers un 3ème mandat qui maintiendrait Benkirane dans ses fonctions. Cette dernière a tout fait pour gagner ce challenge en mettant le parti en danger de mort ou d’éclatement.

La guerre des frères

Abdelilah Benkirane pouvait-il garder le titre de Secrétaire général du parti ? Les textes du PJD ne le lui permettaient pas, puisqu’il avait épuisé les deux mandats autorisés. La guerre a donc été déclenchée au sein du PJD, entre l’aile favorable à un troisième mandat et celle qui oppose un niet catégorique à tout amendement dans ce sens. Et, du coup, les PJDistes ont étalé publiquement leur linge, à travers les médias et les sites électroniques.

Dans cette guéguerre entre les frères du PJD, aucune arme n’a été épargnée. Les frères d’hier se sont transformés en adversaires d’aujourd’hui. Même la médiation des sages du parti n’a pas réussi à éteindre le feu. Normal, celui-ci était attisé au quotidien par les critiques, les déclarations et les accusations mutuelles entre les partisans de Benkirane et l’aile des ministres avec, en tête, Mustapha Ramid et Aziz Rebbah et soutenue fortement par les faucons du PJD. Ces derniers ont, en effet, fait basculer le vote en faveur des opposants à l’amendement, avec bien entendu la bénédiction de la majorité des membres du Conseil national. Le vote a ainsi été de 126 voix en faveur du rejet de la proposition d’amendement, concernant un troisième mandat, contre 101 voix pour et 4 abstentions.

Faux calcul d’El Khalfi

C’est donc sans grande surprise que la proposition de l’amendement de l’article 16 des statuts, pour un troisième mandat du SG, a été rejetée, combattue qu’elle était avec acharnement par le clan des ministres, mais soutenue par le fidèle (parmi les fidèles) ministre chargé des Relations avec le Parlement, Mustapha El Khalfi. Celui-ci aurait surestimé la force de frappe de Abdelilah Benkirane et sous-estimé ses collègues ministres, lesquels ont été soulagés par le vote et sans le recours du Conseil national.

El Khalfi se retrouve ainsi isolé. Sa fidélité à l’ancien patron le met dans une mauvaise posture, face à l’actuel chef de gouvernement, Saâd-Eddine El Othmani et à ses collègues ministres qui se sont exprimés contre un troisième mandat du Secrétaire général.

Le triomphe des ministres PJD

Un autre point à inscrire au palmarès des ministres du PJD, c’est celui d’avoir réussi à faire capoter l’amendement de l’article 37 des statuts  qui visait à les empêcher de siéger au Secrétariat général en tant que tels. En effet, l’amendement n’a recueilli que 87 voix, contre 130 voix. Un vote jugé triomphal par l’aile des ministres!

Toi aussi, mon fils!

Ainsi, tel César -qui, surpris par son protégé le poignardant au dos, lui a dit avant de tomber par terre «Toi aussi, mon fils!»-, Abdelilah Benkirane a été lâché par ses plus proches, alors qu’il aurait tout fait pour briguer un troisième mandat à la tête du parti de la lampe. A ce lâchage, il y avait plusieurs raisons -que la raison connaît bien cette fois-ci, comme l’auraient soutenu un des ténors du PJD, en l’occurrence, Mustapha Ramid: «La limitation du mandat intervient pour empêcher les forts de se transformer en tyrans et de s’éterniser dans le pouvoir à la tête du parti». Argument de taille, a reconnu un PJDiste. Il a également été soutenu que, permettre à Benkirane de remonter en selle, alors qu’il en a été royalement descendu par SM le Roi, assurerait une éventuelle confrontation avec l’Etat et nuirait, de ce fait, à l’harmonie régnant aujourd’hui au sein de l’alliance gouvernementale.

Barrer la route à Benkirane

En votant contre l’amendement de l’article 16 des statuts du PJD, initiant un troisième mandat pour le Secrétaire général, les PJDistes opposés et leurs ministres, qui entendent rester au pouvoir et le font savoir, barrent ainsi le chemin d’un éventuel retour de Benkirane à la tête du parti (après le prochain congrès) et, par conséquent au pouvoir, l’homme étant devenu fort et pourrait causer une réelle crise politique.

Réagissant à cette nouvelle situation, Benkirane a reconnu: «Ma mission au gouvernement est terminée après une destitution. Et ma mission en tant que Secrétaire général du PJD s’est terminée aujourd’hui». Il a précisé que l’initiative d’un troisième mandat n’émanait pas de lui. Une chose est sûre, ceux qui le soutiennent ne s’avouent pas encore vaincus. Pour eux, ce n’est pas le Conseil national qui doit trancher, mais les congressistes. Ils veulent inscrire ce point à l’ordre du jour du Congrès. Les ministres s’y opposent. L’actuel chef de gouvernement, Saâd-Eddine El Othmani tente de tempérer. Mais le PJD est aujourd’hui littéralement coupé en deux.

Mohammed Nafaa

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