mardi 17 octobre 2017

Mohammed VI Secrets d’une stratégie

Roi du maroc mohammedVI

Hier encore –image historique gravée dans les mémoires- le jeune Roi Mohammed VI recevait, au 1er jour de son accession au Trône, les serments d’allégeance des différentes composantes du peuple marocain, politiques, civiles et militaires.
Et voilà que ce 30 juillet 2015, le Maroc célèbre les 16 années de règne du Souverain.
16 années vite passées et un anniversaire qui donne l’occasion à nombre d’observateurs -nationaux et internationaux- de dresser une évaluation de ce règne, d’en mesurer le chemin parcouru et celui qu’il reste à parcourir pour l’accomplissement des réalisations auxquelles aspire le pays, à tous les niveaux.
L’évaluation des réalisations du Maroc, sous le règne de l’actuel Roi, dépend, bien sûr, de l’état d’esprit de celui qui l’entreprend. L’évaluation du nihiliste plus ou moins bien intentionné, toujours prêt à «enfoncer» le Maroc, n’aura rien à voir avec celle du courtisan, juste bon à tresser des lauriers ; ni avec celle de l’observateur responsable qui reconnaît honnêtement les efforts et avancées, bien que continuant d’attirer l’attention sur les gaps et déficits.
Cependant et bien qu’aucune méthode d’évaluation d’un règne ne soit réellement scientifique, il y a des moyens de savoir si un pays avance ou recule sous ce règne. Il y a des chiffres contrôlés par les organismes internationaux, voire même des «audits» effectués dans les comptes du pays.

Comme ce qu’a fait le FMI, dont le rapport de cette semaine témoigne de la marche du Maroc dans la direction souhaitée par cette institution financière internationale. Il y a aussi les chantiers lancés ou réalisés, dont il n’est pas difficile de voir s’ils sont crédibles ou non. Tels le complexe portuaire «Tanger Med», les routes et autoroutes dont la construction est en cours ou récemment achevée (comme le tout nouveau tronçon Berrechid-Beni Mellal qui vient d’être ouvert aux automobilistes). Ou encore, les grands chantiers structurants et projets intégrés, ouverts aux quatre coins du Maroc… La marina de Rabat-Salé, «Wessal Casablanca-Port», etc.
Il y a enfin les politiques conduites, dont il est simple de comprendre, voire de vérifier si elles donnent des résultats ou non.
Mais au-delà des réalisations et au-delà des échecs (le système éducatif en est un, comme s’en est inquiété le Souverain lui-même, dans son Discours du Trône de ce 30 juillet), il est important de s’arrêter sur la stratégie du Roi et les secrets qui en font ce qu’elle est aujourd’hui.
Mais d’abord, le Roi a-t-il une stratégie…?

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Une chose est sûre, le «style Mohammed VI» est aujourd’hui clairement établi. Et, lorsqu’on prend de la hauteur, que l’on tente une vue globale des décisions du Maroc, on constate que le pays a désormais un plan précis et clair qui peut être résumé en 4 points. Et que le Roi est, non seulement l’initiateur de ce plan, mais qu’il s’implique personnellement et physiquement dans sa mise en oeuvre.

Le Roi a-t-il une stratégie ?

Certes, le Roi a une stratégie, mais ce n’est pas la même depuis 16 ans. C’est l’un des enseignements que ceux qui connaissent vraiment le Maroc peuvent tirer du règne de Mohammed VI.
La stratégie royale a gardé ses idées-forces du début du règne: faire avancer le pays à coup de grands chantiers, s’atteler à la fracture sociale, résoudre le problème de l’intégrité territoriale, etc.
Mais le Souverain s’est vite heurté aux limites de la réalité. Les objectifs étaient très grands, très ambitieux… Il a fallu prendre la mesure des faiblesses du pays. Deux ans après son intronisation, dans une des rares interviews qu’il a accordées à la presse, il expliquait au quotidien français «le Figaro»: «Vous savez, je ne me réveille pas tous les matins en me disant: tiens, aujourd’hui, pour plaire ou pour faire la Une des journaux, je vais changer les choses. Ce serait ridicule et démagogique. Mon approche est à la fois plus pragmatique et plus réfléchie. Mon rythme est celui du Maroc. Ce n’est pas nécessairement le même que celui que veulent nous imposer, avec arrogance et ignorance, certains observateurs transformés en procureurs». Aller au rythme du Maroc, mais aussi tenter de l’accélérer, avec les moyens du bord…
Face au grand écart entre les ambitions et les moyens du Royaume, le réflexe du Roi a été celui d’un manager qui entreprend de sauver une entreprise. Identifier les points faibles, optimiser les points forts (d’où, par exemple, le plan émergence et les métiers mondiaux du Maroc), trouver les financements (quitte à aller lui-même frapper aux portes d’amis, notamment du Golfe)…
Une stratégie gagnante… Jusqu’à ce que le monde ait commencé à connaître les bouleversements qui continuent, à ce jour, de le faire tanguer. La stratégie a alors dû changer.

La principale clé…

Toute l’ingéniosité royale a consisté à, constamment, adapter les choix au contexte. Cet ajustement continuel de la stratégie du Roi Mohammed VI aux exigences de la conjoncture, est la principale clé de compréhension du plan appliqué aujourd’hui par le Maroc en interne et à l’international.
Un plan construit autour de 4 axes.
Premier axe: les feuilles de route. Cela concerne la gestion interne du pays. Sous l’impulsion du Roi et au fur et à mesure des exigences de la situation nationale et internationale, le Maroc s’est doté d’une feuille de route pour chaque secteur. «Plan Maroc Vert» parce que le Maroc, pays agricole devait optimiser ce secteur. «Plan d’accélération industrielle» pour tenter de sortir la croissance marocaine de sa dépendance du PIB agricole et des aléas climatiques qui vont avec. «Plan énergies renouvelables» pour alléger le poids de la facture énergétique sur le budget de l’Etat… Mais aussi, feuille de route pour la réforme du champ religieux, depuis que les nébuleuses jihadistes tentent de déstabiliser le monde –et le Maroc- en instrumentalisant l’Islam. Ou encore, feuille de route pour la sécurité qui a permis au Maroc, grâce à sa «politique anticipative» de démanteler 30 filières terroristes depuis 2013 (entre autre). Ou enfin, feuille de route pour la réforme de la Justice, ayant pour objectif l’implémentation de la nouvelle Constitution (Constitution de 2011, née de l’après-Printemps arabe…).
Le deuxième axe, lui, concerne les partenariats du Maroc. Le Roi l’a dit dans son Discours du Trône: «Nous nous sommes attelé à revoir le style et les orientations de l’action diplomatique nationale, tout en demeurant attaché aux principes immuables sur lesquels le Maroc s’appuie dans ses relations extérieures. A savoir rigueur, solidarité et crédibilité». La stratégie royale a consisté à diversifier progressivement les partenariats, sans pour autant porter préjudice aux «partenariats classiques» (et privilégiés), notamment ceux européens.
Mais, l’Europe ayant connu la pire crise de son existence ces dernières années, il a bien fallu –réflexe de manager qui veut sauver l’entreprise- chercher à élargir le périmètre, comme disent les économistes.
Cela tombait bien. Le Maroc était déjà tourné vers ses racines africaines (un des premiers gestes du Roi Mohammed VI, au lendemain de son intronisation, avait été d’effacer la dette des pays africains en difficulté).
Depuis longtemps implanté dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, via ses Offices et entreprises publiques, ses banques et ses promoteurs immobiliers, il lui était possible de proposer un partenariat sud-sud plus resserré et diversifié (de plus, élargi aux champs religieux et social) et une coopération win-win. Mieux, de par sa situation géographique et son implantation en Afrique subsaharienne, il pouvait servir de hub régional pour des partenariats triangulaires avec les pays d’Europe, du Golfe, ou d’Asie.
Cette politique africaine est le 3ème axe. Le Roi qui effectuait des tournées en Afrique juste par amitié (particulièrement au Sénégal et au Gabon), a, lors des deux dernières tournées, d’un commun accord avec les pays d’accueil, fait en sorte que l’utile soit joint à l’agréable. Des dizaines d’accord ont été signés avec le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Mali, la Guinée, ou encore la Guinée Bissau.

Courage et coup de génie

Le dernier axe de la politique du pays qui révèle quelques secrets de la stratégie royale, c’est ce que l’on appellera «la politique des réseaux».
Un véritable coup de génie, mais qui a son prix.
Le monde entier réalise aujourd’hui qu’aucun pays, à lui seul, si puissant soit-il, ne peut faire face aux désordres mondiaux, ni même assurer sa propre défense, s’il fait l’objet d’attaques groupées, ou subit, comme on le voit de plus en plus, ces guerres étranges contre lesquelles les armes les plus sophistiquées ne peuvent rien.
Seules les alliances peuvent donner des résultats. Pour cela, il faut choisir son camp et avoir le courage de l’assumer publiquement et concrètement. Le Roi Mohammed VI l’a fait. D’où l’engagement du Maroc auprès de l’OTAN. Son engagement auprès de la coalition internationale contre Daech, conduite par les Etas Unis. Ou encore, son engagement auprès de la coalition arabe conduite par l’Arabie Saoudite, pour la défense du Yémen (et de l’Arabie Saoudite) contre les Chiites houthis.
La politique des réseaux, le Maroc l’a également mise en œuvre au sein du CCG (Conseil de coopération du Golfe), particulièrement à travers ses liens étroits avec les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, ou Bahrein…

Justice sociale et inégalités

La stratégie royale ne se limite pas à cela, bien sûr. De même qu’elle n’a pas atteint tous les objectifs qu’elle s’est fixée (le Roi, dans son Discours, a modestement et honnêtement pointé tout ce qu’il reste à faire). Ni elle a fini de connaître des réajustements. Mais elle a deux avantages.
Celui d’avoir conduit le Maroc à ce stade de maturité où le pays sait où il va et ce qu’il lui faut faire pour y aller.
Et celui de rassurer, pour la grande place qu’elle accorde –le Discours royal le prouve encore une fois- à la justice sociale et à la lutte contre les inégalités.
Quand la justice sociale et la lutte contre les inégalités sont prises à bras le corps par les gouvernants d’un pays, ce pays est indiscutablement sur la bonne voie.
Il ne reste plus qu’à espérer que tous les responsables nationaux se mobilisent derrière le Roi pour cette cause et s’approprient réellement ce combat !

Bahia Amrani

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