mercredi 23 août 2017

Economie : le Maroc, hub régional

Renault Maroc

Le Maroc veut devenir un hub régional pour les investissements directs étrangers. Un atout qu’il doit à sa présence en Afrique (banques, entreprises, Offices…), aux différents programmes économiques lancés

(les MMM, métiers mondiaux du Maroc) et à la multitude des accords de libre-échange signés.

Les temps ont changé. Le Maroc a enfin compris que son avenir et ses perspectives de développement sont étroitement liés à ses efforts de repositionnement sur la carte géoéconomique mondiale. Les grands efforts de la diplomatie économique, couplés aux visées stratégiques d’internationalisation des grands groupes marocains, ont fait de lui, aujourd’hui, une porte d’accès non seulement vers l’Afrique, mais aussi vers les marchés européens, asiatiques, du Moyen-Orient et éventuellement de l’Amérique latine. Un atout que le Royaume doit aux différents programmes économiques lancés visant l’amélioration de l’environnement des affaires et la protection des investisseurs étrangers. Mais pas seulement. La multitude des accords de libre-échange signés (Maroc-USA, Maroc-UE, Maroc-Turquie, Accord d’Agadir…) y est pour beaucoup.

Banquier de l’Afrique

Les premiers messagers de l’économie nationale dans le continent noir -devenu épicentre de la géopolitique mondiale- furent les opérateurs télécoms et les banquiers. Ces derniers, au fil du temps, ont décroché la cote en termes d’implantations. Attijariwafa bank est présent dans 22 pays de par le monde, dont plus de 13 en Afrique. Le groupe possède le plus large réseau d’agences en Afrique. Il est aussi le numéro 1 à l’échelle du Maghreb et de la région UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest Africaine) et un acteur majeur au sein de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), selon le dernier rapport du groupe bancaire intitulé «AWB, rapport RSE 2012». L’acteur de référence compte poursuivre son développement à l’international pour cibler cette fois-ci l’Afrique anglo-saxonne. Continuant sur ses alliances stratégiques, AWB a scellé, le 21 novembre dernier à Washington, un accord de partenariat avec US Ex-Im Bank, dont le but est de favoriser les échanges et les investissements entre l’Afrique et les Etats-Unis d’Amérique. La Chine figure, elle aussi, au radar des investissements bancaires et des activités d’AWB. Un accord avait été conclu, jeudi 20 juin 2013 à Pékin, avec la Bank of China. Elargissant son éventail de partenariats, la banque marocaine entreprend, dans le court terme, un rapprochement avec la Banque publique d’investissements brésilienne, BNDES.
Autre référence et non des moindres, BMCE Bank. Celle-ci offre des services bancaires dans 17 pays africains à travers sa filiale Bank of Africa. Consciente de l’hégémonie sans cesse grandissante de l’Empire du milieu, BMCE Bank s’est associée avec la Chambre de commerce Chine-Afrique en vue de booster la coopération sino-africaine.
Le troisième groupe, qui consolide la vocation du Maroc de banquier de l’Afrique, est la Banque centrale populaire (BCP). A travers le rachat des droits de la Banque africaine Atlantique, la BCP est présente dans sept pays africains.
Mis à part le secteur bancaire, les promoteurs immobiliers ont pour leur part mis le cap sur l’Afrique. Après les exemples réussis de Jet Group et du groupe Chaâbi, on constate aujourd’hui l’avènement d’autres noms de taille comme Alliances Développement immobilier (ADI) ou encore le groupe Addoha.
Sur le chapitre des cimenteries, Ciment d’Afrique, de son patron Anas Sefroui, a lancé durant les dernières années la construction de cimenteries en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Burkina Faso et au Gabon. S’agissant du transport (4ème secteur par ordre d’importance stratégique), la compagnie nationale, Royal Air Maroc, étoffe de plus en plus son réseau pour desservir aujourd’hui plus de 27 destinations africaines. Le transporteur national compte mettre en valeur l’aéroport de Casablanca pour l’ériger en station de correspondance reliant l’Afrique au réseau Europe, Moyen-Orient, Amérique du Nord et Maghreb.

Hub industriel régional

Par ailleurs, le Maroc aspire à devenir un hub industriel régional en développant ses métiers mondiaux. Les premières retombées sont déjà là avec l’installation de Renault qui vise à atteindre une production annuelle de 450.000 véhicules. D’autres constructeurs sont attendus en 2015, selon les officiels. A l’automobile, vient s’ajouter l’aéronautique avec l’implantation du constructeur canadien Bombardier. Cela dit, pour devenir un hub industriel, le Royaume doit déployer plus d’efforts, surtout lorsqu’on sait qu’il a perdu 7 places pour se retrouver en 77ème position dans le classement établi par le dernier rapport global sur la compétitivité du World Economic Forum (WEF).

Mohamed Mounjid
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Avis d’experts

Bouchra Benhida, directeur de l’Institut de Recherche en géopolitique et géo économie à ESCA Ecole de Management

Bouchra benhida

«Le Maroc, fort de ses liens étroits avec les pays du CCG, l’UE et les USA et de ses rapports économiques et historiques avec l’Afrique de l’Ouest, peut jouer le rôle de hub ouvert sur l’Europe, l’Amérique et le Moyen-Orient. Le Royaume peut prétendre à une pareille dimension géo économique du fait, d’une part, de la position géostratégique qu’il occupe et, d’autre part, de la mise à contribution des infrastructures de base et d’appui. Le rôle de pont économique entre l’Afrique et les trois horizons Nord-Est-Ouest ne sera que plus facilité par les plans multisectoriels des infrastructures de transport, à savoir: la libéralisation du ciel dans le cadre de l’accord Open sky de 2006 entre le Maroc et l’Union européenne, outre le grand nombre de lignes aériennes au départ de Casablanca vers l’Afrique ; une infrastructure portuaire moderne -le port de commerce Tanger Med peut prétendre capter une partie croissante des transbordements sur le bassin méditerranéen- ; le développement qu’a connu l’infrastructure routière reliant le nord au sud et qui s’étend au-delà des frontières marocaines, via l’axe Rabat-Nouakchout-Dakar.
Parallèlement, cette dynamique ne manquera pas d’être soutenue par les projets ambitieux lancés dans les domaines des énergies alternatives et des énergies renouvelables qui sont considérés comme des vecteurs de changement et d’opportunité».

MM

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Guy Gweth, conseil en intelligence économique, CEO de Knowdys Consulting Group

Guy gweth

«Le positionnement du Maroc en tant que hub régional est une réalité qui repose sur au moins quatre éléments concrets: l’histoire, la géographie, la diplomatie économique et le commerce. Sur le plan historique, il faut rappeler qu’il y a 800 ans, le Maroc était déjà un hub commercial entre l’Afrique et l’Europe. A l’époque, une grande voie de commerce reliait le sud de l’Europe au Niger en passant par le Royaume chérifien. L’histoire se poursuit donc. Sur le plan géographique, le Maroc est à 14 km de l’Europe et une partie (60%) de son territoire est située entre le Maghreb, le Sahara et le Sahel, du sud d’Agadir au sud de la Mauritanie. Son appartenance à la zone MENA souligne parfaitement son encrage pluri-civilisationnel. Sur le plan diplomatique, Rabat a signé de précieux accords de partenariats avec plusieurs Etats africains, le Monde arabe, les Etats-Unis et l’Union européenne. Ces instruments renforcent la position du Royaume en tant que porte d’accès à plus d’un milliard de consommateurs. Sur le plan commercial, l’attractivité du pays est incontestable. De nombreux groupes américains, asiatiques et européens, qui veulent profiter de la croissance africaine, créent un «poste d’observation» au Maroc. La plupart surfe sur des atouts tels que Tanger Med (7 millions de conteneurs attendus en 2017) qui hisse le Maroc au rang de hub mondial. Bien que le positionnement du Maroc comme hub régional soit incontestable, d’après de ce qui précède, le pays manque de robustesse financière et de compétitivité économique. Sur ce dernier point, le Royaume enregistre un coût logistique parmi les plus élevés du monde, l’équivalant de 20% du PIB. Il faut surmonter ce handicap dans les meilleurs délais!»

MM

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Faits marquants

Début des travaux de la station de Ouarzazate

Fin avril 2013 est une date marquant à jamais le début d’exécution des travaux de la première tranche de la plus grande centrale solaire à concentration au monde. Les travaux de construction du complexe de 160 MW à Ouarzazate sont assurés par le groupe saoudien, ACWA Power (95%), en partenariat avec un consortium espagnol. Pour rappel, le projet à capitaux saoudiens coûtera 500 millions d’euros.

Agriculture: fin de l’amnistie fiscale

En application des recommandations des Assises nationales sur la fiscalité de 2013, l’agriculture passera désormais au régime imposable après 30 ans d’exonérations fiscales. En effet, à compter du 1er janvier prochain, comme le spécifie la loi de Finances 2014, les grandes sociétés agricoles réalisant un chiffre d’affaires supérieur ou égal à 5 MDH seront passibles d’impôts à titre transitoire. Le texte de loi stipule aussi d’exonérer totalement et de manière permanente les petites et moyennes exploitations agricoles et autres activités de nature agricole réalisant un chiffre d’affaires annuel inférieur à 5 MDH. A noter que la récolte céréalière au titre de l’année 2013 avait marqué un record de 97 millions de quintaux.

Entrée en vigueur de l’indexation

Après sa publication au Bulletin officiel du 29 août dernier, la mesure de répercussion des fluctuations des cours pétroliers internationaux sur les prix à la consommation est entrée en vigueur officiellement le 16 septembre 2013. Concernant le gasoil, le super et le fuel, cette décision politique s’inscrit dans le cadre de la réforme graduelle de la Caisse de compensation. Une Caisse qui a suscité toute une polémique, du moment que ces charges ont explosé ces dernières années au point de plonger les finances publiques dans un déficit budgétaire alarmant. A fin novembre 2013 et en comparaison avec la même période de 2012, les dépenses de compensation ont régressé de 16,3% à 42,5milliards de dirhams.

Coup d’envoi de l’usine Bombardier

Le lancement des travaux de construction de l’usine Bombardier a été donné par le Souverain, fin septembre dernier, à l’occasion de l’inauguration de la première tranche de la plate-forme industrielle intégrée dédiée aux métiers de l’aéronautique Midparc, située à Nouaceur. La mise en service est prévue pour mi-2014. Le coût de l’investissement, prévu en trois tranches, est de 220 millions de dollars, avec la création à terme de 850 postes d’emploi.

Chaises musicales chez le gouvernement

Après de longues tractations, le gouvernement de Benkirane version 2 a pu voir le jour un certain jeudi 10 octobre 2013. Fait marquant: le nouveau gouvernement compte 39 ministres, au lieu de 31. Le pôle économique incarné par le ministère de l’Economie et des Finances et celui de l’Industrie et du Commerce a changé de main. Dans sa nouvelle mouture, l’Exécutif compte les noms de Mohamed Boussaid, ministre de l’Economie et des Finances et Moulay Hafid El Alami, ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique.

Bourse: les entrants et les sortants

2013 fut un exercice mi-figue, mi-raisin pour la Bourse de Casablanca. Le Conseil déontologique des valeurs mobilières(CDVM) avait visé durant cette année trois projets de radiation de la cote. Les titres concernés par ce retrait sont ceux de Sofac, de la Société Chérifienne des Engrais (SCE) et de Fertima. En parallèle, deux introductions ont été annoncées. La première, déjà officialisée, est celle de la société Jorf Lasfar Energy Compagny (JLEC) qui, lors d’une cérémonie, le 24 décembre, a fêté sa première cotation. La seconde opération concerne Marsa Maroc, mais rien n’est officiel jusqu’à présent.

Traque aux fuites des capitaux!

C’est un texte de loi courageux, introduit courant décembre, au titre du projet de loi de Finances 2014, à la Chambre des conseillers par le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Boussaid. Le projet d’amendement intitulé «Contribution libératoire au titre des avoirs détenus à l’étranger» vise à encourager les personnes physiques et morales domiciliées au Maroc à rapatrier leurs avoirs détenus à l’étranger, moyennant le paiement de 10% de la valeur d’acquisition des biens immobiliers et/ou 5% de la valeur des avoirs financiers. Malgré son rejet par les conseillers, le projet passera quand même, selon Maâti Benkaddour, ancien président de la Chambre des conseillers, puisque c’est la première Chambre qui a le dernier mot comme l’énonce la Constitution… Même si l’opposition argue du fait qu’un texte de cette importance devrait passer par le Conseil de gouvernement, le Conseil des ministres et suivre le cursus normal au Parlement, au lieu d’emprunter la voie des amendements.

M.M

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