jeudi 23 novembre 2017

Elections : Une autre présidentielle capitale, l’iranienne

La présidentielle française ne doit pas faire oublier celle qui est programmée le 19 mai, dans un autre pays capital pour les équilibres internationaux: l’iranienne.

L’implication de ce pays en Irak, en Syrie et au Yémen est un élément incontournable d’une solution politico-militaire dans cette région. Le dernier accord sur le nucléaire, toujours contesté par Israël, semble un héritage Obama que Trump ne voit pas de la même manière. Cela complique la visibilité.

L’Iran est entre une aspiration d’ouverture et une tentation de raidissement que l’on retrouve dans cette élection.

Deux principaux candidats s’affrontent à cette occasion: le Président sortant, Hasan Rouhani et Ebrahim Raisi, un ancien Procureur de la République et l’éphémère Gardien de l’Astan Ghods, le mausolée de l’Imam Reza (8ème imam des chiites) et la fondation religieuse la plus riche du monde, avec un peu moins de 20 milliards d’euros d’actifs.

Le Président sortant, incarne l’accord nucléaire qui a permis, du moins sur un plan théorique, le retour de l’Iran dans le système financier international et la fin des sanctions internationales liées au nucléaire. Il incarne ainsi l’image d’un Iran plus modéré et pragmatique, en somme une image souriante, davantage potable aux yeux de l’Occident qui se souvient des huit années tumultueuses d’Ahmadinejad, à nouveau candidat, mais qui n’a pas pu se représenter.

Raisi, en revanche, incarne l’aile dure du régime. Il a été en fait le Procureur qui a envoyé en 1988 à l’échafaud des milliers de prisonniers politiques, majoritairement affiliés aux mouvements des Moudjahidin du peuple, alliés de Saddam, pendant la guerre Iran-Irak. Ancien élève du Guide Suprême, Ali Khamenei, il est le favori des gardiens de la révolution et de l’appareil sécuritaire du pouvoir.

Giulio Terzi, un ancien ministre italien des Affaires étrangères et Mohammad Mohaddessin, qui préside la Commission des affaires étrangères du Conseil National de la Résistance iranienne (CNRI), ont soutenu que, quel que soit le président qui gagne, le sortant «modéré» Hassan Rohani ou le «radical» Ebrahim Raisi, les principales politiques ne changeront pas. Il peut y avoir des différences tactiques entre les différents candidats, a déclaré l’ancien ministre italien, mais pas sur les questions essentielles, notamment le maintien du régime au pouvoir.

«L’imminente élection présidentielle changera très peu de choses à la véritable nature du régime autocratique: un régime qui est violent contre son propre peuple et qui est motivé par une vision messianique de la domination dans toute la région et au-delà», a déclaré Terzi.

En ce qui concerne la politique étrangère et la sécurité nationale, il a déclaré: «Celui qui deviendra le prochain président est sans importance», puisque ces questions relèvent du Guide Suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei.

Quant aux deux principaux candidats, Mohammad Mohaddessin a noté que Raisi était membre d’une sinistre «Commission de la mort» qui a supervisé l’exécution collective de dissidents emprisonnés en 1988, décrétée par le Guide Suprême, l’Ayatollah Ruhollah Khomeiny. Selon certaines sources, des dizaines de milliers de dissidents ont été exécutés. Mais Rohani, a-t-il déclaré, «a été dans les centres décisionnels du régime depuis les premiers jours et a participé directement à tous les crimes du régime».

Mohaddessin a ajouté, comme l’ont répertorié des groupes de défense des droits de l’homme, que 3.000 prisonniers ont été exécutés pendant le premier mandat de Rohani. Un enquêteur des Nations Unies sur les droits de l’homme a décrit cela comme la plus grande hausse en 20 ans dans l’application de la peine de mort.

«La différence entre Rohani et Raisi est que Raisi est un assassin de masse, tandis que Rohani combine la brutalité et le meurtre avec la tromperie».

Au cours des 38 années écoulées depuis la révolution islamique, les Etats-Unis et l’Europe ont débattu et discuté, alors que l’Iran a organisé de nombreux «simulacres d’élections» qui ont amené sept présidents en fonction, a rappelé Mohaddessin. Mais aucun n’a apporté de changement concernant les grandes lignes politiques -la répression sur le plan national, la question du nucléaire et l’exportation du terrorisme- et le prochain président du régime n’en apportera pas non plus, a-t-il ajouté.

Il semble bien que l’Iran n’évolue pas aussi vite que l’accord nucléaire l’avait fait espérer. Les  améliorations économiques restent limitées et, pour les jeunes, très décevantes. Les conservateurs, à travers Raisi, ne manqueront pas d’insister sur le peu d’amélioration que la fin des sanctions liées au nucléaire a apporté au pays, contrairement aux promesses faites par Rouhani. En effet, l’Iran est loin d’avoir bénéficié des investissements internationaux annoncés par ce dernier au lendemain de l’accord nucléaire. Loin d’être devenu un eldorado, les Iraniens au contraire vivent l’heure de la douche froide de l’espoir de l’ouverture économique déçu.

Terzi a déclaré que les Etats-Unis et les gouvernements européens se sont fait des illusions depuis des décennies, poursuivant un «mirage», selon lequel il y aurait des modérés et des radicaux en Iran.

L’élection  permettra cependant de tester l’opinion sur l’engagement militaire régional et le regard sur les relations avec l’Occident, notamment la nouvelle administration Trump plus sensible aux inquiétudes israéliennes.

Patrice Zehr

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