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Pesticides Poison non contrôlé par l’Etat !

Conseil de gouvernement Maroc 2013

Une enquête effectuée par Le Reporter dans la région de Khmisse Aït Amira, à Chtouka-Aït Baha, a permis de constater qu’outre les travailleurs agricoles exposés aux dangers des pesticides, ce sont tous les Marocains qui sont menacés par ces produits consommés dans les fruits et légumes… Faute de contrôle.

Que se passe-t-il exactement dans les fermes agricoles de Chtouka-Aït Baha? Des voix ouvrières travaillant dans ces fermes ont lancé un appel au gouvernement «Benkirane» pour ouvrir une enquête sur la production agricole provenant des unités implantées dans cette région qui assure 70% de la production nationale des fruits et légumes.

Les mêmes sources exigent plus de sécurité et de contrôle au niveau de ces fermes-là. Car, assure-t-on au Reporter, «les ouvriers et les ouvrières agricoles ont, de plus en plus, des problèmes de santé. Ces derniers jours, même des cas d’avortement ont été observés chez plusieurs ouvrières enceintes travaillant dans des fermes agricoles à Khmisse Aït Amira».
Mais de quoi s’inquiète-t-on au juste dans ces fermes-là? Et pourquoi cette inquiétude des travailleurs agricoles? Pour y voir un peu plus clair, Le Reporter s’est rendu, samedi 16 juin dernier, à Khmisse Aït Amira, dont la population aurait quadruplé en trente ans avec l’arrivée des quatre coins du Royaume d’environ 40.000 ouvriers agricoles. Dans cette localité, qui présente des aspects de l’exploitation humaine, nous avons rencontré des associatifs, des techniciens, des ouvriers, des contrôleurs et des victimes de ces fermes mises en cause. Les témoignages reflètent le désarroi des travailleurs.

Fruits, légumes et vêtements imprégnés de pesticides!

«Je travaillais très dur dans une ferme à Khmisse Aït Amira où j’ai été recrutée comme ouvrière agricole en 2005. Les conditions étaient très pénibles et très précaires, mais je les ai quand même supportées pour pouvoir répondre aux besoins de ma petite famille et aussi pour rembourser les dettes que j’avais contractées, tout comme les milliers d’ouvriers agricoles de la région. Ces dettes étaient automatiquement déduites de notre paie, tous les quinze jours», lance au Reporter Zineb Laamimiche, ancienne ouvrière de la ferme agricole «D» située à Khmisse Aït Amira. Cette jeune femme, originaire de la ville de Khémisset, a ajouté, non sans émotion: «En 2008, je suis tombée malade. Je ne pouvais plus travailler dans les serres, car j’avais des difficultés à respirer dans ces lieux où les produits agricoles sont traités par des pesticides. Les fruits et les légumes étaient arrosés de ces produits alors que nous étions en train de travailler sous serre. Même nos vêtements étaient imprégnés de ces substances chimiques. En fait, chaque jour, c’était la même chose. Il m’était donc difficile de supporter l’odeur très forte de ces produits chimiques. Malgré cela, je continuais de travailler jusqu’au jour où j’ai vu que je n’en pouvais plus dans ces conditions-là. Je commençais à avoir des crises d’allergie très sévères. Je suis devenue asthmatique. Et comme cette maladie est chronique et se déclenche dans certains lieux de travail, tous les médecins que j’ai consultés m’ont interdit de continuer de travailler dans les serres où l’on manipulait ces substances chimiques».
Cette ancienne ouvrière agricole poursuivra, le cœur serré: «Les responsables ont accepté au début de me confier d’autres tâches à exécuter à l’extérieur des serres. Mais cela n’a pas duré longtemps. En 2012, on m’a annoncé que je devais quitter mon poste, du fait que je ne pouvais plus travailler comme avant, comme quand je n’étais pas encore malade. J’ai donc quitté avec une indemnisation dérisoire. Aujourd’hui, je suis malade, sans emploi et, en plus, je dois m’acquitter de mes dettes».
Venue de Sidi Bennour, Fatéma s’est installée dans la région il y a 15 ans. Elle avait à peine 15 ans quand elle venait chercher un travail comme ouvrière agricole à Khmisse Aït Amira. Après 12 ans de travail dans une ferme agricole de production de haricots, elle est aujourd’hui dans une autre ferme qui produit des tomates. Elle aussi s’inquiète des effets des pesticides sur sa santé. «Les producteurs utilisent beaucoup de pesticides. Dans cette ferme, on utilise chaque jour ces produits chimiques. Cela m’inquiète énormément. Car on raconte dans la région que beaucoup de travailleurs sont tombés malades à cause de ces substances. L’idée qu’un jour je tombe à mon tour malade à cause de ces produits chimiques me hante. Mais je n’ai pas le choix. Ici, il n’y a pas d’alternative. Il n’y a que dans les fermes agricoles où l’on peut trouver un emploi», précise cette ouvrière, divorcée et mère d’un enfant. Pour elle, la menace est quotidienne d’être licenciée et de rejoindre ainsi les autres travailleurs qui avaient, eux aussi, des problèmes de santé comme Zineb Laamimich.

De plus en plus de maladies chez les ouvriers…

Faut-il s’inquiéter des risques de ces pesticides? Si les effets sur la santé restent encore incertains, des voix associatives et ouvrières de la région ne cessent, en tout cas, de tirer la sonnette d’alarme. Elles estiment que ces produits phytosanitaires sont utilisés de manière très abusive dans ces unités agricoles. Des syndicalistes de l’UMT ont fait savoir au Reporter qu’ils ont récemment lancé un appel demandant de limiter l’utilisation des pesticides dans la région. Leur argument: ces produits causent de plus en plus de maladies chez les ouvriers. Un PV a même été adressé à la préfecture de Chtouka-Aït Baha, selon les mêmes sources. Les auteur du PV haussent le ton et comptent continuer leur combat afin de sensibiliser et les responsables et les consommateurs marocains sur l’impact négatif de ces produits phytosanitaires sur la santé, a-t-on assuré.
Les Marocains sont-ils protégés du danger des pesticides utilisés en agriculture? Comment le grand public est-il menacé par ces produits chimiques? Les fruits et légumes provenant de la région de Chtouka-Aït Baha et qui sont commercialisés sur nos marchés sont-ils contrôlés? Autant de questions qui sont en effet posées, mais qui demeurent sans réponse. Car la question des pesticides reste encore un sujet tabou, notamment dans la région de Chtouka-Aït Baha où les responsables refusent de se prononcer à ce sujet. En effet, plusieurs d’entre eux n’ont pas souhaité s’exprimer à ce sujet.

Menace quotidienne

Une enquête dans la région de Khmisse Aït Amira à Chtouka-Aït Baha a permis de constater que les travailleurs agricoles sont exposés aux dangers des pesticides. Et pas seulement. Les Marocains, tous, seraient menacés par ces produits. Les techniciens et les ouvriers agricoles que nous avons rencontrés, le 16 juin dernier à Khmisse Aït Amira, affirment que les pesticides sont abusivement utilisés en agriculture dans cette région. «Ici, sont cultivés à grande échelle fruits, légumes et agrumes, lesquels sont traités par des pesticides très puissants. Certains de ces produits chimiques sont même périmés. Une grande quantité de fruits et légumes produits dans la région est commercialisée sur le marché national», tient à souligner un technicien de la Fédération des syndicats autonomes du Maroc.
Dans les unités agricoles de Khmisse Aït Amira -tout comme dans les autres zones agricoles de la région-, ces produits chimiques seraient utilisés de manière abusive, ce qui expose la santé des travailleurs et aussi des consommateurs à de graves maladies, indique la même source. «La menace est quasiment quotidienne dans ces fermes agricoles. Ces pesticides sont utilisés sous serre, sans la moindre protection contre ces produits toxiques», dénonce la même source.
Selon des associatifs de la région, la question de la sécurité des travailleurs et des consommateurs n’est pas prise en considération par les producteurs. «En dehors de tout contrôle de ces fermes agricoles et de leur production, que ce soit avant ou après la commercialisation sur le marché national, la santé des consommateurs demeure menacée. Et ce n’est malheureusement pas auprès de l’Etat que les travailleurs et les consommateurs peuvent trouver cette protection», expliquent les mêmes associatifs.

Pesticides périmés, contrebande et DAR jamais respecté

Mohamed Ouhsayne, gérant dans une ferme agricole à Chtouka Aït Baha, tire lui aussi la sonnette d’alarme. Il affirme que «non seulement les pesticides sont largement utilisés pour le traitement des fruits et légumes sans respect des normes internationales, mais les délais avant récolte (DAR), eux non plus, ne sont jamais respectés par les producteurs». Et le gérant de préciser que «ce sont surtout les fermes, dont la production est exclusivement destinée au marché national, qui ne respectent pas ces délais avant récolte». Alors même que les produits agricoles traités par ces poisons sont refusés par les marchés internationaux, lesquels se préoccupent effectivement de la santé de leurs citoyens, au Maroc, ces produits refoulés seraient commercialisés sur nos marchés. Pour Mohamed Ouhssayne, il est impératif de respecter le délai séparant réglementairement le dernier traitement et le début de la récolte de tout produit agricole. Mais le fait est que les propriétaires de ces fermes sont encouragés par l’absence de contrôle ; ils n’hésiteraient pas à utiliser des produits périmés ou de contrebande, selon le gérant. «En ce qui concerne les petits agriculteurs, il faut dire que leur production ne fait l’objet d’aucun contrôle, quel qu’il soit, ni avant, ni après la commercialisation de leur production. Quant aux grands producteurs, ils reçoivent deux visites d’audit tous les ans. Toutefois, ils sont souvent informés de ces visites, ce qui fait qu’il y a toujours un ”nettoyage général” de tout ce qui n’est pas conforme dans ces produits phytosanitaires, avant l’arrivée des auditeurs», précise-t-il. Et de conclure: «La commercialisation des pesticides connaît une déplorable pagaille dans la région. A Aït Melloul, par exemple, on trouve les revendeurs des produits de contrebande. Il y a aussi des produits qui ne sont pas homologués, donc non autorisés en agriculture. Pourtant, ces mêmes produits sont «homologués» et largement utilisés dans le traitement des fruits et légumes».
Une chose est sûre. Il y a actuellement dans la région un débat très animé au sujet de l’utilisation exagérée de ces substances. Ce débat soulève bon nombre de questions, notamment sur le rôle de l’Etat qui doit réglementer l’utilisation de ces produits chimiques, lesquels deviennent des poisons quand ils sont excessivement utilisés par les producteurs ou quand ces derniers ne respectent pas les délais avant récolte.

Utilisation excessive de pesticides dangereux !

 

Comment expliquer le nombre élevé de personnes qui sont actuellement atteints de cancer, dans la région de Chtouka Ait Baha ? Est-ce que l’utilisation abusive des pesticides dans l’agriculture en serait la cause ? La question est posée mais demeure sans réponse face au silence des responsables qui refusent de s’exprimer à ce sujet ; et surtout en l’absence d’une étude. Ceci dit, pour certains acteurs associatifs de cette région qui représente 70 % de la production nationale, un nombre important d’intoxications est dû à la consommation de produits agricoles provenant des fermes agricoles implantées dans la région, comme le melon, les haricots ou encore la pastèque. Lesquels produits sont largement traités avec ces produits chimiques, assure-t-on. «Des pesticides, considérés comme étant des plus dangereux et qui sont interdits dans le monde, sont encore utilisés par les propriétaires d’exploitations agricoles. A ne citer dans ce cadre que le Round up ou encore le Bromure de méthyle», selon des techniciens que nous avons rencontrés à Khmisse Ait Amira. Pour ces mêmes sources, l’intensification des cultures, surtout maraîchères, dans la province, engendre une utilisation excessive de ces pesticides.
Les Marocains ne sont donc pas à l’abri d’une intoxication par ces pesticides. «Les fruits et légumes qui sont commercialisés sur les marchés nationaux ne sont soumis à aucun contrôle. Pourtant ces produits agricoles peuvent contenir des résidus de pesticides. Car les délais avant récoltes ne sont jamais respectés par les agriculteurs», d’après les mêmes sources. Ainsi, au marché d’Inezeggan, considéré comme l’un des plus grands marchés de gros dans la province de Souss Massa Draa, on ne voit jamais de contrôleurs effectuant des vérifications relatives à la conformité ou non des fruits et légumes qui sont commercialisés sur ce marché. Et à Casablanca, on ne voit pas non plus d’inspecteurs effectuer de contrôle dans ce marché de gros qui accueille une quantité énorme de la production agricole provenant de la région de Chtouka Ait Baha.

 

Voir également les interviews de Brahim Batte, SG de la Fédération des syndicats autonomes du Maroc et de Bouazza Kherrati, vétérinaire et président de la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC).

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